‹ Etudes de pathogenie et de semiotiqueChapitre 83 sur 111 · MOTRICE · texte numérisé non relu

MOTRICE

DES CONDITIONS PATHOGÉNIQUES DE l'aTAXIE DU MOUVEMENT.

La coordination est une fonction et non une entité psychique. — Nécessité de l'analyse physiologique.

Rôle de l'innervation cérébrale et de l'innervation spinale dans la coordination motrice. — Coordination volontaire. — Coordination automatique.

— Sens musculaire. — Sens tactile. — Irradiations spinales. — Motricité réflexe.

Signification physiologique et analomique du phénomène ataxie.

Division des ataxies. — Ataxies organiques. — Sclérose spinale postérieure.

— Spedalskhed. — Rapports de l'ataxie avec la paralysie générale, avec l'alcoolisme. — Lésions du cervelet,

Ataxie dyscrasique. — Ataxie fonctionnelle.

Dans la sphère de la motilité, l'ataxie est constituée par l'abolition complète ou incomplète delà coordination normale des mouvements volontaires. Ce dernier terme est d'une absolue nécessité, afin que l'ataxie convulsive qui se manifeste à l'état de repos, et qui est sans relation aucune avec les actes moteurs volontaires, soit immédiatement et complètement exclue.

Cette définition qui précise et limite exactement le sujet, apporte un autre enseignement. La coordination des mouvements volontaires est bien évidemment une fonction physiologique ; peu importent en ce moment le mécanisme et les conditions diverses qui en assurent la réalisation, ce fait en lui-même ne saurait être l'objet d'un doute, il

peut même paraître puéril de le signaler. Or, l'ataxie consiste clans l'abolition de cette^onction normale; conséquemmenl, l'ataxie est un trouble fonctionnel ; donc, l'ataxie est un symptôme ; de toute antiquité, en effet, les troubles fonctionnels {actiones lœsœ) ont été tenus pour des symptômes, c'est là une des notions les plus élémentaires de la pathologie générale ; il serait utile de ne pas l'oublier. Ainsi, la définition précédente indique à la fois la nature et le rang nosologique du phénomène.

L'ataxie du mouvement étant un symptôme comme la paraplégie, la toux, l'ictère ou l'albuminurie, par exemple, ressortit naturellement à la sémiologie, et de même que les autres phénomènes morbides de cet ordre, elle doit être étudiée dans ses conditions pathogéniques et dans ses caractères sémiotiques.

Tant de difficultés artificielles ont été entassées comme à plaisir autour d'un sujet qui n'a rien d'obscur ni de mystérieux en soi, qu'il est devenu indispensable pour procéder avec clarté de reprendre la question ab ovo, et de rappeler avant toute chose le but des études de pathogénie. Qu'est-ce donc que rechercher les conditions pathogéniques d'un symptôme ? C'est tout simplement déterminer quels sont les divers actes physiologiques dont la perturbation a pour résultat le symptôme ou le phénomène pathologique. Dans l'espèce, l'élude des conditions pathogéniques se pose donc en ces termes : Quels sont les actes physiologiques dont l'abolition a pour effet l'ataxie motrice? Mais il est de toute évidence (]ue la réponse est hée à la solution préalable d'une question préjudicielle, savoir: Quelles sont les conditions normales de la coordination motrice? Tel est en définitive le

problème primordial; esl-il résolu, la question subordonnée a perdu toute difficulté.

