‹ Études de mythologie grecque [microform]Chapitre 7 sur 45 · CIRCÉ, DIVINITÉ SIDÉRALE · texte numérisé non relu

CIRCÉ, DIVINITÉ SIDÉRALE

puisque, dans le récit historique qu'il a transcrit sérieusement en son neuvième livre, il rattache le Soleil à Circé par Eétés et Perses, ses deux fils, l'un père, et l'autre, mari de la Déesse. Sept généalogies lui donnent pour mère Perse (Perséis, Persa), nom caractérisé dans Hésiode par Npithète d'Océanide. Perse ne figure d'ailleurs dans aucune légende ; et on ne peut que vaguement la rattacher au monde sidéral par son nom, analogue à Perséus, Dieu solaire, au monde maritime par ses fonctions, qui l'assimilent à Téthys, au sein de laquelle se repose le Soleil tous les soirs. Dans les Argonautiques Orphiques la mère de Circé est Astéropé, plus inconnue que Perséis, mais uniquement rattachée par son nom au monde sidéral.

Toutes les filles du Soleil et d'une Nymphe suivent, pour leurs attributions divines, non leur mère, mais leur père : c'est-à-dire qu'elles ont toutes un caractère sidéral : "Hlî-^, Hélié, Ucxortfàvi, Pasiphaë, Axy.mTL-/i, Lampetié, "Atyl-/i , ^glé, *otS/7, Phébé, 'kiQspin, jEthérié, tous noms rappelant la lumière des astres (1). Ce caractère se retrouve dans Circé. Les Argonautes s'effraient à voir sa stature et ses traits, semblables à ceux d'Eétés (2), « car tous les enfants de Hélios se reconnaissaient aisément à l'éclat de leurs yeux, lançant une lumière d'or. » « Sur sa tête se dressaient des cheveux, semblables à des rayons de flamme (3). )>

(1) Pasiphaé est un surnom d'Artémis dans Orph. h. 36.

Hyg. proœm. Ex Sole et Glimene : Phaetontiades Merope, Helie. La liste incomplète du préambule se retrouve ch. GLIV.

(2) Apoll. Rh. III, 684.

(3) Orph. 1226.

28 GIRCÉ

Jusqu'ici Gircé apparaît comme une divinité sidérale, mais indéterminée. En la comparant aux autres filles du Soleil, on peut commencer la détermination. Deux de ces divinités sont certainement lunaires : Phœbé et Pasiphaë : et les noms des autres, sans être aussi précisément affectés à la même personnalité divine, n'ont rien du moins qui les y rende impropres. Peut-être même, s'il était possible d'étudier la question à un point de vue général, trouveraiton que si tous les fils de Hélios sont des Soleils, c'est-à-dire des dédoublements de Hélios, toutes ses filles sont des Lunes. Même en dehors de ce point de vue, le rapprochement de Pasiphaë et Phœbé est une présomption. Une autre se tire de la généalogie historique de Diodore, où Hécate, une lune, sous un de ses aspects, est mère de Médée, une lune encore, et de Gircé.

En examinant tous les noms des filles du Soleil, on voit que chacun d'eux représente un aspect particulier de la lune : Hélié, le parallélisme avec le Soleil, Pasiphaë, la lumière éclairant à la fois le ciel et la terre ; Lampetié, ^Ethérié, avec de légères nuances, la position dans le ciel ; Mglé, Phœbé, l'éclat. Le nom de Gircé n'est pas aussi transparent. Son radical Cire, Ktp, le rattache chez les Latins aux mots Circum, Circulus, Cirais et leurs nombreux dérivés, avec le sens de Cercle, Circulaire. Ce même radical n'est reproduit exactement chez les Grecs que dans le mot (1) lUp-Mç, le faucon, que son vol circulaire avait

(1) Hom. Od. XV, 526. Kipy.oi;, A7rô),^wvoç r«xyç xyyclo^. Apollon. Soph. Kîpoç, iépoi^. Eustathe le rattache à K/jt'Çw, criei% par métathèse.

