‹ Etudes de pathogenie et de semiotiqueChapitre 13 sur 111 · L-.GALISATJON DES IMFRliSSlUNS · texte numérisé non relu

L-.GALISATJON DES IMFRliSSlUNS

travail postérieur, il lui a été facile de montrer le peu de solidité des objections qu'avait présentées Bergmann (1) contre la généralisation de cette loi. Je ne crois pas qu'il soit besoin de longs développements pour faire ressortir toute l'importance de ce principe. En nous apprenant, en effet, que ce sont les divers rameaux d'un même nerf mixte qui font mouvoir le muscle, et qui nous apportent les impressions cutanées résultant de ce mouvement, il nous donne la raison anatomique de cette étroite solidarité qui subordonne l'intégrité du mouvement à l'intégrité de la sensibilité cutanée ; il nous montre qu'au point de vue des impressions transmises à l'encéphale, par l^intermédiaire du tégument externe, chaque muscle doit être considéré comme pourvu d'une sphère de sensibilité indépendante de celle des muscles voisins, et il nous permet ainsi de concevoir plus clairement le mécanisme des désordres qui apparaissent dans les phénomènes de motilité, lorsque l'abolition de cette sensibiUté extrinsèque a supprimé l'une des voies par lesquelles le sensorium prend connaissance de l'accomplissement et des caractères du mouvement.

Do l'action conductrice de la moelle ilans ses rapports avec la localisation des impressions et l'association coordonnée des monvemcnts.

Je cherche en vain pourquoi cette question a été passée sous silence par plusieurs physiologistes contemporains ; il n'en est pas cependant de plus importante au point

(1) Bergmann, GOlliiighche gelchrlc A'izcigen^ 185G.

de vue des manifestations normales des l'onctions de sensibilité et de motilité, et la connaissance de l'influence exercée par la moelle, comme organe conducteur, reste nécessairement incomplète, si l'on néglige l'étude de ce problème. La solution en est d'ailleurs singulièrement facilitée par les notions que nous possédons aujourd'hui sur la constitution anatomique de l'axe rachidien.

Les cordons postérieurs renferment au nombre de leurs éléments des fibres qui sont la continuation directe des racines postérieures, prolongées jusqu'à l'encéphale; d'un aiitre côté, toutes les fibres nerveuses élémentaires obéissent à la loi de la conductibilité isolée, en d'autres terines, elles sont douées d'une [)ropriété en vertu de laquelle l'excitation quelconque qui les atteint rèste confinée dahs la fibre primitivement excitée, et la parcourt, dans toute sa longueiir, sans passer jarnais dans la fibre nerveuse voisine (1). Ces deux conditions réuiiiés nous permettent de

(1) CeUe propriété n'est pas la seule qui distingue la conductibilité dans les fibres nerveuses ; il en existe une autre qui, pour être moins importante au point de vue pratique, n'en a pas moins un haut intérêt scientifique, et je ne puis passer outre sans la signaler en quelques mots. Cette propriété, dont la découverte et la démonstration sont dues aux immortels travaux de du Bois-Reymond est celle de \di conàuctibililé en deux sens. Toute fibre nerveuse peut transmettre dans lés deux sens, c'est-à-dire dans le sens centrifuge et dans le sens centripète, les excitations qui portent sur elle. Cette proposition semble tout d'abord être contraire aux faits fondamentaux de la physiologie du système nerveux , puisque la loi de Bell établit péremptoirement que les fibres motrices transmettent Texcitation aux muscles, c'est-à-dire dans le sens centrifuge, tandis que les fibres sensibles les apportent à la moelle et à l'encéphale, c'est-à-dire dans le sens centripète. L'apparence paradoxale disparaîtra si Ton songe qu'il faut distinguer ici entre la conductibilité fonctionnelle dont nous constatons facilement les effets, et la conductibilité absolue, qui ne peut être révélée que par une niétliode spéciale d'expérimentation. Nous excitons un nerf moteur, nous lie voyons d'cflct se produire qu'à l'cNlrémilé jiérij)liériquc, c'csl-à-dirc