Cette obligation absolue et fondamentale ne peut être remplie que par une analyse physiologique précise. Certes, il est plus facile de recourir à une synthèse artificielle, d'invoquer pour les besoins de la cause une faculté imaginaire, et de se tirer d'embarras par une hypothèse ontologique, qui est une véritable hérésie psychologique ; mais si le procédé est commode, il n'a assurément rien de commun avec la rigueur scientifique. Gardons-nous donc de partager la responsabilité de cette doctrine étrange, qui transforme une fonction organique en une faculté psychique, et appliquons à l'étude de cette fonction la méthode de l'analyse : voyons si la coordination motrice, ce résultat terminal, cette expression visible de la fonction normale, est l'eff'et d'une seule condition, d'une seule opération physiologique, ou si, au contraire, elle est le produit ultime d'une série d'actes divers, concourant, chacun pour sa part, à la réalisation du but final. Je le dis avec une entière conviction, cette méthode est la seule qui puisse conduire à la vérité ; sans l'analyse physiologique, la pathogénie et la sémiotique sont l'une et l'autre frappées d'impuissance, elles retournent au chaos.

Des conditions pliysiologiqucs de la coordination

motrice.

En étudiant dans la première partie de ce travail l'association coordonnée des mouvements volontaires et la coordination fatale et constante des mouvements réfiexes,

j'ai répondu à celte question par les conclusions suivantes :

Les divers mouvements partiels qui concourent à l'accomplissement d'un mouvement volontaire composé, sont naturellement associés en vertu d'un mécanisme préétabli, qui réside dans l'axe gris et dans le système antérieur de la moelle; le système spinal postérieur, d'autre part, exerce une influence toute-puissante, quoique indirecte, sur la coordination motrice; donc la moelle épinière est l'organe de l'association et de la coordination des mouvements. L'examen des mouvements réflexes apporte à cette vérité première une démonstration irrévocable ; car chez les animaux décapités ou privés de cerveau, ces mouvements ont le triple caractère de l'opportunité, de la combinaison et de l'harmonie (1) .

En possession de ces données fondamentales, il n'est pas diflîcile de déterminer quel est, à l'état normal, le rôle respectif de la volonté (innervation cérébrale) et du mécanisme (innervation spinale), soit dans les mouvements isolés, soit dans les mouvements complexes qui président à l'accomplissement des actes fonctionnels.

Soit donc le cas le plus simple, voyons ce qui se passe dans un mouvement isolé (flexion, extension, abduction, etc.). Il n'y a ici que deux éléments à considérer, savoir : l'impulsion volontaire, qui donne naissance au mouvement, et l'exécution du mouvement voulu. L'impulsion volontaire, c'est l'incitation motrice parlant de l'encéphale et arriv£inl à une région déterminée de la

(1) Voyez, pour la coordination des mouvements volontaires, pages Qi- 99; et pour la coordination des mouvements réflexes, pages 112-dl9.

moelle. Cet acte primordial relève uniquement et constamment de l'innervation cérébrale.— Une fois l'excitabilité d'un segment de la moelle mise enjeu par l'incitation encéphalique, l'exécution du mouvement voulu nécessite l'intervention régulière de tous les muscles qui, par leur action directe ou par leur action antagoniste, concourent à l'accomplissement de l'acte. Cette seconde opération physiologique, qui consiste essentiellement dans la dissémination, dans la diffusion de l'incitation motrice cérébrale sur les éléments nerveux associés de l'un des départements de la moelle, n'est pas moins constante, pas moins indispensable que la première, et cela, parce qu'il n'est pas un mouvement volontaire, si simple qu'on veuille le supposer, qui soit accompli par l'action d'un seul muscle. Or à cette opération la volonté ne peut rien, elle y reste totalement étrangère ; nous savons que ce n'est qu'après des efforts réitérés et un apprentissage pénible, qu'elle réussit à modifier les effets de cette coordination élémentaire. Il n'y a pas à l'état physiologique deux manières d'exécuter la flexion, l'extension et la rotation simple des membres ; une fois l'acte commandé, et sans que la volonté ait à en connaître, ce sont toujours les mêmes muscles qui entrent en jeu, chacun concourant par son mouvement propre à la résultante finale, qui est le mouvement voulu. Cette coordination automatique appartient tout entière à la moelle ; elle résulte d'une association organique préétabHe.

