‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 42 sur 45 · LA NOTION DES SIRÈNES · texte numérisé non relu

LA NOTION DES SIRÈNES

théâtre d'Athènes, à deux pas d'Eleusis. Ces fantaisies de poëte, à force d'être répétées, devenaient une opinion (1), puis un dogme accepté par de graves esprits. Servius y croyait, Eusèbe aussi, ce qui est moins étonnant, puis à peu près tous les mythographes, si l'on en croit Suidas. Rien pourtant, dans le mythe antique, ne justifie une telle interprétation. Les deux seules circonstances où l'on trouve les Sirènes en rapport avec Aphrodite indiquent avec elle au contraire un état d'hostilité plutôt que de bon accord. Ainsi, lorsque Butés, malgré Orphée, s'élance [du navire Argo vers le rivage où retentit léchant séducteur, Aphrodite

(1) Cette pente s'est manifestée dd bonne heure. Pythagore (Porphyr. 30.) disait -. " Il y a deux espèces de plaisir : le premier, qui s'attache aux appétits, à la volupté, à la richesse, peut être comparé aux chants homicides des Sirènes («vSpoiyôvotç wSkÏç) ; le second, qui provient de la beauté, delà justice, de tout ce qui est nécessaire à la vie, qui est agréable sur le moment sans laisser de remords pour l'avenir, ressemble à l'harmonie des Muses. » Démosthènes se plaint d'être comparé à une Sirène. Euripide en donne la raison : (Andrùm. 930.) Kâyoj yJJjovcra toûctSî Sst^-^-Jwv loyovg crofûi-j, Tzcaovpya-j, y., t. 1. Les Sophistes étaient comparés aux Sirènes. On trouve dans Nonnos (II, II.) iTrtV.XoTrov O'^vov, et (XXII, 12) Y^vottqXoi lupwsç, les Sirènes marchandes de chansons ou d'éloquence.

Cf. Anaxilas dans Athénée (Deipnos, p. 558.) — Servius. in JEn. « Secundum veritatem, meretrices fuerunt quœ, transeuntes quoniam ducebant ad egestatem, his fictœ sunt inferre naufragia. » Euseb. " meretrices, quee cantu et blanditiis navigantes deciperent. » Suidas : « Ot Mu9o).Ô70t IsipYi-jciç ov.gL twk GvjîiUTrpôffUTrK opviQM st'jai, aTraTwvTK rovç TVKpy.Tzléo'JTCiç, àiriiâcn tkti îroptr.oïç v.v/îvOÛvra. » Les niythogr. Vat. I, 42; III, II, 9, ont copié Servius, môme dans les termes. Eustathe qualifie cette interprétation d'un mot de bon sens : iaropr/.ûtrspov. C'est en effet de l'Evhémérisme.

SE DÉGRADE. *^i

le ravit aux flots pour l'emporter à Lilybée. C'est Aphrodite encore qui, dans une légende particulière, mélamorpîiose les Sirènes en oiseaux pour les punir d'être restées (i) vierges. Il semble que ces deux récits conservent une trace historique d'un antagonisme entre les cultes de Vénus Ericia et de Perséphone. Ils se sont réciproquement calomniés.

Un changement de milieu a produit une autre altération. Les Grecs de Syrie et d'Egypte confondent volontiers la mer et le désert : même horizon , même sohtude , mêmes dangers : les Oasis rappellent les îles ; et l'Arabe qui y a placé sa tente, ne diffère guère du pirate.

C'est là, parmi les ruines des cités de l'ancien monde que les Sirènes, déchues de la divinité, ont fixé leur dernier séjour. La version des Septante les fait figurer dans les tableaux de la' désolation de Samarie et de Babylonc, prédite par les prophètes, ce Les Arabes n'y passeront plus, ni les pasteurs n'y séjourneront. Ce sera le repos des bêtes farouches et la retraite des Sirènes. — Il ne poussera que des ronces dans leurs villes et leurs citadelles ; ce sera la retraite des Sirènes. » Le Scholiaste explique ssi/j-^vï,- : « Oiseaux qui font entendre pendant la nuit une A'oix plaintive, [QprrMh), un gémissement continuel {'^.o-jo-jov/J yM-zoloWço-jza), commc le hibou et autres semblables, d Le

(U Eustathe rapporte cotto légende. Le mythogr. Vat. II, 93, donne une variante : « Venus, indignata quod Proserpina, Jovis et Cereris lilia, conjugia sperneret, Plutoni, ab inleris omerso, intulit amorom, ut Proscrpinam, circa cacumen yEtn© flores legentem, oriperct. "

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