EXPLORATION ÉLECTRIQUE
servation ultérieure n'a rien ajouté au théorème de Marsiiall Hall, et les assertions de Duchenne sur ce sujet témoignent au moins d'une étrange étourderie. Dans les paralysies spinales, a dit Marshall-Hall, la propriété des muscles de se contracter sous l'inlluence de l'éleclricité est toujours diminuée ou ahohe. Duchenne s'empare de cetteproposition, il montre que dans certaines paraplégies, dans celles, par exemple, qui sont dues à une compression de la partie inférieure de la moelle, l'excitabiHté musculaire électrique est toujours conservée, et convaincu après cela d'avoir surpris le physiologiste anglais en flagrante erreur, il croit avoir distingué le premier quelles senties paraplégies dans lesquelles rexcitabihté électrique est diminuée ou éteinte, quelles sont celles dans lesquelles cette excitabihté est conservée. Malheureusement la critique est injuste et la conclusion porte à faux.
Duchenne a certainement lu Marshall-Hall, en douter serait lui faire injure; mais il est clair que l'ayant lu, il ne l'a pas compris. Les paralysies spinales sont pour Marshall celles dans lesquelles les muscles sont soustraits à l'influence nerveuse qui émane de l'axe spinal ; supposons un ramoUissement limité de la région dorsale, avec intégrité parfaite du segment inférieur de la moelle, ce n'est pas là une paralysie spinale ; et en effet, les muscles paralysés ne sont point privés de l'influence de la moelle, ils ne sont privés que de l'influence cérébrale, en d'autres termes, les fonctions conductrices de l'organe sont seules abolies, son action sur la nutrition et les propriétés des muscles reste entière. Pour Marshall-Hall qui se plaçait au point de vue physiologique, et non pas au point de vue anatomique, la paralysie, dans ce cas, est une para-
516 SKMIOTIQUE DES rARAPLÉGIES.
lysie cérébrale, parce que la seule chose qui manque aux membres inférieurs, c'est l'influence du cerveau et non l'influence de la moelle. Supposons, au contraire, une lésion de la région dorsale ayant altéré la constilution propre de tout le segment inférieur; alors l'influence spinale fait réellement défaut, alors c'est pour le physiologiste anglais une paralysie spinale. Voilà la distinction qui a échappé à Duchenne; cela est fâcheux; s'il l'eût saisie, il se fût abstenu, je pense, de combattre le théorème de Hafl, et il n'eût pas été tenté de s'attribuer, en la dénaturant, une distinction qui ne lui appartient pas (1). En fait, la proposition de Marshall est incontestable, et elle renferme sous une formule concise, toutes les indications sémiotiques que l'exploration électrique peut fournir au
(1) La définilion de M. Hall est tellement précise, tellement claire, que la méprise de Duchenne est absolument incompréhensible. Qu'on en juge :
« I designate lhat paralysis as cérébral, in which, by whalever means or disease Ihe infiuence of the brain is severed ; and I designate that forni of paralysis spinal, in which, from whatever cause, the influence of tiie spinal marrow is severed.» Aussi cette formule n'est-elle restée incomprise pour aucun autre des auteurs qui ont écrit sur cette matière. Voyez :
Russell Reynolds, The Diagnosis of Diseuses of Iho'Brain, Spinal Cord., Nerves and Ihcir appendages. London, 1855 (p. 233).
Forbes Winslow, On obscure Discases of the Drain and Disorders of Ihe Mind. London, 1860 (p. -i69).
Hasse, Kranlcheilen des Nervenapparales , in Virchow's Handbuch. Erlangen, 1855 (p. 328).
Garratt, Eleclro-Physiology and Eleclro-Therapeulics. Boston, 18G1 (p. 493).
Althaus, Die EleclriciUU in der Medicin. Berlin, 1860 (p. 195).
Meyer, Die EleciricilOl in ihrer Anwendung auf pralUische Medicin. Berlin, 1861 (p. 169).
Au surplus, Duchenne n'a pas été heureux dans la formule qu'il a voulu substituer à celle de Marshall-Hall : « L'exploration électro-musculaire, dit-rl, permet de distinguer les paraplégies qui sont produites par une altération analomique de la substance médullaire, do la paraplégie symptoma-
EXrLOUATlON ÉLECTRIQUE. 517
médecin dans les paraplégies. Tant que l'infUience cérébrale fait seule défaut, rexcitabililc des muscles est conservée ; lorsque l'influence spinale manque, l'excitabilité diminue et s'éteint dans tous les muscles qui reçoivent leurs nerfs du segment désorganisé de la moelle.
