‹ Etudes de pathogenie et de semiotiqueChapitre 14 sur 111 · UNITÉ PE PERCEPTION · texte numérisé non relu

UNITÉ PE PERCEPTION

lème spinal postérieur qu'il faut chercher la raison du phénomène.

Les fibres radicales postérieures qui ne montent pas directement au cerveau, se terminent dans les cellules des cornes grises postérieures; or ces cellules, unies entre elles par leurs prolongements , constituent des groupes distincts et séparés, qui se trouvent ainsi en rapport, chacun pour son compte, avec les points de la surface cutanée dont il reçoit les rameaux sensitifs. Si maintenant on admet avec Schrôder van der Kolk que le nombre des prolongements encéphaliques, nés de ces groupes cellulaires, est toujours moins considérable que celui des fibres radicales postérieures qui arrivent, on aura les éléments nécessaires à la solution du problème. Chacune des fibres sensibles qui arrivent à un mêmô groupe de cellules lui apporte une excitation; il est évident que ces impressions resteront isolées et distinctes jusqu'au cerveau, si le nombre des prolongements ascendants des cellules égale celui des fibres afférentes ; mais si ce groupe cellulaire ne donne qu'un prolongement encéphalique, les excitations distinctes apportées aux cellules seront nécessairement confondues et réunies dans leur trajet ultérieur, et malgré la multiplicité des excitations au point de départ, il n'y aura à l'arrivée qu'une seule impression, et partant, qu'une seule perception. Les fibres isolées et indépendantes du faisceau sensible qui émane d'un même cercle de sensibilité, sont fusionnées par les anastomoses des cellules en un conducteur unique; toutes ces fibres, disséminées à la périphérie, ne sont représentées dans le cerveau que par un seul point termmnl, cl la texture anatomique de la moelle nous donne

Qll PHYSIOLOGIE DE lA MOELLE.

ainsi la raison matérielle de l'unité de perception succédant à des excitations multiples, comme elle nous a donné la raison matérielle de la transmission isolée et distincte de ces impressions, lorqu'elles ne portent pas sur le même cercle de sensibilité.

Le simple fait anatomique nous rendra compte également de l'influence exercée par la moelle sur l'association coordonnée des mouvements. Déjà j'ai signalé à différentes reprises l'importance extrême que présente, au point (Je yue de la fonction de motilité, le groupement des cellules antérieures ; le moment est venu d'étudier d'un peu plus près les résultats physiologiques de celte remarquable disposition.

Nous avons vu, en nous occupant de la sphère d'action des racines nerveuses, que les racines motrices des groupes de muscles associés en vue d'un acte fonctionnel, naissent toutes d'un territoire limité, de la moelle ; cette condition, bien que favorable par elle-même à l'excitation simultanée de tous les muscles d'un même ordre, ne saurait suffire cependant pour nous rendre compte du mécanisme qui préside à la production des mouvements composés. Ces mouvements présentent en effet un double caractère ; les divers muscles qui y prennent part, entrent tous en action au même instant, chacun d'eux concourant, par le mouvement partiel qui lui est dévolu, à l'exécution du mouvement d'ensemble, but final de l'acte; de plus, et c'est là le fait capital, la volonté est impuissante à dissocier les muscles, qui interviennent dans l'accomphssement de ces mouvements complexes ; les exceptions que l'on pourrait citer ne sont réalisées qu'après un long et pénible apprentissage, qui suffirait scful à démontrer la

vérité de mon assertion. En résumé, qu'il s'agisse des mouvements d'élévation, des mouvements de flexion ou d'extension, qu'il s'agisse des mouvements plus composés encore, qui président aux actes de locomotion et de préhension , nous voyons que les muscles chargés de les accomplir sont réunis en groupes, et que l'association des muscles d'un même groupe est tellement intime qu'ils agissent constamment ensemble, sans que la volonté puisse rompre un seul instant cette union fatale, qui fait de tous ces agents, au point de vue de la fonction, un seul et même oraane.

Cette impuissance de la volonté, disais-je, est un fait capital ; en effet, deux conséquences en résultent qui nous font toucher du doigt la solution du problème : l'union fonctionnelle indissoluble des groupes musculaires doit être préétabhe ; de plus, elle doit être assurée et garantie par une condition anatomique quelconque, qui la mette à l'abri de l'influence volontaire. Or, cette condition anatomique ne peut être réalisée que dans la moelle; car c'est elle qui donne naissance aux racines motrices, et lorsqu'on l'a isolée de l'influence encéphalique par une section à sa partie supérieure, ou mieux encore, lorsqu'on a enlevé l'encéphale, elle produit des mouvements qui, parleur régularité et leur harmonie, révèlent clairement la persistance de l'association fonctionnelle des groupes musculaires; bien plus, la similitude est si grande entre ces mouvements et les mouvements volontaires, que la distinction des deux ordres de phénomènes est une des plus grandes diflicullés que rencontre le physiologiste dans ses vivisections. Il ne peut donc rester aucun doute sur la vérité de ces proposi-

lions : l'association des muscles en vue des actes fonctionnels résulte d'une condition anatomique préétablie ; cette condition anatomique est remplie par la moelle.

