‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 38 sur 45 · LES SIRÈNES EN LUTTE · texte numérisé non relu

LES SIRÈNES EN LUTTE

la considération sur ceux qui participent à leurs secrets. Les Sirènes au contraire se servent de leurs chants comme d'un piège ; elles énervent l'homme au heu de l'encourager aux rudes labeurs du jour, elles sont maîtresses de volupté, puis elles tuent. 11 est bien qu'elles soient vaincues par les Muses.

En prenant à la lettre un passage de Pausanias, on peut croire que les deux cultes se sont heurtés dans la Grèce, peut-être en Arcadie. Le géographe fait mention d'une vieille figure de Héra, à Coronée (1), qui tenait en sa main les statues des Sirènes, et il explique cette particularité par la raison que Héra avait persuadé aux Sirènes de disputer le prix du chant aux Muses. Ce rapprochement est à noter. Toutefois les Cretois plaçaient chez eux le combat, à Aptéra, ainsi nommée, dit Etienne de Byzance, parce que les Sirènes y avaient perdu leurs aîles. Ce que l'on sait d' Aptéra réfute amplement Etienne. La fondation de cette vihe est attribuée à un certain Aptéras, et le mythe Cretois est résulté d'une étymologie fautive (2).

(1) Pausan. IX, 34. Ay^sMjjov Ovyuzkpcic.ç àw.TzznjQdav.q yâtriv ûîrô Hokj v.v.-zcA.n-zrciv.i tzooç rà; Moûc-sc; Itç ù^vjç ïpvj. Le sens des Sii'ènes clans la main de Héra m'échappe. En les comprenant comme dons d'Héra, ainsi que le veut l'analogie (la victoire dans la main de Zeus, les^ Charités ' dans la main d'Apollon), on se demande comment liera a pu conseiller aux Sirènes, ses dons, un combat où elles seraient vaincues.

— Le conseil se retrouve d'ailleurs dans Ausone : Seiredones ad

7j«/ma)7i jussœ cerlare camxnis.

(2) kiTTSpv., 7!-o).t; Kpvir/îç, àizo tvîî twv Moucûv -/.cl 1-iprrMv sotSoç. Cf. Etymol. mag. La lutte y prend plus de détails. Les Sirènes perdent leurs aîles, et se précipitent.

Euseb. Chron. n° 514, dit qu'un roi Apteras fonda la ville de Crète.

Selon Pausan. X, v. 10. L'autel de cire et de plumes qui esf à Delphes a été construit par Ptéra, un delphien, à qui est attribuée aussi la fondation d' Aptéra de Crète.

L'épopée fait disparaître tout élément historique. La lutte s'y manifeste, non après un défi, mais au milieu du voyage des Argonautes. Lès compagnons de Jason n'échappent point aux séductions des Sirènes par la ruse, ainsi qu'avaient fait ceux d'Ulysse. Parmi eux figure un fils des Muses, Orphée, qui résume en lui le groupe' hellénique, et prend sur lui tout le labeur du combat. « Pendant que les Argonautes doublaient l'ile des Sirènes, Orphée ('!) chantant une Musc contraire, retint ses compagnons sur le navire. » Les Argonautiques orphiques, racontent la scène, mais, selon leur habitude, en effaçant ce qui importe le plus :

'c Assises sur le rocher, les Vierges, élevant leur voix sonore, chirmaient les oreilles des passants pour les priver de retour. Les Myniens écoutaient avidement le chant des Sirènes, dont la voix funeste les empêchait d'avancer. Les rames échappaient à leurs mains ; Ancée dirigeait le navire du côté de l'écueil. Alors je saisis la lyre, et essayai l'ordre harmonieux des chants maternels.

(c Elevant donc la voix je dis l'hymne merveilleux :, comment se disputèrent les chevaux aîlés Zeus le tonnant et Poséidon qui fait trembler la terre, et comment le Dieu à la barbe limoneuse, irrité contre le père Zeus, frappa de son trident la terre de Dycaonie, la dissipa dans les

(i) ApoUotl. bibl. 1,9, 25. « Pendant qu'ils passaient près des Sirènes, Orphée, chantant une Muse contraire, retint les Argonautes (sur le navire). Biilès seul nagea de leur côté; mais Aphrodite l'enleva et le porta à Lilybée.

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