Sous-Genre GH0PFÂTIGBRA
A. — Groupe des GhoSatioeras trioarénés
Pseudotissotia (Choffaticeras) segnis Solger
PI. XXni, fip. I. a-6, a a-6. 3 a-b
1903. Pseudotissotia indét. Pervinquière : Et. géol. Tun. cent., p. 99.- 1903. Pseudotissotia segnis Solgkr ; Jugendentw. von Sphen, lenticularis, Zeitsch. d. geai. Ges.. vol. LV, p. 77, PI. IV. .
Diamètre
Hauteur du dernier tour..
Épaisseur du dernier tour.
Largeur de l*ombiIic
1. Éch. PI. XXIII. fig I. —lï. Éch. du Dyr el Kelb. — III. Éch. PI. XXIII. fig a. — IV. Var. discoidalis d'A. Nakhia. — V. Id. Éch. PI. XXIII, fig. 3.
Cette ammonite, décrite incidemment par Solger, d'après quelques spécimens recueillis par Schweinfurth dans le désert arabique (Egypte), me semble également exister en Tunisie. A vrai dire, les mesures ci-dessus ne concordent pas exactement avec celles données par Solger, mais, dans ce groupe d'ammonites, les variations sont assez étendues ; du reste, les numéros I et 11 montrent des divergences notables et cependant il s'agit indiscutablement de la môme espèce. Comme Solger n'a pu figurer qu'un fragment du jeune, je crois utile de donner de nouvelles figures. Yoici, d'ailleurs, les principaux caractères de cette espèce :
Coquille discoïdale, un peu lenticulaire, à ombilic profond, mais médiocrement large. Section des tours pentagonale dans l'âge moyen. Région ventrale marquée par une carène saillante, accompagnée par une double rangée de tubercules, de sorte que, vue de face, la région ventrale paraît tricarénce. Ombilic entouré de tubercules arrondis disparaissant très tôt (cinq tubercules sur la première moitié du dernier tour). Côtes droites, les unes partant des tubercules ombilicaux, les autres (intercalaires) limitées à la moitié externe des flancs. Toutes les côtes se terminent au pourtour par un fort tubercule, quelque peu allongé dans le sens de l'enroulement; il y a ao-aS de ces tubercules sur le dernier tour. L'ensemble simule deux carènes latérales dominées par une carène médiane. Les côtes disparaissent bientôt (quelquefois dés le rayon de 25 ou 3o mm.), tandis que les tubercules marginaux persistent plus longtemps.
Je considère l'ammonite figurée PI. XXIII, fig. 2 (en demi-grandeur) comme le stade adulte, sinon sénile de Pseud, segnis ; la description et une figure de Solger s'y appliquent bien. On voit que la section est devenue triangulaire, par suite de la disparition des carènes latérales et de la fusion avec les flancs des petits méplats qu'elles limitaient. En même temps, la carène médiane s'est émoussée considérablement. La coquille est presque lisse, sauf quelques nodosités ombilicales et quelques vagues ondulations; les bords de l'ombilic sont arrondis. On remarquera que les deux côtés
3fii ÉTUDES DE PALÉONTOLOGIE TUNISIENNE.
ne sont pas symétriques ; le côté droit est plus plat que l'autre (^). Il semble que le péristome ail une tendance à se contracter ; cependant, on ne peut rien affirmer, car la loge n'est pas entière.
