‹ Etudes de pathogenie et de semiotiqueChapitre 65 sur 111 · FIÈVRE TYPHOÏDE ET TYPHUS. AOP · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE ET TYPHUS. AOP

l'omoplate jusqu'au sacrum, tels sont les moyens qui ont triomphé de la paraplégie (I).

N'est-ce pas le cas ou jamais de songer à l'axiome Naturam morhorum ostendimt curaliones ?

Dans ce fait, la congestion rachidienne est aussi évidente que si elle avait été constatée de visu, et l'on peut comprendre la possibilité de ces erreurs thérapeutiques dont je parlais ily a un instant. Qu'arriverail-ildans un cas semblable, si par la seule raison que la paraplégie est consécutive à une fièvre typhoïde, on la regardait comme un phénomène d'asthénie réclamant un traitement puissamment tonique? Il est clairqu'on aggraverait singuHèrement l'état du malade.

Remarquons, d'ailleurs, que le succès du traitement tonique, dans un cas donné, ne démontre rien, quant à l'intégrité matérielle du système rachidien; il prouve tout au plus que ce n'est pas une fluxion active ou une phlegmasie qui est en cause, mais il n'apprend rien touchant la congestion passive, l'hydrorachis ou l'œdème de la moelle; car ces lésions s'accommoderont aussi bien d'un traitement reconstituant que l'anémie simple. Il est même des cas, où, malgré l'absence d'autopsie, on peut, en tenant compte de l'ensemble des phénomènes symptomatiques, admettre, avec toute raison, l'existence de l'une de ces altérations.

En 1862, j'ai observé à l'hôpital de la Pitié, alors que je remplaçais mon savant et excellent maître le docteur Béhier, un homme d'une trentaine d'années qui, après avoir triomphé d'une fièvre typhoïde adynamique, fut

(1) CoUiny, Quelques observations de maladies de la moelle épinière et de ses membranes [Arch. gén. de méd., 1836),

AlO PATIIOGÉNIE DES PARAPLÉGIES.

pris à la fin de la convalescence, alors qu'il se levait depuis plusieurs jours, d'œdème des membres inférieurs ; dans l'espace de trois ou quatre jours, cet œdème se généralisa, et sans acquérir une grande intensité, il occupa successivement le dos, les parois de la poitrine et les membres supérieurs. Il n'y avait pas de douleurs lombaires, l'urine ne fut jamais albumineuse. Renseigné sur ce point, je regardai cette hydropisie comme un phénomène cachectique, et j'instituai un traitement fortement tonique, pour lequel je mis simultanément à contribution le fer, le quinquina et le vin. Trois jours plus tard, le malade était atteint d'une paraplégie incomplète; dans le lit, il pouvait exécuter avec difficulté les mouvements commandés, mais la station debout était impossible, et alors même qu'on le faisait soutenir des deux côtés, cet homme ne pouvait faire un pas. Je n'ai pas besoin, je pense, de faire remarquer que cette abolition de la motilité n'était point le résultat de la légère infiltration des membres inférieurs ; la sensibilité était obtuse des deux côtés, sans être entièrement anéantie. Je n'hésitai pas, je l'avoue, à attribuer cette paraplégie à un épanchement séreux dans le canal racbidien avec ou sans infiltration dans le tissu de la moelle ; et lorsque deux jours après, je vis ce malade être atteint d'un double hydrothorax , le diagnostic pathogénique que j'avais porté me parut aussi certain que s'il avait eu le contrôle de l'autopsie. Après de nombreuses alternatives en bien et en mal, et grâce à l'usage persévérant des mêmes moyens, auxquels furent ajoutés plusieurs vésicatoires sur le thorax et sur la région dorsale, cet homme a fini par guérir; mais cet heureux résultat n'a été obtenu qu'au bout de six semaines.

Page 1