‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 22 sur 45 · SOLAIRE · texte numérisé non relu

SOLAIRE

non tout d'un coup, mais par successives transitions, à mesure que ses fidèles étaient entraînés vers un culte plus jeune et plus vivace. Les hymnes qui célébraient les combats et les erreurs du Dieu avaient survécu cependant, perdant de leur précision à mesure que l'intelligence s'en obscurcissait, mais conservant au héros, avec la ténacité propre aux légendes populaires, les caractères autrefois attachés au Dieu. Tel est le fonds sur lequelle poëte a bâti l'Odyssée (1).

Dans les nouvelles conditions où le récit était placé, il n'était plus question, dans l'éducation d'Ulysse , de lui montrer la route à travers les constellations dont Nonnus et Ovide nous font une si curieuse peinture. ¥ais si l'idée de constellation disparaissait, le monstre qui en était la virtualité demeurait. La mythologie l'avait emprunté à la terre, et l'épopée l'y ramenait sans effort. De même, si les nuées, principe de la pluie, objet des luttes célestes, disparaissaient, il restait encore la personnalité vivante de Vritra ou d'Ahi, avec lesquels le combat s'engageait naturellement, ainsi qu'il était arrivé pour Python, l'Hydre de Lerne et tant d'autres prodiges.

(1) Homère a trôuvô, non pas en Italie, mais dans la Grèce, les hymnes, base de la légende insérée dans l'Odyssée. Que les prêtres du Circaeam aient connu Ulyssa saus ce nom, cela est possible, puisqu'ils étaient venus nécessairement de Grèce. Mais leur temple était élevé à Circé, non au couple divin qui réunissait Ulysse et Circé. Ulysse n'était qu'un incident dans la légende de leur déesse, et il s'est confondu dans une certaine mesure avec Picus et Glaucus, dieux italiens, avec d'autant plus de facilité que les relations entre ce point extrême des premières colonies grecques en Italie, ont été fort rares après le premier moment d'expansion.

On va voir que cette théorie est confirmée par les faits, et que les travaux d'Ulysse, à la sortie de l'ile ^Eaeenne, c'est-à-dire, de l'Orient, sont du domaine de l'astronomie, non de la géographie. « Au lever de l'Aurore, dit Circé, vous vous embarquerez, et je vous indiquerai la route et chaque chose, de peur que par une fâcheuse imprudence, vous n'éprouviez du mal sur les flots et sur la terre. » La Déesse n'indique que trois travaux pourtant : Les Sirènes, les Roches errantes (Charybde et Scylla), les Vaches et les Brebis du Soleil. Ce ne sont point là tous les dangers du voyage, comme elle dit; mais il faut se rappeler que les voyages solaires nous ont toujours paru divisés en étapes, et chaque étape soumise à un enseignement particulier. Peut-être aussi sont-ce là les trois points du Ciel toujours distingues dans les rehgions Aryennes : le Levant, le Midi, le Couchant. Il n'est pas possible de l'affirmer ; et nous ne pouvons même dire si les trois travaux sont disposés dans l'ordre logique, c'est-à-dire si Homère a suivi dans cette disposition celle qu'il avait trouvée dans les hjmnes. Nous ne suivrons pas d'ailleurs l'ordre homérique, trouvant plus commode de commencer par l'interprétation du dernier des travaux, qui n'offre aucune difficulté.

L « Enfin tu arriveras dans File aux trois pointes,

Thrinacie, Là paissent en grand nombre les vaches du Soleil et des brebis grasses. Il y a sept troupeaux de vaches, autant de riches troupeaux de brebis, cinquante dans chaque troupeau. Elles ne se muitipiient (î) point, ni ne diminuent. Des Déesses sont leurs gardiennes : Phaëtuse et Lampétie, que la divine Nésera a enfantées à Héhos Hypérion. Et les ayant enfantées et élevées, leur vénérable mère les a transportées dans l'ile aux trois pointes, pour y habiter à l'écart, et garder les brebis de leur père, et les vaches aux pieds tors. Si, désireux du retour, tu les épargnes, vous arriverez certainement à Ithaque, après avoir beaucoup souffert ; si tu y touches, je te présage la ruine pour ton navire et pour tes compagnons. Toi-même, si par hasard tu échappes, tu arriveras chez toi tard e^ misérable, après avoir perdu tous tes compagnons. »

On doit, pour bien comprendre ce premier épisode du voyage, ne point perdre de vue que le poëte croit raconter un voyage réel, accompU dans des lieux géographiques , et que l'interprétation doit séparer d'abord les éléments réels et géographiques, qu'a entendus le poëte, pour s'attacher uniquement à ce qui n'a plus l'apparence du réel. Thrinacie n'était probablement pas, dans les hymnes primitifs, un même lieu que la Trinacrie, mais Homère l'entend ainsi, et substitue un lieu déterminé, la 'Sicile, l'île aux trois caps, au heu mythologique qui s'appelait Thrinacie, qui était pour lui, comme pour nous, parfaitement indéterminé. C'est ainsi qu'il a déjà substitué une île déterminée à

(1) Le Soleil recommence en effet sa tâche tous les jours. Il a toujours affaire avec l'Hydre de Lerne.

r^a de Circé. Un autre élément réel se retrouve peut-être dans les troupeaux du Soleil. De tels troupeaux, à l'état sauvage, peuvent en effet avoir existé anciennement en Sicile, et le souvenir s'en être conservé. Il était naturel d'en donner la possession à Apollon, le Dieu pasteur. Mais ces deux points accordés, et on voit combien ils sont vagues eux-mêmes, les troupeaux du Soleil sont un fait mythologique qui ne peut se produire que dans les espaces célestes. Les lecteurs des Védas les y ont souvent rencontrés. Ils sont le sujet des combats, renaissant tous les jours, d'Indra et de Vritra, le voleur qui les garde dans une caverne ; et il n'est pas difficile d'y reconnaître les nuages dont le sein enferme l'eau, principe de la fécondité des champs. L'orage menace, mais la pluie ne tombe pas encore. L'éclair à la fin perce les nuées, lui ouvre un passage, et les moissons sont abreuvées. Quelques unes des fables grecques ne sont pas éloignées de cette simplicité de forme, et dès la publication des Védas, Indra et Vritra ont été retrouvés dans Hercule et Geryon, Hercule et Cacus, Apollon et Python. Mais la fable homérique est moins transparente. L'acte principal n'y est pas la punition du voleur, mais bien le vol lui-même, et la plus minutieuse description du troupeau. De ce drame religieux composé de trois éléments : i" possession des troupeaux; 2° vol des troupeaux ; 3° punition du yoleur, la fable homérique traite avec abondance les deux premiers, ce que rfe font pas les Védas, et les fables indiennes le dernier. Il y a encore une différence, celle-ci touchant le dogme, et attestant une fois de plus que l'hymne n'a plus de sens pour le poète. Ce sont

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