Les cloisons sont trop mal conservées sur nos exemplaires pour pouvoir être figurées, mais elles s'accordent avec celles du type. Celles-ci comprennent un lobe siphonal large et peu profond, allant en se rétrécissant en arrière et légèrement déplacé vers le côté gauche, d'après Solger ; ce dernier caractère n'est pas net sur nos échantillons, où la cloison serait plutôt reportée vers la droite (quoique bien faiblement). La première, selle est primitivement divisée en trois parties inégales par deux lobules, mais l'addition de nouveaux lobules masque souvent cette tripartition. Le premier lobe est large et médiocrement profond, bien qu'il dépasse notablement le lobe siphonal ; il est toujours divisé en deux branches très inégales, Tune externe, plus petite, l'autre interne, plus longue et plus large. D'ailleurs, un lobule de la première selle est souvent rapproché de la branche externe du lobe, à tel point que celui-ci semble quelquefois avoir trois branches d'importance croissante, du côté externe au côté interne. La deuxième selle est moins haute et un peu moins large que la première ; elle est simplement festonnée. Puis vient un deuxième lobe beaucoup plus réduit que le premier et guère plus développé que les suivants. Il y a encore, à la suite, deux petites selles et deux petits lobes festonnés sur tout leur pourtour.
Var. discoidalis (PI. XXllI, fig. 3 a-b). — A titre de variété extrême, je rattache encore à Pseudotissotia segnis deux ammonites qui paraissent en diflérer considérablement au premier coup d'oeil (n" IV et V des mesures). Elles sont très plates et presque lisses; du moins ne portent-elles pas de côtes, mais les tubercules qui terminaient celles-ci subsistent quelque temps, de telle sorte que la carène médiane est encadrée par deux rangées de tubercules se poursuivant jusque sur la loge et finissant par s'effacer. Bref, on passe facilement, en théorie, d'une forme à l'autre, mais je n'ai pas trouvé de terme de passage. Autre caractère : dans cette variété plate, l'ombilic est notablement plus petit. Les cloisons diffèrent peu de celles du type.
Rapports et différences. — Solger n'a pas indiqué les caractères différentiels de son espèce, ce qui eût été important. Celle-ci semble néanmoins distincte. Pseud. Meslei Peron et Pseiid. Barjonai Ciioffat ont un accroissement en diamètre moins rapide (dernier tour moins haut) et portent, sur la loge, des côtes arquées, tandis qu'elles sont droites dans Pseud, segnis. Les deux premières espèces possèdent toujours un ombilic à bord tranchant et à paroi verticale, tandis que le bord ombilical est arrondi dans la troisième. Pseud, segnis a le bord ventral quelque peu arrondi dans la vieillesse, alors qu'il demeure tranchant dans Pseud,
(i) H ne s'agit pas d'un cas d'usure, car cette face droite est en partie couverte par un bryozoaire peu usé. Faut-il y voir Teffet d'une déformation due aux conditions de fossilisation ou le résultat de Tasymélrie signalée par Solger ? On sait que cet auteur attribue cette asymétrie de la forme extérieure et des cloisons au genre de vie benthoniquc de certaines ammonites, au fait quelles rampaient, la coquille déjetée d'un côté. Dans le cas présent, le siphon, très gros, parait un peu reporté vers la gauche, tandis que les cloisons seraient déplacées vers la droite, mais très légèrement. J'estime qu'il n'y a aucune conclusion à tirer de cela, car ces modifications sont trop faibles; il faudrait être certain qu'aucune autre cause n'a été mise en jeu.
Barjonai et que Pseud. Meslei conserve ses trois carènes. Malheureusement, le jeune de ces deux dernières espèces ne nous est pas connu. Nous le connaissons dans Pseud. Douvillei Peron, qui est facile à distinguer de Pseud. segnis par l'absence de la triple carène, par le caractère de la costulation et par la forme globuleuse. Quant à Pseud. Pkilippii Solger, du Cameroun, il se fait remarquer par la présence de fines côtes onduleuses et par des cloisons tout autres, qui feraient plutôt ranger cette ammonite dans le genre Tissotia. Reste donc Pseud. Luciœ, décrit plus loin, qui est dépourvu à la fois de côtes, de tubercules et de carènes latérales, ce qui empêche toute confusion ; d'ailleurs, la forme générale est différente. J'ajoute que la variété discoidalis a très sensiblement la forme de VAmm. Goupilianus d'Orbigny, qui montre aussi trois carènes, mais cette dernière espèce porte des côtes flexueuses, qui manquent ici ; d'ailleurs, la cloison diffère.
