FLÉAUX DE LA MER
L'indécision du poëte tient au point de vue où il s'est trouvé par rapport à la légende des Sirènes. Il en a placé le théâtre au milieu de la mer, où leur nature est nécessairement dépaysée dans une certaine mesure, et où la conciliation des éléments du mythe est plus difficile. Les Sirènes qu'il nous donne n'offrent en effet que le second aspect de ces divinités, et nous croyons avoir démontré que c'est dans l'Océan du Ciel qu'il en faut chercher le premier.
La légende des Sirènes, où les divinités revêtent l'antropomorphisme, où leur sexe est désigné, où elles voient et parlent, est nécessairement postérieure à la conception naturaliste où elles paraissent privées des attributs de l'homme. Cette conception est aussi la première nécessairement, quoiqu'elle ait eu elle-même plusieurs moments. Il n'y a rien en effet au-delà des Sirènes considérées comme étoiles : SEi^vîysç, rà «0-T/3K. En tant qu'étoiles, elles se rattachent sans doute encore à '^dpx, non plus comme à un radical, mais comme à un congénère. Le radical est 2sc>, le brillant, le Soleil, d'où est sorti Setpios, Sirius, l'astre brûlant de la canicule (1).
Le mot letpTme; renferme toutes les acceptions des mots islp, isiptoq, isîpa. : briller, brûler, enchaîner.
Nous avons montré l'affinité entre la lumière et le son dans le langage. Les Sirènes sont des chanteuses uniquement parce qu'elles brillent ; et la mythologie grecque présente plusieurs exemples où le chant est attribut des
(1) Outre les homonymies (Sei^-âveç, «.arpoî) resueillies par les lexicographes dans les poètes anciens, on trouve encore trois documents desquels il résulte que les Grecs n'avaient pas entièrement perdu de vue le premier aspect des Sirènes :
1° Leur descendance de Sts/jôtt-/!, l'éclair, dans Apollodore, bibl.1,7, 10.
2° L'allégorie de Platon :' les Sirènes chantant sur les planètes.
3° Une figure de Sirène, à tête radiée dans Panofka, cabinet Pourtalés.