En clinique donc, la conservation de l'excitabilité électrique prouve que la moelle n'a perdu que ses fonctions de conductibilité; elle prouve, par conséquent, que le segment inférieur de l'organe, que les troncs nerveux, que les muscles sont intacts ; mais elle ne prouve rien quant à l'existence ou à l'absence d'une lésion matérielle interrompant la continuité du système spinal antérieur; ainsi l'excitabilité électrique n'est pas plus parfaite dans la paraplégie hystérique fonctionnelle que dans la paratique d'une simple compression de la moelle. Dans la première, la contractilitc est altérée ; dans la seconde, elle est intacte.» [Éleclrisation localisée, 2'^ édit. Paris, 1861.) Eh bien ! l'assertion n'est pas exacte ; non, la con- Iractilité n'est pas altérée dans toute paraplégie qui est produite par une altération anatomique de la substance médullaire; il faut que celle altération soit assez profonde et assez étendue pour que la portion de moelle qui donne naissance aux racines nerveuses des muscles explorés soit désorganisée; c'est-à-dire qu'il faut que l'influence de la moelle sur les nerfs et surtout sur les muscles soit complètement perdue , c'est-à-dire que la théorème de Hall est le seul vrai. — Chez un individu dont je parlerai plus loin, j'ai trouvé, à l'autopsie, un ramollissement inflammatoire de la totalité des couches blanches du renflement lombaire, de la totalité des couches blanches du renflement cervical, et la contractililé électro-musculaire a persisté jusqu'à la veille de la mort; mais l'axe gris était intact, ainsi que les origines nerveuses, de sorte que l'influence spinale n'était pas abolie. Dans deux cas de paraplégie à marche ascendante, Colin a constaté, à l'autopsie, un ramollissement notable de la moelle , et il avait trouvé pendant la vie la conlractilité électro-musculaire conservée; c'est sur ces deux faits qu'il s'est appuyé pour rejeter la prétendue loi du médecin français.
Cohn, Dcricht iiber die im Jahre 1852 und 53 im Hospital zu Âllerhei- Urjen verpfleglen Kranlcen {Zeilschr. fiir Idinische Medicin, 185i).
518 SÉMIOTIQUE DES PARAPLÉGIES.
plég'ie organique la mieux caractérisée, pourvu, je le répète encore, que la portion de moelle située au-dessous 'de la lésion ait conservé sa constitution et partant ses propriétés normales. Lorsque chez un paraplégique l'excitabilité musculaire, d'abord intacte, diminue graduellement et finit par disparaître, c'est alors un signe d'une valeur absolue; non-seulement il démontre l'existence d'une lésion, mais il indique que cette lésion, limitée d'abord de manière à ne compromettre que la conductibilité de la moelle, a altéré consécutivement les parties inférieures de l'organe. Lorsque enfin l'excitabilité des muscles est diminuée dès le début, ou plutôt quatre ou cinq jours après le début de la paraplégie, dans toute l'étendue des membres paralysés, on peut être certain que la paraplégie est organique , et que la lésion a désorganisé d'emblée le segment lombaire de la moelle (1).
J'espère que les développements dans lesquels je suis entré préviendront à l'avenir toute erreur, et dissiperont l'obscurité qui règne encore sur ce sujet, grâce à la confusion commise par Duchenne. Il n'y a place ici pour aucune amphibologie, pour aucune équivoque, à condition toutefois qu'on sache ce que c'est que l'influence spinale : si cette influence est abolie dans les muscles, diminution et perte de la contractiUlé
(1) Nous avons vu plus haut que dans ce cas les nerfs molcurs perdent leur structure et leurs propriétés du centre à la périphérie, à partir du deuxième ou du troisième jour, et que les divisions ultimes du nerf résistent fort longtemps à la dégénérescence (voy. p. 1G5). Nous avons vu en outre que l'excitabilité musculaire, diminuée dès le quatrième ou le cinquième Jour, n'est totalement anéantie qu'au bout d'un temps variable qui peut se prolonger jusqu'à six semaines (voy. p. 181 et 182).