‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 2 sur 45 · LÉGENDE GRECQUE · texte numérisé non relu

LÉGENDE GRECQUE

place de maîtresse du logis, elle jouit, au milieu de son travail, de la verdure des arbres où tournaient en criant les oiseaux de mer. Le lieu est plein de paix et de joie, et comme destiné à quelque aimable idylle. Toute autre est la demeure de Circé, bâtie de larges pierres taillées au ciseau, fermée de portes d'airain, cachée dans l'épaisseur des bois. Le voyageur, en apercevant de loin la fumée qui s'en échappe, craint par instinct de réclamer l'hospitalité qu'elle annonce, et ne s'avance qu'avec précaution. Sur son chemin se pressent les loups et les lions dont les caresses semblent l'attirer dans un piège. Il comprend qu'il entre dans un monde étrange et surnaturel, et que le pouvoir de Circé sur les bêtes peut bien s'étendre sur les hommes. Les Dieux mêmes évitent ces enchantemens. Hermès, qui reçoit, avec l'empressement d'un messager affamé, la gracieuse hospitalité de Calypso, ne s'aventure point dans le palais de Circé. La tragédie succède à l'idylle.

Ulysse, errant après la prise de Troie, est jeté dans l'île de Circé avec le seul de ses navires échappé au naufrage. Ses compagnons, envoyés à la découverte, entendent la voix trompeuse, et réclament l'hospitalité. Circé leur ouvre la porte, les introduit, leur sert elle-même les aliments que l'usage prescrit. Mais elle y a mêlé un poison. Ses hôtes sont changés en pourceaux. Elle les frappe de sa baguette et les enferme dans l'étable.

Un parent d'Ulysse, plus avisé, est resté à l'écart. Il vient tout raconter à son chef. Ulysse prend ses armes, et se dirige vers le palais. Un bel adolescent l'arrête en chemin. C'est Hermès qui, pris de pitié pour lui, vient

le prémunir contre le danger, et lui remettre la plante Môly, qui rendra nul l'effet du poison. Bientôt il entend la voix de Circé qui l'accueille et lui présente la coupe empoisonnée. Mais la magie reste impuissante cette fois. Le héros tire son épée et menace. La déesse vaincue embrasse ses genoux, rend leur première forme à ses compagnons et le retient pendant une année entière sous le charme de sa beauté, de ses talents et de ses festins.

L'année révolue, Ulysse songe enfin au départ. Mais la déesse lui annonce qu'il doit, auparavant, visiter le séjour des morts et recevoir les instructions de Tirésias. Elle calme ses terreurs, lui enseigne sa route, et assiste invisible à son embarquement. Lorsqu'il est de retour, elle lui enseigne de nouveau les dangers qui l'attendent sur l'Océan, puis disparaît (1)

(1) Le lecteur ne doit pas chercher ici une monographie de Circé, mais seulement l'examen des rapports de Circé avec Ulysse tels que les présente Homère, tels qu'ils ont été acceptés par la Grèce. Circé n'est pas là tout entière, cela est certain. Quoique Homère se taise sur les enfants de Circé et quoiqu'il fasse mourir paisiblement Ulysse, des légendes se sont formées aussitôt après lui, peut-être même de son temps, en contradiction avec la sienne. Hésiode parle de Télégonos et d'Italos, rois des Tyrrhènes, fils de Circé. Eugammon de Cyrène, cité dans la Chrestomathie de Proclus, et que le Syncelle fait contemporain de Pisistrate, avait écrit une Télégonie, où il racontait les derniers travaux d'Ulysse, tué dans un combat par Télégone, qui rapportait ses cendres à Circé. Un double mariage suivait, de Circé avec Télémaque, de Pénélope avec Télégone. Il existait une tragédie de Sophocle: ' Ulysse frappé de l'épine » (ÔS-uo-c-cûç àzavSoTr).-^^), où Ulysse était tué par Télégone. D'autres poëraes, dont Lycophron présente sans doute le résumé (Cassandra, 795. Sq. et le Schol.), avaient donné àces légendes une suite d'aventures tragiques et romanesques, qui n'ont plus aucune affinité avec la mythologie. Les vases et les miroirs étrusques ont

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