Gisements. — Turonien inférieur. Quatre échantillons, plus ou moins complets, du Sif et Telia (Mrhila) et du Dyr el Kelb. — Var. discoidalis. Deux échantillons du Bireno (A. es Sfeiâ) et du Mrhila (A. Nakhla). Cette espèce n'est encore connue qu'en Egypte et en Tunisie.
Pseudotissotia (Choffaticeras) Pavllllerl Pervinquiere 1907
PI. XXUl. fig. 4. 5 a-6, 6 a-b
I II III IV V
Diamètre 60(1) 67(1) 85(1) 127 (I) 190(1)
Hauteur du dernier tour.. 34(0,52) 40(0,60) 50(0,59) 70 (0,55) 103(0,54)
Épaisseur du dernier tour. 18(0,30) 21(0,31) 23(0,27) 31 (0,24) 40(0,21)
Largeur de l'ombilic*. .. . 4(0,06) 5(0,07) 8(0,09) 12,5(0,10) 25(0,13)
MI. Êch. PI. XXÏII, fig. 4, 5. — III. Éch. du Dyr el Kelb. — IV. Éch. du Fekirine. — V. Éch.
PI. XXIII. fig. 6.
Coquille discoïdale, très plate. Région ventrale tricarénée, la carène médiane étant bien plus saillante que les deux latérales. Flancs à peine bombés, ornés dans la jeunesse de fines côtes arquées, qui ne sont guère sensibles que sur le quart externe des flancs; ces côtes se surélèvent légèrement* à leur extrémité et s'arrêtent sur les carènes latérales. Côtes disparaissant plus ou moins tôt, quelquefois dès le diamètre de 5o-6o mm., effacées d'ailleurs par la moindre usure. Carènes latérales désormais lisses et continues, persistaat, dans l'adulte, jusqu'au début de la loge d'habitation ; carène médiane se maintenant encore plus longtemps, de sorte que la fin de la loge est seule arrondie. Coquille entièrement lisse dans l'adulte ou pourvue de larges ondulations rayonnantes. Tours presque entièrement embrassants ; ombilic très étroit, s'élargissant quelque peu avec l'âge, mais restant toujours petit.
Cloisons un peu usées sur tous nos échantillons, mais appartenant certainement au type Pseudotissotia, ^^q[ 134. pseud. PcPciiUeri (éch. pi. comme on peut en juger par la figure ci-contre xxiii, fig. 5; r = 40).
(fig. i34). Les éléments se multiplient un peu avec l'âge, au point que le grand
échantillon d*A. el Glaa porte six selles et le commencement d'une septième. La cloison parait symétrique.
Rapports et différences. — La présence constante de trois carènes distingue immédiatement Pseudoiissotia Pavillieri de Pseud, Barjonai Choffat, de Pseud. Philippu SoLGER et de Pseud. Luciœ Pervinquière. Quant à Pseud. Meslei Peron, qui possède aussi trois carènes, il a toujours une épaisseur beaucoup plus considérable et un ombilic beaucoup plus large ; les trois carènes persistent sur la loge ; la ligne suturale comprend moins d'éléments (quatre seulement), quoique Téchantillon figuré par Peron soit de bien plus grande taille que les nôtres. Par rapport à Pseud, segnis Solger, les différences sont moindres, bien qu'assez constantes. Pseud. Pavillieri est toujours plus plat et a un ombilic beaucoup plus petit ; en outre, les carènes latérales, d'abord fînement granuleuses (au lieu d'être formées par de gros tubercules), deviennent très vite lisses et continues ; celle du milieu persiste sur la loge, tandis que ces carènes disparaissent bientôt dans Pseud, segnis, où la carène médiane s'atténue elle-même et s'arrondit.
