RAPPROCHÉES DES MUSES
Tous ces noms conviennent à des Muses, aussi bien que Melpoméné, Polyhymnia, Euterpé et Calliôpé ; et les poètes qui les ont joints comme épithètes au nom générique des Sirènes y ont été entraînés par une analogie évidente entre les chants des unes et des autres. En second lieu, la jeunesse et la virginité sont communes aux deux groupes. L'une des Sirènes, Parthénopé, a la voix d'une vierge. Dans Athénée (1), la jeune Sirène {n«pQsvoç) prend pitié de la douleur de Glaucus, dédaigné par Scylla. Dans Euripide, Hélène (2) appelle pour compatir à sa douleur les jeunes Sirènes, les vierges ailées. De même aussi que les Muses, les Sirènes accompagnent leur voix du son des instruments. La Triade de Lycophron (3) est composée d'une chanteuse, d'une joueuse de flûte et d'une joueuse de lyre; la dyade d'Euripide, d'une joueuse de flûte Libyque et d'une joueuse de Syringe (4). Enfin les Sirènes affectent l'universalité des connaissances qui est l'attribut principal des Muses. Déjà, dans Homère, elles se vantent de savoir toutes choses, exactement comme la Muse invoquée en maint endroit par Homère lui-même (5), lorsque la fatigue le prend ou que la mémoire lui fait défaut ; ou mieux encore
(1) Deipn. lib. YII, cap. 38. Sâz/sy S'Ixswoy -/.at Isip^ nup^êrjoç
OtXTÎffKTO.
(2) Eurip. hél. v. 167. îlTspofhpoi vsâvtSsç, TrixpOhoi... I,stprrjsç...
(3) Lycoph. Gass. v. 712. C'est du Schollaste sur ce vers qu'il est question.
(4; Hélen. ibid. è^o-oaat tov AtSuv loiro-J, v ffyp£7'y«ç.
On peut joindre le mythogr. Yat. Il, lOl.Harum una voce, alla fibils, tertia lyra canebat ; et comparer quelques représentations plastiques, notamment Guigniaut, pi. 239, ûg. 850.
(5) II. XI, 208. Ibid. XIV, 508. Ibid. XVI, 112. Od. I. 10.
Comme les Muses du Piéros qu'Hésiode dit « savoir ce iqui est, ce qlii sera, ce qui arrive (1). <i> . .
L'assimilation est complétée pa:r cette considération' que les Sirènes ont, leur place marquée dans lé ' Panthéon grec; et qu'elles ont leur temple et leur culte (2)/ -Peut-être peuvent^elles se vanter, comme les Euinénides - d'Eschyle,, d'être- honorées depuis plus longtemps et regarder avec un certain dédain, les nouvelles divinités qui s'élèvent à côté d'elles, leurs rivales. ■■• . .
Les deux greupes se trouvent en effet en présence. Muses ItaUques et Muses Helléniques, appartenant à deux
(1) Hésiod. Th. v. 38. Eipsvcrxt. toc T'Iovra t« t' sàtioitsvcc Tzpo T'sbvTa. Dans Homère, les Sirènes disent : tSfjtev S'ocrira yhiri^ai èizi ;^6oyt TzoïAoBordp-^. L'assimilation était d'autant plus facile que les Sirènes ont toujours été considérées, depuis Homère, comme des divinités des eaux. Car les Muses ont été primitivement les Nymphes des sources de l'Hélicon, du Piéros, du Parnasse et de l'Olympe, fpsœ sunt Nympliss. quœ el Musx-, à\?,^it Varron., (Mythr Vat. H, 50.) Dansia liste des Néréides grecques, se trouvent deux noms appliqués également à des Sirènes, Ligéa et Eumolpé (ApoUod. bibl. 1, 2, 7.). "Varron disait encore : IJnam (Musamj quse ex aqux nascitur molli. De même les mythogr. anciens (Suidas, v. Izip-^vaç) expliquaient le chant des Sirènes par le bruit des flots. C'est à cet ordre d'idées qu'il faut rapporter leur descendance du fleuve Achéloiis, qui n'aurait jamais été imaginée si on ne les avait considérées uniquement comme divinités des eaux (ApoUod. bibl. 1, 3, 4, ibid. 1,7, 10. Avien. Acheloïa proies. Claudian. rapt. Pros. v. 253. Acheloïdes. Cf. Ovid. metam V, 551, et XIV, 88.
(2) Les autels et temples des Muses sont situés à Sparte, à Athènes, à Tégée, c'est-à-dire au cœur de la Grèce. Ceux des Sirènes aux extrémités du pays. Cf. Strabon, 2, 2. zh twv Isiprivu-j Upov.
L'auteur des Mirahil. auscuU. vs&iç aùrûv iS/jutki, -/«t Ttfjtwvrat y.xB'xiTzspSôlYjv \mo twv Trïpwt'zMv 6u(rt«tç è'Kty.elûç.