INFLUENCE DU SIÉGK DES LÉSIONS
substance grise centrale était la seule partie de la moelle épinière qui fût désorganisée. » Depuis lors les faits de ce genre se sont multipliés, et chez la femme que j'ai observée, et dont j'ai rapporté l'iiistoire à propos de Fhématomyélie (1) , une paraplégie complète avait été le résultat d'une hémorrhagie, qui était exactement limitée au centre gris du renflement lombo-dorsal.
Aussi longtemps, en revanche, que les altérations organiques primitives ou consécutives sont limitées au système spinal postérieur, elles déterminent des douleurs, des fourmillements, des troubles variables dans la sensibilité et dans la calorifîcation, mais elles ne produisent pas de paraplégie. Je vois dans ce moment, à l'hôpital de la Pitié, deux hommes dont l'histoire est des plus démonstratives. L'un d'eux est un scieur de pierres, âgé de soixante-trois ans, qui est entré à l'hôpital le 21 avril I86/1, après avoir été renversé par une manivelle dont la poignée a porté violemment sur la nuque. Des douleurs continues ont persisté dans cette région, et quoiqu'il n'y ait pas de signes extérieurs , il est évident que chez cet individu la violence traumalique a été l'origine d'une phlegmasie profonde de la colonne cervicale, qui agit sur la moelle par voisinage ou par extension. La tête est inclinée en avant sur la poitrine et ne peut être redressée sans de vives souffrances; les deux membres supérieurs sont le siège de fourmillements et de douleurs spontanées qui existent aussi dans les jambes, mais avec une intensité moindre ; la sensibilité est exaltée, surtout sur les bras, le malade accuse une sensation pénible de froid
(1) Voyez page 257.
282 PÂTHOGÉNIE DES PARAPLÉGIES.
dans les membres inférieurs, et les marbrures rouges et violacées qu'ils présentent, témoignent du ralentissement de la circulation capillaire. L'excitabilité propre de la substance grise est certainement exagérée, car sans excitation préalable les membres sont agités parfois de secousses convulsives; mais la molililé est intacte, et la force motrice n'est pas diminuée. 11 n'existe aucune gêne de la déglutition. L'influence du traumatisme ne s'est fait sentir jusqu'ici que sur le système spinal postérieur, mais les phénomènes de paraplégie apparaîtront si la lésion, malgré le traitement énergique qui a été institué, vient toucher le système antérieur.
Chez l'autre malade, qui est couché dans la même salle que le précédent, la démonstration est plus nette encore, parce que la seconde phase de cette évolution est atteinte. C'est un homme de soixante-quatre ans, ferblantier de son état, qui est entré à l'hôpital le 20 octobre 1863, pour une tumeur blanche des trois premières vertèbres cervicales. Jusqu'au 23 juillet 1866 , il n'a présenté dans les membres que des troubles de sensibilité et des crampes douloureuses, qui révélaient clairement la participation de la région postérieure delà moelle au travail morbide dont le squelette est le siège. La motiUté était parfaite; quoique cet homme ne quitte pas son lit, il était facile de constater que les mouvements ordonnés étaient exécutés avec toute la force et toute la précision qui caractérisent l'état normal. Mais, vers le 23 juillet, la tête inclinée vers l'épaule gauche s'est déviée en totalité du côté droit, de sorte que le point médian du menton est rejeté à droite de l'axe médian du corps, et de ce jour-là le malade s'est plaint de ne pouvoir remuer les jambes