Gisement. — Turonien inférieur. Cinq échantillons complets et quatre fragments du Mrhila (A. Nakhla, Fekirine, Sif et Telia), du Bireno (Dyr el Kelb, A. el Glaa, A. es Settara). C'est un plaisir pour moi d'inscrire ici le nom de M. Pavillier, ancien Directeur général des Travaux publics en Tunisie, sous les auspices duquel fut publiée mon Ëtude géologique de la Tunisie centrale.
B. — Groupe des GhoSaticeras monocarénés Pseudotissotia (Chofffaticeras) Luclae Pervinquière 1907
PL \X1V, fig. I a-6, a a-b
I II III IV
Diamètre 87 (1) 150 (1) 75 (?) (1) 132 (1)
Hauteur du dernier tour 40 (0,46) 65 (0,44) 43 (?) (0,57) 62 (0,47)
Épaisseur du dernier tour.. . . 30 (0,35) 45 (0,30) 20 (0,27) 30 (0,23)
Largeur de rombilic 20(0,23; 37(0,25) 5 (0,07) 17(0,13)
1. Éch. PI. X\IV, fig. I. — II. Type. PI. XXIV. Og. a. — III. Var. strieta. Éch. d'.\. es Sfcia.
— IV. Id. Éch.>4u Mrhila.
Cette belle coquille a une forme lenticulaire, à bords tranchants, rappelant celle de divers Sphenodiscus . Les tours ont une section ovale-lancéolée ; la plus grande épaisseur est au bord même de Tombilic. Les flancs convergent modérément, puis plus fortement et enfin très peu, de sorte que chacun d'eux est d'abord convexe, puis concave à quelque distance du bord ; il en résulte une sorte de dépression spirale. Cette disposition est plus marquée sur certains exemplaires, surtout les grands (PI. XXIV, fig. a). Quoique les tours internes ne soient pas exactement connus, une coupe montre qu'ils possèdent la section triangulaire aiguë dès le rayon de 10 mm. L'épaisseur de l'ammonite s'accroît moins rapidement que
le diamètre, de sorte que les vieux exemplaires sont relativement plus minces. Les flancs sont toujours lissés et ne portent jamais ni côtes, ni tubercules. Uombilic est coupé comme à Temporte-pièce ; sa paroi est verticale et sans ornements ; son diamètre croît un peu avec l'âge, surtout dans la partie non cloisonnée. Le siphon est placé parfaitement dans le plan de symétrie, à 3-3 mm. en dessous de la carène. La loge d'habitation occupe au moins trois quarts de tour ; à la fin de celle-ci, le bord ombilical ne suit plus exactement la spirale, de telle sorte que l'ombilic tend un peu vers la forme scaphitoïde. Le pérîstome n'est pas connu de façon certaine.
Au point de vue de la forme extérieure, cette ammonite paraît assez peu variable; cependant, quelques individus (voir mesures n" 111 et IV) ont un ombilic beaucoup plus étroit que les autres et, par conséquent, des tours relativement plus hauts ; en général, ces individus sont relativement moins épais. Ils ont donc Uil ensemble de caractères qui leur donne un aspect un peu spécial ; comme les autres carac-' tères (en particulier le tracé de la ligne sulurale) sont les mêmes que dans le type, je ne pense pas qu'il y ait lieu de faire pour eux une nouvelle espèce. Je réunis Ces individus en une variété siricla, que j'ai le regret de ne pouvoir figurer, vu le manque de place.
Les cloisons ont un caractère un peu spécial, comme le montrent les fig. i35-i37.
Fio. 135. - Pseud. Lucix (éch. PI. XXIV, flg. 4; r = 35).
■wv-^ /
Fig. 136. ~ Pseud. Luciœ (éch. PI. XXIV, flg. 2;f = 40).