rattaché, dans la mythologie, à Apollon, comme messager; mais il n'est pas éloigné du mot -/.vyloç, qui a le même sens que Circulus. Le nom de Circé représenterait ainsi la lune sous l'aspect de sa forme, une lune en son plein (1). Un argument de quelque valeur se tire du costume de Circé. Lorsque l'année écoulée, Ulysse remonte sur son navire, « la nymphe (2), pour assister à son départ, revêt une robe d'argent, légère et gracieuse. » Nonnos attribue, avec un même sens, des rayons de neige à Artémis (3) ; Ovide, une robe blanche à Diane (4). Dans le seul (5) passage où Virgile ait parlé de Circé, il fait intervenir la lune blanche. « Ma flotte, poussée par un

Képy.iç, le bâton autour duquel on enroulait la trame dans les métiers de tisserand, a peut être aussi Ktp. pour radical. Greuzer rattache le nom Circé à un anneau symbolique, de pure invention, car il est absent de la légende. La Divinité Solaire des Lydiens, Sardis, tire son nom d'un radical Sémite analogue : SAR, cercle. Cf. Maury, religion de la Gr. ant. V, III, p. 115 sq.

(1) Ou une lune accomplissant sa course. Hermann (Myth. gr.), sans faire de Circé une lune, traduit : navigaiio in orbem facta.

(2) Od. X, 542.

(3) Nonn. Dion. V, 486. Dans une peinture ancienne (Overbeck) la tête de Circé est entourée d'un nimbe.

(4) Ov. Métam. XIV, 262.

(5) Virg. ^n. VII, 7; Tout ce passage est extrêmement important. Lycophron permet un rapprochement analogue. Il appelle ILépfn, Pergé, la montagne de Tyrrhénie où seront portées les cendres d'Ulysse. Or, des traditions très-inconnues d'Homère, montraient le héros mourant près de Circé. L'île M^a. est donc ici confondue avec Pergé. Lycophron n'a -pu glisser ce nom dans sa narration que parce que Circé lui rappelait la déesse de Pergé, qui est une Artémis, une lune. Cluvier voit dans Pergé le nom primitif de la montagne de Circé, et l'assimile au germanique berg, montagne.

30 CmCÉ, DIVINITÉ LUNAIRE.

vent favorable, rase la côte de Circseum; la lune blanche — luna candida — nous montre notre route ; les flots scintillent à sa lumière tremblante. » Il est difficile de ne pas voir dans ce rapprochement de la lune et de Circé une intention du poëte. L'autel de Minerve placé près du temple de Circé est un rapprochement de même nature. Minerve, armée de l'^Egide, est une lune.

Ces analogies peuvent être confirmées par les rapports existant entre Circé et une divinité lunaire bien constatée : Àrtémis. Nous ne sommes pas frappés de ces rapports au premier coup d'œil, parce que nous jugeons ordinairement les deux Déesses sous l'impression que nous laissent, deux monuments également parfaits de l'art grec, mais qui ne représentent pas Circé et Diane Artémis dans une même situation dramatique. En songeant à celle-ci, nous revoyons malgré nous cette figure de la chasseresse, chaussée du cothurne, vêtue d'une tunique légère, et s' élançant à la poursuite du gibier, telle que l'a conservée le marbre du Louvre. La première ne nous apparaît qu'à travers la légende homérique, jeune et belle aussi, mais enfermée dans une maison de pierre, occupée d'une science malfaisante, et violant froidement les lois de l'hospitalité. Mais quand on est parvenu à écarter cette première impression et qu'on pénètre l'essence même des deux mythes, on les voit se développer dans un parallélisme parfait.

L' Artémis du Louvre paraît reproduire exactement l'hymne homérique XXVII.

(c Je chante Artémis au fuseau d'or, bruyante, vierge pudique, chasseresse amie des traits.... qui sur les montagnes ombreuses et les sommets battus des vents met

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