La questionne pose donc en ces termes : Comment est assurée l'association involontaire des groupes musculaires dans un organe qui conduit les impulsions de la volonté? Les recherches de Schilling, de Wagner, de Bidder et Owsjannikow sur les cellules anastomosées des cornes grises antérieures, celles de Volkmann, de Stilling, de Bratsch et Ranchner (1), sur le volume de la moelle, à sa partie supérieure, comparé à celui des racines nerveuses, permettaient de pressentir la réponse à cette question, qui a été complètement résolue par Schrôder van der Kolk. Quelques mots suffiront , car la disposition anatomique du système spinal antérieur répète, à ce point de vue, celle que nous venons d'étudier dans le système postérieur.

Les grandes cellules des cornes antérieures (cellules motrices de van der Kolk) sont anastomosées et unies, de manière à constituer des groupes séparés; de chacun de ces groupes de cellules naissent les racines motrices de tous les muscles d'un même groupe, c'est-à-dire de tous les muscles qui sont naturellement et constamment associés dans l'exécution d'un mouvement; d'autre part, chacun de ces groupes cellulaires est relié à l'encéphale par un ou plusieurs prolongements, toujours peu nombreux, qui forment par leur réunion les cordons blancs anléro-laléraux. Tenons compte de ces deux con-

(1) Les indicùlions billiogini liiqiipç '.le Imis ers li';,vniix ont l'ii' tl' nni''i'5 dan.s In chapitre prôcfdf'iil.

dilions, ol nous verrons qu'une impulsion volontaire venant atteindre un groupe de cellules, excitera toujours et nécessairement toutes ces cellules à la fois, et que toutes les racines motrices, nées de ce groupe, seront elles-mêmes excitées ensemble; de là la contraction forcément simultanée et totale, non-seulement de tous les faisceaux d'un même muscle, mais aussi de tous les muscles d'un même groupe.

Qu'on veuille bien enfin ne pas oublier que les divers groupes de cellules motrices reliés à l'encéphale parieurs fibres ascendantes, sont en outre unis entre eux par des prolongements qui ne s'étendent pas au delà des territoires cellulaires qu'ils mettent en communication, et l'on comprendra que les mouvements plus complexes qui exigent l'action simultanée, non plus seulement de tous les muscles d'un même groupe, mais de plusieurs groupes musculaires, soient exécutés néanmoins sous l'influence d'une seule et unique impulsion volontaire. Celle-ci détermine le mouvement dans son ensemble, sans avoir à commander isolément les divers mouvements partiels, nécessaires à son accomplissement. Du reste, et cette remarque appartient encore à Schrôder van der Kolk, ce mode de transmission d'où résulte pour la moelle une influence primordiale sur l'association des mouvements, pouvait être déduit à priori d'une autre disposition anatomiqnc, qui est la démonstration indirecte des faits précédents. Puisque, en effet, le volume de la moelle à sa partie supérieure est loin d'égaler le volume total des racines des nerfs, il est clair que les fibres propres de l'axe i-acbidicn sont inférieures en nombre aux libres radiculaire?, et consécjLJcmment il est impos-

JACcm.r), „

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sible que la volonté atteigne directement toutes les fibres qui se distribuent aux muscles à mouvoir; il faut donc qu'une condition anatomique spéciale permette à l'influence volontaire de se faire sentir indirectement sur la totalité des racines motrices d'un groupe musculaire, par l'intermédiaire d'un nombre beaucoup plus restreint de fibres cérébrales. Cette condition est précisément remplie par les groupes cellulaires, qui transmettent, en la disséminant sur toutes leurs branches, l'excitation unique qu'ils ont reçue. Quant au rôle des prolongements transversaux qui unissent ces groupes d'un côté à l'autre de la moelle (commissure antérieure), il apparaît de lui-même; cette commissure a pour effet d'associer et d'harmoniser les mouvements volontaires dans les deux moitiés du corps.

Soit donc qu'on interroge l'anatomie de texture, soit qu'on étudie les caractères physiologiques des mouvements composés, on voit surgir les preuves irrécusables de ces deux faits : les divers mouvements partiels qui concourent à l'accomplissement d'un mouvement composé sont naturellement associés en vertu d'un mécanisme préétabli, — ce mécanisme réside dans le système antérieur de la moelle. Mais j'ai démontré d'autre part que le système spinal postérieur exerce une influence toutepuissante, quoique indirecte, sur la coordination motrice, et je suis conduit ainsi à cette proposition fondamentale : la moelle épinière est l'organe de l'association et de la coordination des mouveinents.

Il y a vingt ans que Volkmann a formulé cette conclusion ; il n'y a guère inoins longtemps qu'elle a été présentée par Schrôder van der Kolk et AYagner; elle a été

depuis lors acceptée par les physiologisles les plus autorisés, et il est regrettable, vraiment, qu'on n'ait pas ac-' cordé en France plus d'attention à ces travaux , dont la connaissance eût évité peut-être bien des discussions stériles.

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