Les petits exemplaires n'ont que quatre selles sur chaque flanc (avec une cinquième et le début d'une sixième dans l'ombilic), mais tous les autres en ont cinq. Le lobe siphonal, relativement très large, paraît parfaitement symétrique, c'est-à-dire qu'il n'est déplacé ni à droite, ni à gauche. 11 se termine toujours par deux branches courtes et larges, dirigées très obliquement. La première selle est haute et grêle, resserrée à sa base, dans les jeunes exemplaires, plus élargie dans les adultes, mais toujours divisée par deux lobules en trois parties inégales. Le premier lobe latéral est plus long que le lobe siphonal ; il possède deux branches inégales, dont l'externe s'arrête au niveau du lobe siphonal ; la branche interne, plus longue et plus large, se termine par deux pointes qui ne sont pas toujours égales. La deuxième selle est déjà bien plus petite (surtout plus basse) que la première et peu différente dfeâ selles suivantes; toutes sont irrégulièrement festonnées. Le deuxième lobe se distingue à peine de ceux qui le suivent ; il se termine généralement par deux petites
Fto. 137. — Pseud, Lucix (éch. PI. XXIV, flg. 2 ; r = 80. Éléments internes et ezlernes, moins la première selle et le lobe siphonal).
pointes, mais on en voit parfois un plus grand nombre, surtout sur les grands exemplaires où ce deuxième lobé et même le troisième ont une forme qui rappelle celle du premier latéral. J*ai dit que, dans les adultes, les flancs portaient cinq.
selles et cinq lobes, le cinquième lobe étant au bord ombilical.
Sur les parois de Tombilic se voient encore une selle assez large, puis deux autres très petites, séparées par de petits lobes. Le lobe qui est au fond de l'ombilic est de nouveau assez développé. Enfin, la partie interne de la cloison (fig. 187) comprend trois selles irrégulièrement trifides et deux lobes bifides, plus le lobe antisiphonal, dont il ne m'a pas été possible de voir la pointe. Les dernières cloisons sont généralement plus aplaties et comme étirées, ce qui est un fait très fréquent.
Rapports et différences. — Par sa forme générale, . P^eiu/. Luciœ rappelle certains Oocynoticeras du Jurassique et du Crétacé inférieur; j'ai mentionné cette analogie dans mon Étude géologique (p. loi, io3, io4). En réalité, il y a seulement analogie, de même, sans doute, que pour les Oxynoticeras du Turonien d'Espagne signalés par Haug d'après les matériaux de Giiudeau ; ce sont vraisemblablement des Pseudotissotia, On sait, au surplus, que les Oxynoticeras présumés du Crétacé inférieur appartiennent à un tout autre genre. Il n'en est pas moins remarquable de voir la même forme se reproduire à des époques diverses dans des groupes sans doute très éloignés. Peut-être s'agit-il d'une adaptation à des conditions de vie que nous ne connaissons pas encore.
Cherchons donc plus près les affinités de notre ammonite. L'absence de triple carène m'avait empêché de la ranger dans le genre Pseudotissotia, mais ce n'était peut-être pas là une raison suffisante ; de fait, Choffat a admis dans ce genre une espèce très voisine de la nôtre. Depuis lors, Hyatt a proposé le genre Choffaticeras pour ces ammonites à bord plus ou moins tranchant ; notre nouvelle espèce y trouve facilement place, soit qu'on admette Choffaticeras comme genre indépendant, soit qu'on le subordonne à Pseudotissotia. Les espèces qui y rentrent sont peu nombreuses. Pseud. Meslei Peron et Pseud. segnis Solger ont trois carènes, tandis qu'il n'y en a jamais qu'une dans Pseud, Luciœ ; la cloison est d'ailleurs différente. Pseud. Philippii Solger a la même forme que Pseud, Luciœ, mais possède des cotes ; la cloison est également différente. Reste finalement Pseud. Barjonai Choffat (*) qui est assurément très proche de Pseud. Luciœ, à tel point que j'ai hésité à les séparer ; je crois cependant que c'est préférable, mais il reste bien entendu que ce sont là deux espèces représentatives d'un seul type. La forme générale est à
(i) Choffat : Faune crét. Portugal, p. 78, PI. III ; WIII, lig. 3 ; XXXU, /lO/ia.
