TUMEURS DES MÉNINGES
raclérisent l'invasion des maladies aiguës. Après que cette période d'acuilé fut passée, la sensibilité commença à disparaître dans les membres inférieurs, puis la force motrice diminuée fut bientôt complètement anéantie, des eschares se formèrent un peu plus tard, et treize mois après le début du mal, cette femme succomba. Ici la tumeur avait son point de départ dans l'arachnoïde spinale; elle s'étendait du deuxième au quatrième nerf dorsal et comprimait toute la moitié droite de la moelle; la compression avait été telle que le tissu nerveux était ramolli à ce niveau, tandis qu'il était parfaitement sain au-dessus et au-dessous. La tumeur était longue de 35 millimètres, épaisse de ^5; elle se composait d'une capsule conjonctive extrêmement mince émanée de l'arachnoïde, et d'un contenu formé d'éléments conjonctifs déliés, de noyaux nombreux, et de cellules à gros noyaux analogues aux cellules d'épilhélium. L'arachnoïde contenait trois autres tumeurs absolument semblables, mais beaucoup plus petites (2).
Des produits cancéreux et tuberculeux siégeant dans les méninges peuvent également déterminer la paraplégie, s'ils sont assez volumineux pour exercer sur l'organe conducteur une certaine compression. Dans l'observalion de Serres une masse fongueuse d'un jaune verdâtre était développée dans l'épaisseur et en dedans de la dure-mère, au niveau des premières vertèbres dorsales ; chez la femme dont Hardy a rapporté et publié l'histoire, la paraplégie était due à une tumeur cancéreuse placée entre les feuillets (?) de l'arachnoïde au niveau de la
(1) Malmslen, Erweichung dcr Medulla spinalis bedingl durcit ein$ Geschwulsl {Hygiea,^\\l ; Sclmidl's Jarhb., CXIV, 1862;.
240 PATHOGÈNIE DES PARAPLÉGIES.
deuxième vertèbre, dorsale ; dans le fait de Colin, qui concerne également une femme, une tumeur cérébriforme inlra-méningienne existait à la hauteur de la dixième vertèbre du dos; mais ici l'enchaînement des accidents est complexe, parce que la moelle était ramoUie au niveau de la tumeur; quant aux faits d'Ollivier, de Bouillaud et Cruveilhier, ils sont universellement connus, il serait inutile de m'arrêter sur ces observations classiques (1).
Dans un cas plus récent, publié par Baierlacher, un cysto-sarcome naissait de la dure-mère et du ligament dentelé; la tumeur présentait 27 millimètres de longueur cl 15 de largeur; les premiers accidents avaient coïncidé avec la convalescence d'un rhumatisme articulaire aigu; au bout de deux ans la paraplégie était complète, et il s'écoula encore cinq ans et deux mois avant la mort, qui fut le résultat des eschares et de l'infection purulente (2).
S'il n'est pas très-rare de rencontrer à la fois des productions cancéreuses dans les méninges et dans les vertèbres, celte coïncidence est bien plus fréquente encore pour les productions tuberculeuses, de sorte que deux conditions organiques concourent alors, parleur action iden-
(1) Serres, Journ. de physiolog. eupérim., 1825. Hardy, Arch. gén. de méd., 1824.
Colin, Revue médicale., 1834.
OUivier, loc. cit.
Cruveilhier, Anat. palholog., liv. XXXII. Bouillaud, l'Expérience, 1843.
Comparez :
Longet, Aualomioel physiologie du système nerveux, Paris, 1840.
(2) Baierlacher, Beitrag zur Symplomatologie der Geschiciilsle im Mckenmarlie {Deutsche Klinik, 1860).