ECLIPSE
guéri, il court à Troie. Dans ces trois exemples, la maladie est temporaire et le réveil énergique. Il y en a d'autres où la maladie semble se prolonger, et où l'issue est ou fatale ou indécise. Ainsi, dans la légende d'Endymion et de Séléné, le Dieu reste trente ans endormi (1). Suivant une autre leçon^ Zeus lui accorde l'accomplissement d'un vœu; et Endymion souhaite de rester toujours couché, jeune et immortel (2). Une dernière forme du sommeil d'Endymion se trouve dans Athénée (3) : Hypnos aime Endymion, et l'endort en lui laissant les yeux ouverts. Il n'y a point de réveil pour Endymion, tel que les Grecs l'ont compris ; cependant Endymion est toujours jeune et immortel, et il voit; mais il reste enfermé dans la caverne de Latmos et son action solaire a disparu. Le mythe d'Anchise fait pendant à celui d'Endymion. Il a été aimé de Cybèle et il est resté impuissant et perclus. Son fils l'emporte sur ses épaules, au milieu de l'incendie de Troie.
11 y a donc là un fait mythologique constant, et si les Grecs ont accepté les légendes étrangères d'Endymion et d'Omphale, — et il n'est pas démontré qu'elles soient étrangères, — c'est qu'ils les ont trouvées concordantes à leurs propres traditions. Leurs Dieux Soleils étaient sujets, comme ceux de l'Asie, à une maladie particulière, tantôt momentanée, tantôt durable. De plus, cette maladie n'était pas commune à tous les Dieux Soleils, et ne se retrouvait
(1) Myth. Vat. T, 129 - 2, 28 - 3, p. 198. '
(2) Apollod. bibl. 1,7,5.
(3) Athén. Deipn. XIII, 17. Cf. Théocr.XX,37— ITI, .i9. Cf. M Millier. (Mylhol. comparée) el le Schol. d'Apoll. Rh. Ch. IV. V. 57.
pas dans toutes les légendes indistinctement. C'étaient des accidents propres à certains Soleils, dans une certaine circonstance, toujours la même, c'est-à-dire lorsqu'ils étaient en conjonction avec la lune. Or, ces maladies à la fois morales et physiques, qui enlèvent le courage aussi bien que la force, qui permettent cependant la continuation de la vie, même dans l'inertie absolue, et le retour à l'action, après un temps déterminé, ces défaillances du Soleil, en conjonction avec la Lune, ne peuvent s'exprimer dans la langue grecque que par un mot : hlzii/iç. Eclipse (1). L'arrivée d'Ulysse dans la demeure de Circé, et son séjour d'un an n'ont eu pour base, dans la mythologie primitive, dont Homère n'a entendu lui-même que des souvenirs transformés, qu'une éclipse du Soleil. Dans les chants primitifs, l'Aède montrait le voyageur sur son char, s'approchant avec inquiétude du disque pâle. La magicienne l'appelait à elle, lui ouvrait l'entrée (2), peu à peu éteignait
(1) L« mot latin defecius a la môme signilication. Manilius emploie deliquium, ainsi que Pline, II, 9. Un mot plus remarquable est coiliis, pour conjunclio. Ib. II, 10. Ces termes scientifiques ont eu leur origine dans les croyances religieuses. Le rapprochement des deux derniers mots explique toute la légende de Circé.
(2) « La Déesse ouvre les portes brillantes (yKswxç) de son palais. » J'ai traduit plus haut « portes d'airain ; » j^eut-être conviendrait-il mieux de dire » portes d'argent. » L'adj. c^azvjôç s'applique aux métaux, à l'airain; II. XII, 151. mais aussi à l'aurore; Od. IV, 188, à la lune elle-même. 11. VIII, 555.
Le sens naturaliste des portes du palais de Circé doit être identique à celui des portes de l'Olympe, conservé par Homère. II. V, 750, « d'elles-mêmes s'ouvrent en mugissant les portes du Ciel, que gardent les heures (printanières) auxquelles est confié le large Ciel et l'Olympe, pour replier ou étendre les nuées épaisses. » Aux portes olympiennes,