peu près la même dans les deux cas, quoique mes échantillons ne soient jamais si épais ; d'après la coupe de sa PI. XVIII, à laquelle Ciioffat dit de se reporter de préférence, l'épaisseur des tours atteint les 9/10 de leur hauteur; dans mon espèce, elle n'est que le tiers ou la moitié. La paroi de l'ombilic est fortement en surplomb dans l'espèce portugaise; elle est verticale dans la tunisienne. Quant à la largeur de l'ombilic, nous n'en pouvons rien tirer, car si l'ombilic est plus large, à taille égale, dans le type de Pseud, Luciœ que dans Pseud. Barjonai, c'est l'inverse pour la variété siricta. De même, la concavité plus ou moins grande des flancs ne peut nous fournir un caractère différentiel. Il en est un autre plus important : c'est la présence de plis radiaux sur la moitié externe des flancs, au moins sur la loge d'habitation, dans Pseud, Barjonai, caractère qui se retrouve dans Pseud. Meslei, tandis qu'on n'observe rien de tel dans Pseud. Luciœ. C'est d'ailleurs un fait bien singulier que de voir cette ornementation apparaissant au stade sénile, alors que la coquille a été lisse toute la vie.
Les diflérences portant sur la cloison sont plus considérables. A taille égale et à forme comparable, Pseud. Luciœ présente un élément de plus ; à l'âge adulte, on compte toujours cinq éléments (sans parler de ceux de la paroi de l'ombilic, ce qui donnerait huit, au total). En outre, le mode de division, bien constant dans mes échantillons, est autre sur les spécimens portugais. Ceux ci ne montrent pas ce large lobe siphonal muni, de chaque côte, d'une forte branche très oblique ; la première selle n'accuse pas la tripartition, ni l'étranglement habituel dans nos spécimens ; le premier lobe latéral est divisé de façon quelque peu diff'érente. En général, les éléments sont beaucoup plus surbaissés et beaucoup plus élargis que dans nos exemplaires (mais ceci pourrait être le fait de l'âge). Ces difTérences, sans être de très, haute importance, paraîtront sans doute suffisantes, pour qu'il y ait lieu de séparer les spécimens tunisiens des portugais, d'autant plus que la cloison des premiers est relativement constante : elle n'est pas encore atteinte de cette instabilité qui frappera certaines ammonites du Sénonien.
Gisements. — Turonien inférieur. Forme typique : cinq exemplaires plus ou moins complets et autant de fragments ; Mrhila (Sif et Telia, A. Nakhla), Draa el Miaad. — Var. siricta : trois exemplaires et quelques fragments ; Mrhila (Sif et Telia), Birenp (A. es Settara).
Pseudotissotia Barjonai se trouve en Portugal dans les couches à Inoceramus labiatus, c'est-à-dire au même niveau.
Pseudotissotia (Choffaticeras) Masslplana Pervinquière 1907
PI. XXIV, fig. 3 a-b
Diamètre 190(1)
Hauteur du dernier tour. . 80 (0,43)
Épaisseur du dernier tour 44 (0,23)
Largeur de rombilic. ... 50 (0,26)
ÉTUDES DE PALÉONTOLOGIE TUî«1SIE:«NE
Coquille discoïdale, très plate, à bord caréné et tranchant ; flancs faiblement
convexes, portant seulement de vagues ondulations rayonnantes. Ombilic assez large, à paroi verticale, mais à bord arrondi. Cloisons (fig. i38) comprenant quatre selles dont les deux premières sont découpées, tandis que les deux autres sont entières ; la cinquième se perd dans Tombillc. Premier lobe large, irrégulièrement denticulé, comme les
Fio. 138. —Pseuti. ira.mptana(6ch. PI. XXIV, suivants
flg. 3;r = 80).
