‹ Etudes de pathogenie et de semiotiqueChapitre 62 sur 111 · PARAPLÉGIES DES MALADIES AIGUËS · texte numérisé non relu

PARAPLÉGIES DES MALADIES AIGUËS

atlcntif pour découvrir la véritable condition de celle akinésie, et pour mettre hors de cause l'innervation motrice. Mais dans d'autres circonstances, l'altération des muscles ne peut être constatée du vivant du malade; de sorte que s'il succombe, et qu'à l'autopsie on porte exclusivement son attention sur le système nerveux, une double faute sera commise : on prendra une fausse paralysie pour une paralysie véritable, et vu l'intégrité des centres nerveux, on qualifiera celte paralysie de fonctionnelle.

Il importe donc d'être prévenu de cette cause d'erreur : une observation de Friedberg est à cet égard fort instructive.

Une fille de seize ans, qui venait d'être guérie d'une fièvre typhoïde, fut prise de douleurs dans les membres inférieurs ; au bout de quatre semaines, ces douleurs disparurent et furent remplacées par un sentiment d'engourdissement profond, qui contrastait avec Tintégrité de la sensibihté cutanée; à ce moment-là, il y eut pendant quelques jours des secousses convulsives dans les jambes. Lorsque Friedberg vit cette malade, elle était dans l'impossibilité de marcher et de se tenir debout; elle ne pouvait quitter son lit, les jambes étaient constamment fléchies sur les cuisses. Il n'existait, du reste, aucune trace d'atrophie dans les muscles des membres inférieurs, on ne constatait non plus aucun signe de lésion articulaire. La sensibilité et la contractilité électriques étaient amoindries dans les extenseurs de la jambe. Telle était la situation de cette fille depuis douze jours (cinq semaines et demie après la guérison de la fièvre typhoïde), lorsqu'après un repas composé principalement de pommes de terre, elle fut prise de tous les accidents qui dénotent une

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perforation inleslinale ; vingl-qualre heures après elle succombait.

A l'autopsie, on trouva des débris d'aliments dans le péritoine; une des cicatrices de l'intestin avait cédé au niveau du tiers moyen du jéjunum. Le cerveau, la moelle et les troncs nerveux étaient parfaitement sains, mais les muscles extenseurs de la jambe sur la cuisse présentaient des deux côtés des altérations considérables, savoir : des épanchements sanguins multiples, de petits abcès contenant, les uns, du pus liquide, les autres, du pus concret, et une dégénérescence granulo-graisseuse des fibres primitives; dans le triceps droit, les parois des vaisseaux capillaires étaient en outre infiltrées de graisse (1).

Ainsi les troubles de la motilité étaient le résultat d'une lésion profonde du système musculaire, la prétendue paraplégie n'était qu'une fausse paraplégie. Combien de fois une erreur de ce genre a-t-elle été commise? Nul ne le sait ; on voit, en tout cas, que l'absence d'atrophie n'est pas une raison suffisante pour exclure la possibihté d'une lésion des muscles ; on voit, en outre, combien d'obhgations diverses doit rempUr en pareil cas l'examen cadavérique, pour avoir quelque valeur. J'ai déjà appelé l'attention sur ce point, j'y reviens encore pour faire remarquer que ces obligations ne sont jamais plus impérieuses que lorsque les centres nerveux sont trouvés intacts. A ce point de vue, le fait remarquable de Friedberg vient compléter l'enseignement que nous a donné l'observation, précédemment citée, de Kussmaul (2).

(1) Friedberg, Pathologie md Thérapie der MusMUihmung . Leipzig, 1862 (observ. IX, sous le titre Myopathia dyscrasica).

(2) Voyez page 379.

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