ÉCLIPSÉ
ses rayons jusqu'à ce qu'elle le couvrît et le cachât tout entier aux yeux des hommes épouvantés (1). Ainsi le voyageur restait dans l'Ile iEseenne dominé, énervé, couché, privé d'armes, malade. Le temps accompli, il s'arrachait à la séduction, il s'éloignait de l'ile funeste ; de nouveau il brillait, etTAéde chantait sa guérison (2).
qui ouvrent passage') au printemps et à la lumière correspondent les portes d'Adès (II. IX, 312) par où on pénètre dans les ténèbres, et les brouillards perpétuels. La Lune ouvre ses portes qui donnent entrée au monde intermédiaire dont elle est souveraine.
(1) Plut, de facie in orbe Imve, 19. Cf. une phrase pénible de Pline. II, 9. « Viri ingontes supraque mortalium naturam (sunt exislimandi mathemalici) , tantorum numinum lege deprehensa, et misera hominum mente absoluta, in defeclibus scelera ant morlem aliquam silerum pavenle, et in Luna veneficia arguenle morlalilale, et oh id creinlii dissono auxilianle. • La mauvaise réputation de Gircé parmi les hommes n'a donc eu d'autre source que son pouvoir d'énervement sur le Soleil. Le charivari si souvent indiqué par les historiens au moment des éclipses, et qui est encore en usage, pour le même motif chez quantité de peuples modernes, s'est conservé à S. Félice, comme la dernière trace du culte de Circé. Cf. Gins. Capponi, il promonlorio Girceo. Velletri 1856, p. 356. Cela s'appelle fare la campanacciala. Le chapitre du charivari manque au livre si substantiel de M. Maury sur la magie.
(2) Le lecteur ne doit prendre comme éclipses de Soleil que les troislégendes que j'indique spécialement: Ulysse et Circé; Hercule et Omphale ; Achille et Déidaniia. Les défaillances du Soleil étaient plus nombreuses que les éclipses. Le soleil couchant, le soleil voilé par les nuages étaient pour les Grecs l'objet de légendes rapprochées de ces trois, quoique s'en distinguant. Apollon berger chez Admète, Paris malade chez CEnone, magicienne, appartiennent à cet ordre de légendes, comme Endymion et Séléné -, Anchise et Cybèle.
Le Soleil éclipsé n'est qu'une partie de l'épisode où le chantre homérique a raconté la conjonction des deux grandes divinités sidérales, sous les noms d'Ulysse et de Circé. Il s'y trouve une seconde partie tout aussi considérable et intéressante. Je veux parler des instructions (1) données par la Déesse au héros sur les dangers de la route qu'il va suivre. Cette seconde partie doit elle-même être divisée en : Instructions relatives aux lieux souterrains ; Instructions relatives à la route d'Ithaque, ou plutôt à la sortie de l'île /Eaeenne. En se plaçant au point de viie du naturalisme primitif, le voyage du Soleil n'est pas double comme le dit Homère ; un seul voyage suffit à le faire aboutir aux lieux souterrains où il disparait, après avoir traversé un certain nombre d'aventures, très-variables.
(l) « Lorsque l'année fut accomplie joar la succession desheures, mes compagnons me dirent : « Il est temps que tu te souviennes do ta patrie, si les Dieux, t'ont réservé de la revoir. » Alors je montai sur la couche de Circé, et j'embrassai ses genoux : « Circé, lui dis-je, accomplis ta promesse; mes compagnons me mangent le cœur de leurs plaintes, quand tu n'es pas là. » Elle me répondit : « Vous ne resterez pas malgré vous dans ma maison. Mais il faut que d'abord vous fassiez un autre voyage et que vous vous rendiez dans la demeure d'Adès et de Perséphone pour consulter l'âme du Thébain Tirésias, le devin aveugle, dont l'esprit est lucide. » A ces paroles, mon cœur se brisa. Je m'assis sur le lit et je pleurai, et je ne voulais plus vivre ni voir la hunière du