Rapports et différences. — J*ai cru tout d'abord que cette simplicité de certaines selles était due îi Tusure, mais, en enlevant une partie du dernier tour, j'ai pu constater qu'il n'en était rien, car le tour précédent offrait les mêmes cloisons. Celles-ci tendraient donc à faire ranger notre ammonite dans le genre Hemitissotia et non pas dans le genre Pseudotissotia (Choffaticeras) ; cependant, je ne puis exclure cette ammonite de ce dernier genre, tellement est grande sa ressemblance avec Pseudotissotia Luciœ, qui n'en diffère que par une plus grande épaisseur, par des flancs moins plats, d'abord convexes, puis concaves, par l'absence de toute ornementation et par le fait que le bord de l'ombilic est tranchant. On notera cependant que ce très grand exemplaire n'a que quatre selles complètes sur les flancs.
Hemitissotia Cazini a la même forme très plate et sensiblement les mêmes cloisons que Pseud, Massipiana, mais on l'en distinguera aisément par un ombilic beaucoup plus étroit et par une région ventrale mince, sans être tranchante.
Gisement. — Un seul exemplaire du Turonien inférieur, trouvé au Sud de la Kalaat es Snam» sur le territoire de l'antique Saltus Massipianus.
Genre HEMITISSOTIA Peron
Ce genre est essentiellement basé sur le caractère des cloisons, mi-partie cératitiformes, mi-partie festonnées. Voici d'ailleurs la diagnose de Peron : « Coquille parfois renflée, mais plus souvent déprimée; tours larges et embrassants ; ombilic petit ; bord externe aminci et tranchant, sans tubercules et sans carènes latéraux ; ornementation nulle ou peu apparente ; cloisons composées de cinq selles, dont les deux extrêmes sont, ainsi que les lobes adjacents, garnies de dents en festons sur tout leur contour, tandis que les trois suivantes sont simples, à contour régulièrement arrondi et séparées par des lobes denticulés, semblables à ceux de Tissotia » .
J'ai déjà dit quelles étroites relations de parenté unissent les Hemitissotia aux Pseudotissotia, spécialement aux représentants du sousrgenre Choffaticeras, Ces
relations sont plus considérables même que Peron ne le pensait et il peut être difficile de délimiter les deux genres, puisque Pseud, (Choffaticeras) Massipiana et Hem. Galeppei unissent des caractères de Choffaticeras et dCHemitissoiia. J'aurais volontiers réuni aux Hemiiissotia les Pseudoiissoiia à bord aigu (Choffaticeras), d'autant plus que Peron a admis dans le genre Hemitissotia des ammonites dont toutes les selleâ sont festonnées et que j'ai des Pseudotissotia possédant cinq selles, au lieu de quatre. Mais, ce n'était pas seulement modifier le genre Hemitissotia, c'était presque le détruire, car Peron spécifie, d'autre part, que les représentants de ce genre n'ont jamais de carènes latérales, ni de rangées de tubercules susceptibles de remplacer celles-ci. J'ai dit plus haut pourquoi je remets à plus tard la revision de ces genres.
Hemitissotia Qaleppel Pervinquiere 1907
PI. XXV, fîg. I a-b
Diamètre 120 (1)
Hauteur du dernier tour 60 (0,50)
Épaisseur du dernier tour 3l(?) (0,26)
Largeur de l'ombilic 20 (0,17)
Coquille lenticulaire, à section ovale-lancéolée, à bord aminci et presque tranchant. Flancs complètement lisses, faiblement mais régulièrement bombés. Ombilic étroit, à paroi verticale, laissant voir entre le
tiers et le quart des tours précédents. Cloisons /"^^^ î^ ^^'^ \
(fig. 189) essentiellement caractérisées par la forme C^^~\ ^ V r
arrondie du premier lobe, qui se termine par de nombreuses petites pointes, toutes semblables, comme dans les Tissotia, Première selle divisée fio. 139. - Bem. Galeppei (éch. pi. xxv,
fljç. 1; r = 45).
en trois parties (dont chacune est festonnée) par
deux indentations, dont l'externe est plus accusée; les autres selles arrondies et faiblement denticulées, décroissant régulièrement. La quatrième selle est déjà à moitié dans l'ombilic ; la cinquième est incomplète.
