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PARAPLÉGIES DES MALADIES AIGUËS

tels que l'érysipèle, la suette et l'urticaire, les fièvres intermittentes, voilà les conditions étiologiques déjà indiquées par les anciens; les travaux contemporains y ont ajouté la diphthérite et le choléra.

Les mêmes causes d'erreur que j'ai signalées à l'occasion des paraplégies d'origine périphérique se représentent pour les paralysies des fièvres ; c'est assez dire que la même réserve est indispensable dans l'examen des faits, surtout lorsqu'il s'agit de l'interprétation rétrospective des observations d'ancienne date; plusieurs sont données encore aujourd'hui comme des exemples de paralysie fébrile ou exanthématique, quoiqu'elles n'aient point, en réahté, la valeur qui leur a été attribuée. Quelques exemples pourront être instructifs.

Le fait rapporté par Rayger a été maintes fois cité comme un cas de paralysie post-variolique , et tout récemment Imbert Gourbeyre et Ravel (1) l'ont encore consigné dans les documents historiques qu'ils ont réunis sur ce sujet. Or, en concédant que l'observation de Rayger se rapporte à une paralysie consécutive à une maladie fébrile aiguë, il est impossible, à moins de n'avoir pas lu la relation de l'auteur, d'y voir une paralysie suite de variole; les premières lignes suffisent pour légitimer ma critique : « Duodecim annorum puella, civis hujus loci honesti filia, post variolas , ex animi mœrore , et subita quadarn consternatione , ann. 1672 mens. Juliiin novam incidit febrim acutam, qua licet curata remansit

{i) Imbert Gourbeyre, Recherches historiques sur les paralysies consécutives aux maladies aiguës. Paris, 1863.

Ravel, Recherches biblingraphiques sur les paralysies consécutives aux maladies aiguës. Cavaillon, 1864.

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tamen sine omni motte membroriim, ut nec pedes^ nec 7namis suo officio fungi valuerint, etc. « (1),

La malade avait eu la variole, c'est vrai, mais elle avait guéri, et avant d'être paralysée, elle était retombée in novam febrim acutam ; il est bien clair que c'est à cette nouvelle maladie qu'il faut attribuer la paralysie, et comme l'observation ne contient pas un seul détail qui éclaire sur la nature de cette seconde fièvre, elle est dans l'espèce sans valeur aucune.

Une erreur de même ordre a été commise à propos du travail de Millier. Si l'on s'en tient au titre, il semble, en effet, se rapporter à la paralysie post-variolique; qu'on lise l'observation, le doute surgit aussitôt. Un enfant de trois ans est pris de convulsions après une variole ; ces convulsions laissent après elle une paralysie du bras gauche (2).

Les convulsions, intermédiaires entre la variole et la paralysie, obscurcissent singulièrement la relation établie par Millier entre la pyrexie et l'immobilité du membre, puisque les convulsions infantiles, indépendamment de toute fi;èvre antérieure, sont à elles seules une cause suffisante de paralysie.

On a vu dans le fait de Hufeland un cas de paralysie suite de fièvre tierce: il faut plus que de la bonne volonté pour accepter cette manière de voir; caria malade dont

{i) G. Raygerus, De paralysi universaîi post variolas {Miscellan., carios. Acad, nat. cuvioi , ann. 1673 et 1674, Francofurti et Lipsia3 , 1676).

(2) M. Millier, De convulsionibiis et pnraljsi variolas malœ notœ comitanlibus (Acad. Cœsareœ Leopold. Carol. nalur. curios- Ephem., centur. IX et X, Augustœ Vindclicorutn, 1722).

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il s'ngit, une femme de quaranle-liuit ans, avait clé affectée d'une syphilis constitutionnelle (l).

Dans les cas précédents, la faute consiste dans la subordination arbitraire qui a été affirmée entre la pyrexie et la paralysie, une relation de coïncidence a été prise pour un rapport de causalité ; il est d'autres faits dans lesquels l'existence de la paraplégie n'est rien moins que démontrée.

Plusieurs observations de paralysie scarlatineuse sont tout simplement des cas d'arthrite, avec immobilité du membre résultant de la douleur. Le fait de Wood cité par Imbert Gourbeyre se rapporte évidemment à une fausse paralysie. Il s'agit d'un enfant atteint de scarlatine avec prédominance remarquable de Vaffection\humatismale. « Le trente-huitième jour, dit l'auteur, douleurs dans les mains et dans les cuisses, si vives, qu'on eut beaucoup de peine à lever le malade de son lit. Le cinquante-troisième jour, la douleur reparut de nouveau dans la cheville et le genou, avec un fort gonflement de ces parties. La cuisse devint le siège d'une très-vive douleur, qui força le malade de garder le ht longtemps, et à la suite de laquelle il lui resla une espèce de parahjsie dans la jambe gauche (2). »

Comme on le voit, l'erreur n'incombe pas à Wood. L'arthrite scarlatineuse était fort peu connue avant les travaux de Bicker et de Rush (3), et je ne voudrais pas

(1) Ilufeland, Emploi du phosphore dans la paralysie {Uibliolh. mcd., XXXIX, Paris, 1813).

(2) Wood, An account of thc Scarlel fever as il appared in Ediuburgh (Extrait dans Gas. méd,, 1837). — Imberl Courbcyrc, loc. cil.

(3) Bicker, Descitrijving ecner doorgande Schaiiaken-Korls, 1778 (Vor-

«ÎO/l PAïlIOGÉNrE DES PARAPLÉGIES.

affirmer que l'hisloire, tant de fois citée, du malade de Delius ne soit pas aussi un cas de fausse paralysie (1) .

Ce sont également des désordres articulaires, et non pas des paralysies, que Dauvergne a observés après la lièvre typhoïde (2) ; dans d'autres cas, enfin, la paralysie est mentionnée dans des termes si peu précis, qu'il est impossible de s'y arrêter. Que penser de cette observation contenue dans le Bulletin de thérapeutique ? A la suite d'une fièvre typhoïde, un enfant de onze ans garde une paralysie du pied gauche (3).

Ce n'est pas tout: on observe après les maladies de longue durée, et notamment après les fièvres du genre typhus, une espèce d'akinésie, qui est aussi bien que les précédentes une fausse paralysie, et qui doit en être soigneusement distinguée, si l'on veut restreindre à ces justes limites le domaine des paralysies des fièvres; je veux parler de l'akinésie complète ou incomplète, qui résulte de lésions du système musculaire. Lorsque ces lésions secondaires consistent en une atrophie considérable, comme dans les faits qui ont servi de base à l'intéressant travail de Gubler sur les paralysies amyotrophiques {h), l'erreur est facile à éviter, il suffît d'un examen

hendelingen van der baalafch genoorlschap van Rolerdam; extrait in Samml. ausserl, Abhandlungen (iir pralclische Aerslc, IX).

Rush, Médical Inquiries and Observations. Philadelphia and London,

(1) Delius, Dissertalio de paralysi ulriusquc brachii post scarlatinam orta. Erlangen, 1773.

(2) Dauvergne, Nouvelles considéralions pratiques et thérapeutiques sur le Irailemenl de la fièvre typhoïde dans le midi de la France {Bullet. de Ihérapeut., t. XXV, 1843).

(3) Eodem loco, XXXI, 1846.

(4) Gubler, De la paralysie amyolrophiquo consécutive aux maladies aiguës {Gaz, méd. de Paris, 1861).

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