DOMAINE DE CIRCÉ IS
yeux, dans la mer occidentale (i). De même donc qu'en voyant à Délos un domaine d'Apollon, nous disons que les poètes qui ont parlé d'Apollon Délien ont eu en vue cette Délos, nous devons dire aussi, ce semble, qu'Homère, en plaçant Circé dans la mer Occidentale, a eu en vue le lieu où se trouvait le domaine de Circé, si ce domaine s'y trouvait. Aucun document historique, contemporain d'Homère ne peut le démontrer sans doute ; mais comme les Grecs l'ont reconnu à une époque où on ne peut supposer que l'influence qu'ils ont plus tard exercée sur la religion romaine a suffi pour que le culte de Circé s'établît en l'honneur d'Homère, il n'y a pas témérité à croire que ce domaine de . Circé fût celui qu'avait en vue le poète. Il en ignorait certainement la position exacte et le nom. Il l'appelle l'ile iEseennne (2), AtV.iV. -maoç, comme il dit aussi Circé iEaeenne, AtaîK Kt',o-/.vi, qualificatif qui suppose un substantif Ai« (/Ea), qui ne se trouve dans Homère qu'avec un sens général de lieu, de terre, et que Mimiierme a rattaché pour la première fois au cycle religieux dont Circé faisait partie chez les Grecs. Ma. est le lieu d'où Jason rapporte à Pélias la toison d'or, la ville d'/Eétès, où dans une chambre d'or, sont déposés les rayons du soleil rapide (3). C'est l'Orient lui-même; et le texte homérique,
(1) Cf., pour lès lieux affêrenls à la légende de Circé, Grote. Tom. I, ôdit. fr. 283 et 284, ainsi que les notes. Hist. de la Grèce. C'est un point de vue absolument opposé h celui de Cluvier (Italie ant.) et de ses successeurs.
(2) Od. Od. X, 135, - IMclAX, 32. Cf. Strabon, 1, p. 45.
(3) Mimn. fr. II : Ai-hrxo ttô^w, tôÔj t'wzéoç Rùioio
«zTWâç /jouaéw x£tar«t su ÔkIxiim.
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écho fidèle des traditions qu'il aidait, sans le savoir, à obscurcir, nous en conserve une preuve. Le navire d'Ulysse, au retour de la demeure d'Hadès, aborde à l'île iEseenne où sont les terrains de danse de l'aurore et les levers du soleil (1). Cette ^a que les Grecs ont ensuite placée à leur Orient, au fond du Pont Euxin, dans la Colchide (2), n'est donc pas non plus un lieu géographique, mais tout point du ciel où l'aurore et le soleil se lèvent. On verra tout à l'heure que Circé a aussi ses affinités avec l'Orient. Lorsqu'Homère lui donne le nom d'^Eseenne, cela signifie pour lui qu'elle est sortie d'^a, du royaume d'jEétès, cela veut dire pour nous qu'elle se rattache aux divinités qui naissent tous les jours à l'Orient.
Hésiode, on le conçoit, n'est guère mieux informé qu'Homère : « A l'extrémité du monde, au sein des îles Saintes, (Latinos et Télégonos, fils de Circé) régnaient sur tout l'illustre peuple des Tyrrhènes (3). » Dans le « catalogue des femmes » oîi Hésiode avait compris la légende de Circé, il disait que « Circé avait été transportée sur le char du Soleil dans une île voisine de la Tyrrhénie. » Dans
(1) Od. XII, 3. « o6t T B.OVÇ YipL-/VJSÎriq
oir.iv. -/.où yjipoi stVt v.cd à-JxoÏMi 'Rùloio »
(2) Etienne de Byzance donne celte J5a comme un lieu géographique. Il en sait la distance exacte à la mer : 30 stades. Il nomme les deuxfleuves qui l'entourent et en font une île. Sans doute il suit Pline, beaucoup plus circonspect -. « Oppida in ripis habuit fPhasis fluvius) complura; maxime autem inclaruil Ma., XV mille passuum a mari, ubi Hippos et Cyaneos, vasti amnes e diverse in eum confluunt. » Plin. VI, 4, 5. Parmi les villes célèbres du Phase, Pline cite une Circwum, aussi réelle qu'^a.
(3) Hés. Théog. 1015. - Schol. ApoU. Rhod. inlll, 311.
ces deux passages on ne peut guère douter que la géographie et l'histoire ne soient mêlées à la mythologie. A la mythologie appartiennent les îles Saintes, Télégonos et le char du Soleil. Mais Latinos est-il absolument en dehors de l'histoire ? Peut-on affirmer que les Latins aient pris leur nom national pour rattacher leur origine aux généalogies divines de la Grèce ? Ou bien qu'un simple hasard rapproche ici Circé, Latinus et les Tyrrhènes ? Ces Tyrrhènes euxmêmes ne doivent pas être considérés sans doute comme le peuple qui s'est appelé plus tard les Etrusques ; on peut admettre qu'ils représentaient, pour Hériode comme pour l'auteur de l'hymne homérique à Dionysos, des pirates, des gens de mer, à l'Occident de la Grèce, sans désignation précise de contrée ; mais peut-on affirmer que ces Tyrrhènes (1) ne fussent pas, aux yeux d'Hériode un peuple étant entré dans l'histoire, en relation avec Circé et Latinos, c'est-à-dire avec les Latins? Cette part faite à l'histoire est petite sans doute, mais elle suffit à notre thèse. Hésiode, ainsi qu'Homère, a parlé de Circé comme d'une Déesse ayant son domaine et son culte à l'Occident. Il n'ignorait pas plus qu'Homère ses affinités avec le lever du soleil, ainsi que l'indique le second vers cité : et l'on peut considérer comme un équivalent de VJEa. homérique, les c îles Saintes )) placées aux extrémités du monde, où régnent les fils de Circé. ^Ea se retrouve d'ailleurs clairement désignée dans cette « île, voisine de la Tyrrhénie, où le Soleil trans-
(1) Voyez les représentations sur les vases étrusques et les miroirs, relatifs à la Télégonie dans Overbeck. "Welker. etc., et le dessin copié sur le miroir du Louvre que nous donnons. .