Rapports et différences. — A en juger par les cloisons, cette ammonite doit évidemment être rangée dans le genre Hemitissotia, tel que Ta défini Peron et cependant elle est tellement semblable extérieurement à Pseud. (Choffaticeras) Lucide qu'on peut se demander s'il est légitime de l'en séparer génériquement; le seul caractère externe gît dans le fait que les flancs sont régulièrement bombés et jamais concaves près de la carène. Par contre, la cloison est bien diflerente ; ce n'est déjà plus une cloison de Choffaticeras. Les lobes sont des lobes de Tissotia, tandis que les selles sont encore festonnées, comme dans Pseudotissotia. En somme, cette nouvelle espèce est intermédiaire entre Pseudotissotia, d'une part, Hemitissotia et Tissotia, d'autre part. Il est remarquable de constater que cette ammonite se rencontre, non pas dans le Turonien, comme les précédentes, mais à la base du Coniacien, où vont apparaître les Tissotia.
36o ÉTUDES DE PALÉONTOLOGIE TUNISIENNE
Il est intéressant de relever que ses cloisons sont presque identiques à celles de Pulchellia compressissima figurées par Nickles {*), tandis que la forme générale de l'ammonite rappelle singulièrement celle de divers Oxynoticeras du Jurassique. Cependant ce n*est sans doute là qu'un caractère de convergence, car cette espèce se relie immédiatement à d'autres ammonites du Turonien ayant la même forme, mais possédant des cloisons notablement différentes, qui ressemblent beaucoup moins à des cloisons de Pulchellia ou d* Oxynoticeras.
En dehors de Pseud. Luciœ et de Pseud. Barjonai, faciles à distinguer, grâce à la cloison, je ne vois que Pseud. Massipiana qui puisse être confondu avec Tespèce que je viens de décrire, ou encore certains Hemilissotia, On notera que Pseud. Massipiana a de larges ondulations radiales et possède des selles entières, en dehors des deux premières. Des Hemitissotia peu renflés (Hem, Cazini), notre espèce se différenciera par le bord anguleux de l'ombilic et par divers détails des cloisons.
Gisement. — Deux exemplaires recueillis au Semmama, à la base du Coniacien (au début des couches n' 2, dans la coupe 31, p. 120 de mon Ëtude géologique), un peu en dessous de Barr. Haberfellneri et, par suite, de Tissotia Grossouvrei,
C'est pour moi un plaisir de dédier celte curieuse ammonite à M. Galeppe, contrôleur civil en Tunisie. Au début de mon premier voyage, lorsque, plein d'ardeur, mais profondément ignorant de la vie arabe (que je connaissais seulement par quelques heures de flânerie dans les souks de Tunis), je me disposais à quitter Kairouan pour entrer en campagne, les conseils pratiques de M. Galeppe me furent aussi précieux que son appui officiel ; je lui dois, en partie, la réussite de ma mission. Inscrire son nom ici est la seule façon pour moi de lui témoigner ma reconnaissance.
Hemitissotia IMorrenl Coquand
PI. X\V, fig. a a-6, 3
1862. Àmm, Momni Coquand : Géol. Pal. S. Constantine, p. 173, PI. I, flg. 3-4.
1880. Ceratites Morreni Coquand : El. suppl., p. 372.
1880. HeUrammonites ammoniticeras Coquand : Et. suppl., p. 40.
1889. Buchiceras cf. Morreni Peron : Moll. foss. Tunisie, p. 13.
1897» Hemitissotia Cazini Peron : Amm. Crét. sup. Algérie, p. 74, PI. XIV, fig. 1-5 ;