LES SIRÈNES DIVINITÉS PSYCHOPOMPES
mort, qu'elles crivahissent bientôt toute la légende.. Leur recherche désespérée les assimile à Démêter, et on leur donne le boisseau comme coiffure. Euripide les assimile à Perséphone : il les appelle filles de la terre, y-ôpat %eôvoç.
Sur ces indices, si faibles qu'ils soient, on peut conjecturer que le rôle des Sirènes dans les mystères avait une réelle importance, et qu'elles y restaient, comme dans la rehgion commune, les initiatrices de la mort. C'étaient elles, sans doute, qui accueillaient l'initié avec ces chants suaves et ces sons de flûte dont parle indiscrètement Aristophane, et lui faisaient entrevoir avec moins de crainte la perspective de la vie future (i). On peut aussi, non plus conjecturer, mais affirmer que leur représentation sur les tombeaux avait une signification plus haute que celle des regrets éternels, et qu'elle était un témoignage de la croyance en l'immortalité des âmes.
(1) Cf. Aristoph. Ran. 154, sq. et le chœur qui suit la scène.
Parallèlement à ce beau développement de la notion des
Sirènes, les poëtes du dernier ordre, aux applaudissements
du bas peuple, les transformaient en suivant la pente où il
était possible de les avilir. Qu'on fasse abstraction de tout
autre caractère, et que l'on considère seulement celui-ci,
qui devait séduire les natures vulgaires : « Les Sirènes
tuent par la volupté; d et leur figure s'altère aussitôt. Le
poste solitaire qu'elles ont choisi, loin de tout commerce
divin, les chants qu'elles emploient pour attirer les
voyageurs, la mort dont elles punissent ceux qui ont la
faiblesse de les écouter, tout cela ne rappelle-t-il pas le
manège des courtisanes, qui se postent aussi dans quelque
coin ignoré et de sinistre aspect, où \iennent sombrer les
navires et les marchands, entraînés par des chants perfides?
Un tel rapprochement dont les détails ne manquaient pas de
ce genre d'esprit où se plaît la foule, se produisait en plein