LOCALISATION DES LMPHESSlOi^S. oi

comprendre que la moelle puisse transmettre au sehsorium, comme impressions isolées et distinctes, les excitations multiples qui lui arrivent par les racines posté-

dans le muscle , et nous concluons que ce nerf conduit l'excitation du centre à la péi iphéiie ; l'eflet observé étant inverse, si l'excitation se porte sur un nerf sensitif, nous concluons que ce nerf conduit de la périphérie au centre, c'est bien ; mais rien ne prouve, dans ces expériences tant de fois répétées, que le cordon nerveux possède uniquement cette conductibilité en un sens que nous apprécions par ses effets ; lors même que le nerf moteur conduirait de la périphérie au centre, nous ne pouvons le constater, puisque la partie centrale du nerf n'est munie d'aucun appareil de sensation ; il en est de même pour le nerf sensible; s'il conduit du centre à la périphérie, nous ne sommes pas en état de l'apprécier, puisqu'il n'est pourvu à ses extrémités périphériques d'aucun appareil contractile au moyen duquel cette propriété puisse être mise en évidence. Cela étant, il est clair que Texamen des actes fonctionnels n'aurait jamais pu donner la solution cherchée ; mais la découverte du courant nerveux propre et de l'oscillalion négative a permis à du Bois-Reymond de constater et de démontrer expérimentalement le jjouvoir conducteur des nerfs dans les deux sens ; qu'il s'agisse de fibres motrices ou de fibres sensibles, Vexcitation se propage à partir du point excité dans les deux directions opposées, c'est-àdire vers la moelle et vers la périphérie ; du Bois-Reymond l'a vérifié nonseulement sur les nerfs mixtes des membres, mais aussi sur les racines antérieures et postérieures isolément; dans l'un et l'autre cas, à partir du point tétanisé , l'oscillation négative se propage à la fois vers le centre spinal et vers les muscles.

Cette question paraîtra oiseuse; qu'on y réfléchisse un instant, on en appréciera toute l'importance : il résulte du pouvoir conducteur des nerfs dans les deux sens, qu'il faut distinguer entre la transmission fonctionnelle et la transmission absolue ; il en résulte en outre que la conductibilité centrifuge ou centripète des fibres nerveuses ne dépend point des caractères particuliers de la fibre elle-même, mais uniquement de la nature des appareils avec lesquels elle est en rapport, soit dans les organes centraux, soit à In périphérie.

Du 15ois-lîeyrnond, Unlersucliungen Ubev Ihicrische Elclctricitiit . Berlin, 18A8-18/19.

Comparez :

Kiihnc, Ueber clic Endirjungmeîse der Ncrven in dan Muskdn und das doppcisinnirjo Lcitmtisvcrmiiçjcn der inolorischcn Ncrvoi {Monaishcrichl der Dcrliiicr Akadcmic, 185!)),

92 niYSlOLOGlE DE LA MOELLE.

Heures. Nous avons ainsi la raison analomique de l'indépendance fonctionnelle bien positive que présentent les cercles de sensibilité de Weber, quelque nombreux qu'ils soient dans certaines régions de la surface cutanée; et le rôle prépondérant des cordons blancs postérieurs dans la transmission des impressions de contact, nous apporte la démonstration physiologique du fait. Mais si les considérations précédentes nous apprennent comment la moelle, en vertu de ses foQctions conductrices, transmet les excitations sensitives comme impressions isolées et distinctes, elles ne nous éclairent nullement sur une autre difficulté, qui subsiste tout entière.

Si l'on excite sur plusieurs points simultanément la surface d'un même cercle de sensibibté, ces excitations multiples ne sont point transmises à l'encéphale, c'est une impression unique qui lui arrive ; de là l'unité de perception pour le même cercle de sensibibté, quel que soit d'ailleurs le nombre des impressions qui ont agi sur cette surface. Or, comment concilier cette unité de perception avec la transmission par la moelle d'impressions isolées ? Weber avait vu la difficulté, et pour la résoudre, il avait eu recours à l'hypothèse; selon lui, chaque cercle de sensibiUté ne reçoit qu'une fibre nerveuse sensitive, de sorte que les excitations portées sur cette surface, quelque nombreuses qu'elles soient, ne peuvent atteindre qu'une seule et même fibre élémentaire, et s'il y a dans ce cas unité de perception, c'est parce qu'il y a eu en réalité unité d'impression. Cette opinion de Weber est restée à l'état d'hypothèse, elle a môme perdu de sa vraisemblance et'de son crédit; en fait, c'est dans lu texture du sys-

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