‹ Etudes de pathogenie et de semiotiqueChapitre 64 sur 111 · FIÈVRE TYPHOÏDE ET TYPHUS · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE ET TYPHUS

Appuyé sur les faits précédents, je n'hésite pas à rattacher également à une congestion rachidienne la paraplégie initiale de la variole ; cette paralysie n'est qu'un degré de plus de la détermination spinale, qui est constante dans cette maladie, et qui se traduit ordinairement par une simple rachialgie.

L'existence de cette hypérémie n'est pas moins certaine dans les paraplégies précoces de la fièvre intermittente, dont Macario et Nash ont rapporté chacun une observation (1). Dans ces cas-là, la paralysie est contemporaine du début de l'accès, et si elle ne disparaîtpaspendant l'intermission, elle présente durant cet intervalle un amendement notable ; le quinquina guérit à la fois la fièvre et la paraplégie. L'interprétation de ces faits n'a rien d'obscur; pendant le stade de froid, le refoulement concentrique du sang dans les viscères amène une congestion de la moelle, comme il produit chez d'autres malades une congestion pulmonaire, ou une congestion rénale; le symptôme varie naturellement selon le siège de l'hypérémie ; mais le mécanisme en reste le même, qu'il s'agisse des poumons ou des reins, de la moelle ou du cerveau.

Nous concluons de cet examen, que les paraplégies précoces des maladies aiguës sont le résultat d'une modification matérielle dans la constitution normale de l'appareil rachidien.

Paraplégies tardives. — Fièvre typhoïde et typhus. — Les paraplégies tardives ont été distinguées des précédentes, non-seulement au point de vue clinique, auquel cas la distinction est tout à fait légitime, mais aussi au

(1) Macario, loc. cil.

Pearson Nash, Cases of Spinal Paralysis {Lancet, 1862).

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point de vue de leur nature ; cette séparation est à mon sens complètement arbitraire. Toute réserve faite de la possibilité d'une coïncidence fortuite , le phénomène conserve la même signification, c'esttoujours un des effets de la maladie actuelle ou antérieure; reste à déterminer les conditions organiques de son développement. Ici la théorie pourrait bien avoir devancé l'observation.

Prenant en considération la curabiUté ordinairement facile et prompte de ces accidents, et les bons effets d'un traitement tonique et reconstituant, on a rapproché toutes ces paralysies, on y a vu indistinctement et dans tous les cas le résultat de l'asthénie créée par la maladie antécédente, on en a fait des paralysies asthéniques fonctionnelles ousme 772«i5en«. Affirmer le caractère fonctionnel de ces paralysies, c'était préjuger une question qui n'est point encore résolue ; réunir toutes ces paralysies sous le chef d'asthéniques , c'était baser un précepte pratique général sur une synthèse arbitraire. Des deux côtés la conclusion est prématurée, et il pourrait en résulter de véritables erreurs thérapeutiques.

J'ai insisté à plusieurs reprises sur les conditions que doitremphr une autopsie; et je ne vois pas que jusqu'ici les observations complètes soient assez nombreuses, pour que l'on puisse admettre comme un fait bien établi l'absence de lésion matérielle appréciable. A côté des autopsies négatives de Leudet, qui se rapportent à des paralysies généralisées consécutives à la fièvre typhoïde (1), je trouve quatre observations de Beau, dans lesquelles les

(1) Leudel, Paralysie ascendante à la suite d'une fièvre typhoïde {Ga::. des liôpit., 1861). — Des paralysies essentielles consécutives à la fièvic typhoïde {Gaz- Wéd, de Paris, 18G2).

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phénomènes de pnralysie diffuse présentés par des convalescents de dotliiénentérie, reconnaissaient pour condition organique une hypérémie considérable des méninges cervicales, et un ramollissement non douteux de la substance grise (1). Quant à la paraplégie proprement dite, je ne connais aucun cas dans lequel l'examen cadavérique ait été pratiqué.

Il est'donc impossible de formuler à ce sujet une assertion justifiée.

La présomption n'est même pas toujours en faveur de l'intégrité de l'axe rachidien : ainsi, dans deux observations d'OUivier et de Golliny, quoique les malades aient guéri ,] "histoire clinique démontre parfaitement l'existence d'une congestion méningo-spinale.

Dans le fait d'OUivier, il s'agit d'un homme de vingt ans qui, après avoir traversé les diverses phases d'une fièvre typhoïde de soixante jours (d'une gastro-entérite, comme dit l'auteur), paraissait toucher à une guérison complète, lorsqu'un soir, après être descendu de son ht et avoir fait quelques pas, il sent tout à coup un engourdissement très-marqué dans les membres inférieurs, qu? fléchissent sous lui, et il tombe. 11 est pris en même temps de vomissements bilieux et d'un léger mouvement fébrile. La paraplégie resta incomplète, mais la peau était le siège d'un fourmillement continuel qui en rendait la sensibilité obtuse. Une douleur assez vive existait le long du rachis jusqu'au miHeu de la région dorsale; elle augmentait par les mouvements. Le quatrième jour, les douleurs du dos ont augmenté, elles s'étendent jusqu'au cou,

(1) Beau, Mémoire sur une affection cérébrale qu'on peut appeler paralysie générale aiguë (Arch. gén. de méd., 1852).

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les deux membres supérieurs sont plus faibles et engourdis. A dater du sixième jour, les accidents allèrent diminuant; la fièvre et les douleurs dorsales se calmèrent peu à peu, et quelques jours plus tard, le malade sortit de l'hôpital, ayant repris des forces et de l'embonpoint, et ne ressentant plus qu'un peu de faiblesse dans les membres inférieurs, laquelle a disparu depuis complètement (1). Les symptômes présentés par cet homme, entre autres la fièvre, les douleurs dorsales et les fourmillements, suffiraient à eux seuls pour justifier l'idée d'une hypérémie rachidienne; mais il est un autre phénomène qui ne peut laisser place à aucun doute. Dès le troisième jour de la paraplégie, il était survenu une petite eschare au sacrum, large comme une pièce d'un franc, ce qui n'avait pas eu lieu pendant toute la maladie, quoique le malade eût été constamment couché sur le dos, et que son corps fût très-amaigri.

La malade de CoUiny était une fille de quinze ans qui guérit, au bout de trois mois, d'une fièvre typhoïde longue et pénible. Le traitement antiphlogistique avait été mis en usage. La convalescence se prolongea, mais ne présenta aucun accident. La guérison datait déjà de quinze jours, lorsqu'un matin, voulant se lever, la malade s'aperçut qu'elle ne pouvait plus mouvoir les jambes. De la fièvre et des douleurs dorsales survinrent en même temps que la paraplégie. En neuf jours tous ces accidents disparaissent, et sous quelle influence? Une saignée générale, trois applications de sangsues à la vulve, une application de venlouses scarifiées de chaque côté de l'épine, depuis

(1) Ollivier, loc. cil., observ. C8.

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