RHUMATISME
de ces déterminations, ils varient dans les différents cas, et ils peuvent être aujourd'hui rapportés à trois fornies, savoir : l'hypérémie fluxionnaire, avec ou sans effusion séreuse; la méningo-myélite aiguë; la méningo-myélite chronique avec formation conjonctive ou sclérose méningo-spinale. Les deux premières formes appartiennent surtout aux localisations spinales qui se font en même temps, ou à peu près en même temps, que les localisations articulaires; la troisième forme caractérise principalement les paraplégies à marche lente, qui apparaissent plus ou moins longtemps après la cessation des accidents aigus. La persistance et la longue durée des accidents, dans ce cas-là, sont parfaitement en rapport avec la lenteur du processus organique qui les produit.
La paraplégie rhumatismale par congestion active de la moelle guérit ordinairement ; c'est ce qui explique l'absence d'autopsie pour cette première forme. Cependant les caractères chniques de la paraplégie, et notamment les douleurs lombaires avec irradiations périphériques, ne me semblent laisser aucun doute sur la réahté de ce processus ; il était bien connu de Frank, qui lui avait donné le nom slgnific^li^ à' hydrorachis rheumatica; c'est lui qu'invoquait également le professeur Trousseau dans un cas de paraplégie rhumatismale temporaire, qu'il a observé il y a quelques années chez une femme bien et dûment rhumatisante (1). Les heureux résultats du traitement (ventouses scarifiées dans la région lombaire) sont
(1) Trousseau, Observ. de paraplégie rhumatismale {Gaz. des hôpit., 1853).
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un puissant argument en faveur de celle inlerprétalion.
Entre autres faits à l'appui de la méningo-myélite aiguë dans le cours du rliunialisme articulaire, je puis citer le cas suivant, que j'ai observé cette année même à l'hôpital de la Pitié. La terrifiante rapidité avec laquelle ont marché les accidents cérébraux, a laissé quelques lacunes dans l'histoire clinique du malade ; mais au point de vue anatomique et pathogénique , le fait est aussi complet que possible.
Un homme de vingt et un ans, tailleur de pierrie, est apporté le 7 septembre 186/i dans le service dont j'étais alors chargé. Ce malade était dans un état comateux si profond, qu'on ne pouvait obtenir de lui aucun renseignement (j'ai su depuis, par les parents, qu'au moment de son arrivée à l'hôpitaf, cet individu n'était malade que depuis quarante-huit heures). La fièvre était intense, la langue sèche et rouge, le genou droit était notablement tuméfié; la pression sur l'articulation était fort douloureuse, c'était la seule excitation qui modifiât passagèrement la physionomie du malade; ce jour-là il pouvait encore mouvoir ses jambes, car il retirait assez vivement le membre droit lorsqu'on appuyait sur le genou. Le 8 au matin la fièvre est plus violente, le coma plus complet encore, le poignet droit s'est pris pendant la nuit; il n'est pas seulement tuméfié, il est très-rouge dans tout le pourtour de l'articulation. L'examen du cœur ne révèle rien d'anormal. Il n'y a pas de vomissements, pas d'incontinence d'urine ni d'évacuations involontaires.
Malgré un traitement énergique, aucun amendement n'est obtenu dans cette grave situation, et sans phéno-
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mène nouveau, la mort a lieu le 9 septembre avant midi, trente-six heures après l'entrée à l'hôpital, quatre jours après l'invasion de la maladie.
A l'autopsie (vingt-deux heures après la mort), je trouve les articulations du genou et du poignet remphes d'un pus hquide, dans lequel nagent des flocons d'exsudation fibrineuse ; dans le crâne, une méningite suraiguë a rempli d'un pus semi-concret l'espace sous-arachnoïdien dans la région supérieure, postérieure et inférieure ; les membranes qui recouvrent les lobes frontaux sont seules intactes ; l'ouverture du canal rachidien montre que la suppuration a également envahi les membranes spinales ; du pus remplace le liquide cérébro-spinal, seulement ce pus n'est pas concrété comme dans la cavité encéphalique, il est complètement hquide ; enfin, dans la moitié supérieure de la région du dos, de la septième vertèbre cervicale à la sixième dorsale, la moelle est le siège d'un ramollissement diflluent aussi prononcé sur les couches postérieures que sur les antérieures; au niveau de ce ramollissement, les méninges sont fortement injectées, comme dans toute l'étendue du rachis, mais le tissu nerveux lui-même est parfaitement blanc. Quant au cerveau, il était intact; malgré les altérations considérables de l'arachnoïde, de l'espace sous-arachnoïdien et de la face externe de la pie-mère, cette membrane n'était point anormalement adhérente aux circonvolutions, dont on pouvait la détacher sans entraîner aucun fragment de substance nerveuse. Cette dernière avait partout une bonne consistance, et l'examen attentif de la masse encéphalique, divisée en tranches minces, n'a révélé aucune espèce de lésion.
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L'examen microscopique de la portion ramollie de la moelle, que j'ai pratiqué avec M. Renault, l'un des élèves du service, nous a montré que la destruction du tissu ne s'étendait pas au delà des couches blanches; dans l'axe gris les cellules nerveuses étaient intactes, et sur les grandes cellules motrices des cornes antérieures, les prolongements apparaissaient avecleurs caractères normaux; en revanche, sur une série de six préparations prises en différents points de la substance blanche, il fut impossible de retrouver aucun élément figuré; à peine quelques tubes nerveux se montraient-ils çà et là, mais ces tubes étaient les uns simplement vides, les autres remplis par une masse granuleuse ; il n'y avait plus trace du cylindreaxe. Contre mon attente, nous n'avons pas trouvé de globules purulents. Cette altération consistait donc en une destruction totale des éléments blancs, et les résultats de l'examen microscopique étaient parfaitement en rapport avec la diffluence semi-liquide du ramolhsseraent.
La complexité des lésions, et la rapidité des accidents laissent peut-être quelque obscurité sur le rôle précis de l'altération de la moelle dans la production des phénomènes syraptomatiques ; mais comme démonstration positive de la méningo-myélite aiguë rhumatismale, le fait précédent ne laisse rien à désirer.
Un rhumatisant observé par Lebert a succombé également à une méningite purulente (1) ; le savant professeur a cité ce fait sans en donner l'observation, rappelant à ce sujet que la science est riche en exemples de ce genre.
(1) Lebert, Klinik des acuten Gelcnkrheumatismus. Erlangen, 1860.