‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 3 sur 45 · LÉGENDES LATINES · texte numérisé non relu

LÉGENDES LATINES

Telle est la légende homérique ; le génie plastique du poëte en a si fermement tracé les contours que les générations suivantes n'y ont plus rien changé. Circé est restée pour les Grecs ce que l'avait faite Homère, une déesse déchue, sans temple ni autel, un souvenir religieux plutôt qu'une croyance actuelle, mais singulièrement vivante par ses passions contraires, la dignité et la faiblesse, la force et la crainte.

Les Latins avaient leurs légendes de Circé, indépendantes de celles des Grecs. Ovide leur a donné une forme trop personnelle (i).

Voici la première :

(( Glaucus, dit-il, était un pêcheur. Il s'était aperçu que dés poissons déposés par lui sur une certaine herbe du rivage reprenaient leur vivacité, et se rejetaient dans les flots. 11 essaya sur lui-même la vertu de cette herbe, et se trouva métamorphosé en Triton, en Dieu marin. Dans cet état, ayant déplu à la nymphe Scylla qu'il aimait, il alla demander à Circé de lui donner un philtre. Circé refusa,

conservé un certain nombre de scènes de la Télégonio qui attestent que les légendes d'Hésiode et d'Eugammon, inconnues d'Homère, étaient acceptées en Italie. (Cf. Hygin. 127. Myth. Val. I, 15, II, 2 IL Les monuments figu^rôs assez nombreux se trouvent dans Weleker. Owerbect, etc.)

(1) Ovid. Métam. XIV. Les légendes de Glaucus et de Picus nous ont malheureusement été transmises dans le livre des métamorphoses. Si elles avaient figuré dans les Fastes, il est probable que la critique y eût trouvé plus d'éléments réellement mythologiques. Dans l'état où nous les avons, elles offrent une part trop large à la fantaisie et à l'art tel que l'entendait Ovide. Toutefois les grands traits peuvent être acceptés comme représentant ce qui est resté du mythe antique chez les Latins, non chez les prêtres, mais dans le peuple.

DE cmcÉ. ,11

et lui offrit d'être sa femme. Mais Glaucus n'y consentit point; et la Déesse, pour se venger.de son mépris, empoisonna la baie où la nymphe aimait à se jouer. Scylia fut métamorphosée en monstre (i) et se fixa sur le détroit de Sicile. »

Voici la seconde :

« Picus, fils de Saturne, était un roi d'Ausonie, grand chasseur. Sa beauté l'avait fait rechercher par les Dryades du Latiura, les Naïades de l'Albula, de l'Anio, du Farfarus. Mais Picus aimait la jeune Canens, dont la grâce était sans rivale, et dont les chants avaient le pouvoir d'apprivoiser les bêtes sauvages, d'arrêter les flots, de suspendre le vol des oiseaux. Picus épousa donc Canens. Pendant qu'il chassait les sangliers dans les bois de Laurente, Circé, qui recueillait des plantes s'éprit tout-à-coup de lui, dispersa par une illusion magique ses compagnons, et lui offrit d'être sa femme. Picus n'y consentit point, et Gircé, pour se venger de son mépris, le métamorphosa en pic. »

Ces deux légendes reposent évidemment sur un même fonds : Circé méprisée se venge. Les éléments aussi sont les mêmes : un couple désuni violemment; le pouvoir magique des herbes, le séjour des bois, la grâce du chant. Mais ces éléments identiques sont employés différemment, comme sur deux tapis d'un même ensemble, les fleurs n'occupent pas la même place.

Le rapport avec la légende homérique est évident,

(1) Ovide ajoute que Scylia, voulant punir à son tour Circé, fit périr les compagnons d'Ulysse. C'est une addition à la légende latine, et un lien imaginé pour la rattacher à la légende grecque.

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