VALEUR PHYSIOLOGIQUE DU SYMPTÔME
arbitraire, il faut le dire, du mot parésie, deviendrait la source d'une confusion et d'une obscurité terminologiques, qui rejailliraient bientôt sur le fond même de la question, Pour nous donc, comme pour la généralité des médecins, le terme parésie appliqué à la paraplégie indique une paraplégie incomplète.
Ces prémisses posées, je dois rechercher, pour rester fidèle à la méthode qui me guide, la signification physiologique du phénomène paraplégie. Il suffît pour cela d'examiner les conditions diverses de l'innervation motrice normale; nous connaîtrons ainsi du même coup, et les conditions pathogéniques du symptôme et l'organe ou les organes auxquels il doit être rapporté. Or, l'intégrité de la motilité volontaire exige le concours des trois conditions suivantes, qui comprennent l'ensemble des opérations physiologiques nécessaires pour la production d'un mouvement commandé par la volonté : Mtégrité de l'action du cerveau (organe de la volition). — Intégrité de l'action de la moelle et des nerfs moteurs périphériques (organes de transmission de l'excitation motrice volontaire) — Intégrité des muscles (organes qui exécutent le mouvement voulu). — Toutes ces conditions doivent être également prises en considération lorsqu'il s'agit d'étudier le mouvement volontaire en général, cela est évident; maison est-il de même dans l'étude, beaucoup plus restreinte, de la paraplégie? c'est là ce qu'il faut examiner.
Dans l'espèce paraplégie, le fait seul du siège et de la distribution symétrique du phénomène morbide, permet de négliger quelques-unes des conditions précédentes. Ainsi, sauf quelques cas rares, dont je m'occuperai en
•21(3 tatiiogénil: des pauai'léuies.
temps et lieu, l'action du cerveau peut être laissée de côté, parce que les troubles de l'innervation cérébrale se traduisent Irès-rarement par une paralysie de forme paraplégique. Une raison de même ordre permet de reléguer au dernier plan l'action des nerfs moteurs péripliériques; en effet, pour qu'une altération de ces cordons de transmission amène une paraplégie, il faut que la lésion atteigne, dans le canal lombo-sacré ou dans la cavité abdomino-pelvienne, les nerfs moteurs des deux membres inférieurs ; des faits de ce genre ont été observés, mais leur rareté autorise la qualification d'exceptionnels. Enfin, la définition que j'ai donnée de la paraplégie, exclut l'état des muscles ; car, en supposant même une lésion symétriquement généralisée dans le système musculaire des membres abdominaux, il n'y a pas alors perturbation de l'innervation motrice volontaire, il y a obstacle à la manifestation de cette innervation, distinction qui n'est pas moins importante en clinique qu'en physiologie. On sait, du reste, que Boerhaave a signalé l'intégrité des muscles, comme un caractère important de la paralysie vraie [musculus quidem. bonus esl).
En résumé, l'état des muscles n'ayant rien à faire ici, l'action du cerveau et celle des nerfs moteurs pouvant être momentanément négligées, l'organe, qui unit l'encéphale aux nerfs périphériques, reste seul en cause, et la signification physiologique du phénomène paraplégie peut être ainsi exprimée : perturbation dans l'action naturelle de la moelle ; de là cette conclusion pathologique : dans l'immense majorité des cas, la paraplégie a son point de départ dans la moelle, ou bien, si l'on veut me permettre une alliance de mots qui rend parfaite-
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ment cette relation : la moelle est l'organe do lu paraplégie.
Cette conclusion facilite singulièrement le problème palhogénique, et en limitant le champ des investigations, elle permet une classification rigoureuse des paraplégies; celle classilication trouve ses bases naturelles dans les diverses conditions qui sont nécessaires à l'accomplissement régulier des fondions de la moelle. Or, pour que celte action reste entière, il faut, de toute évidence, que l'organe soit intact dans sa constitution matérielle; il faut qu'il reçoive une quantité suffisante de liquide nourricier; il faut que ce sang ait sa composition normale. De là trois classes de paraplégies, sur Fopportunité desquefies il ne peut rester aucun doute ; dans le but de consacrer ces divisions par des qualifications qui en rappellent immédiatement les caractères distinctifs, je donnerai aux paraplégies de la première classe le nom de paraplégies organiques; j'appellerai paraplégies ischémiques celles qui sont produites par l'insuffisance dans la circulation artérielle, et je comprendrai sous le chef de paraplégies dyscrasiques celles qui se développent sous l'influence d'une altération dans la composition du sang.
D'un autre côté, la physiologie en nous enseignant, comme nous l'avons vu, que l'excitabilité de la moelle peut être grandement modifiée, quoique l'organe reste sain, et quoiqu'il conserve ses rapports nutritifs normaux avec le sang artériel, nous révèle un autre ordre de faits dans lequel, en l'absence de lésion matérielle appréciable, en l'absence de loutc altération quantitative ou qualitative du liquide nourricier, le phénomène morbide ne peut être rapporté qu'à une perversion fonctionnelle ; de
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là une quatrième classe de paraplégies, les paraplégies fonctionnelles. Sans aucun doute, cette dernière classe a été grossie outre mesure, peut-être même disparaîtrat-elle un jour; mais, pour le moment, il y a lieu d'en tenir compte.
En résumé, je divise les paraplégies en quatre classes, savoir :