Dans les mouvements composés qui accomplissent les actes fonctionnels de locomotion et de préhension, les conditions de la coordination régulière sont évidemment plus nombreuses, mais la question n'en est pas pour cela

plus obscure, elle n'est que plus complexe. Nous retrouvons en première ligne les deux conditions dont nous venons de nous occuper, l'incitation motrice cérébrale et la coordination organique préétablie dans la moelle ; ce sont les deux conditions fondamentales et constantes; mais, suffisantes pour l'exécution normale d'un mouvement simple, elles ne le sont plus dans le cas présent. Non-seulement le mouvement final résulte de l'association et de la combinaison de plusieurs mouvements simples, mais il ne s'agit plus d'un mouvement considéré en luimême et pour lui-même, il s'agit d'un mouvement relatif à une détermination intentionnelle ; conséquemment, la production absolue du mouvement n'est plus seule en cause, il faut encore que ce mouvement soit produit avec les qualités nécessaires à la réalisation du but voulu. 11 est évident, à priori, que l'innervation cérébrale doit nécessairement intervenir pour régler les qualités du mouvement, puisque la détermination intentionnelle initiale est un acte de la volonté ; mais quelle est la mesure de cette intervention encéphalique? Par quelle voie est-elle mise en jeu? c'est là ce que nous avons à déterminer, après quoi nous examinerons le rôle de la moelle dans cet acte physiologique complexe.

Les qualités que doivent présenter les actes moteurs en vue du but fonctionnel qu'ils sont destinés à remplir, ne sont point similaires ; à regarder la chose de près, on voit surgir une différence fondamentale qui les sépare immédiatement en deux groupes. De ces qualités, en effet, les unes sont plus particulièrement en rapport avec la détermination intentionnelle, elles varient avec elle, et comme le but voulu est un acte exclusivement cérébral,

roonniNATioN PiiYsioLOGinuK. 593 il va (le soi que les varialions dont ces qualités sont susceptibles sont sous la dépendance exclusive de l'innervation encéphalique. Quelles sont ces qualités, il est facile de le pressentir. C'est la force, c'est l'étendue, c'est la rapidité, c'est la direction du mouvement, toutes conditions qui varient essentiellement selon le but de la détermination motrice, et qui dépendent immédiatement du mode de l'impulsion volontaire. La force du mouvement est réglée par la force même de l'incitation motrice initiale, l'étendue relève en définitive de la même in> fluence, la rapidité résulte de la succession plus ou moins prompte des impulsions volontaires, et la direction est déterminée par la localisation volontaire de l'incitation sur certains groupes de muscles. Les vérités contenues dans ces propositions sont tellement évidentes qu'elles peuvent, comme les axiomes, se passer de toute démonstration; les nier conduirait fatalement à nier la détermination volontaire. Qu'il s'agisse de la locomotion ou de la préhension (ce dernier terme étant employé comme désignation générique des fonctions motrices des membres supérieurs), la force, la rapidité, l'étendue et la direction du mouvement sont sous la dépendance unique de l'innervation cérébrale volontaire, qui les dispose, les modifie et les régie à son gré, suivant les besoins du moment.

Cela est tellement élémentaire que je crains de devenir banal en insistant; mais celte distinction première, qui contient en elle la solution cherchée, a été trop oubliée, j'ai dû la formuler. •

Les qualités de ce premier groupe nous ont présenté jusqu'ici deux caractères distinctifs, la variabilité et la

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59/i ATAXIE DU MOUVEMENT.

subordination à l'influence volontaire ; elles en ont un troisième, qui est leur relation exclusive avec le mouvement fonctionnel dans son ensemble. Je m'explique : soit par exemple la vitesse du mouvement, car ce qui est vrai a'une des qualités de cet ordre l'est aussi des autres. Je marche, puis je veux marcher plus vite ; à peine en ai-je conçu la volonté que la marche est modifiée, elle est devenue, en effet, plus rapide; cette intervention de ma volonté se manifeste donc par un changement du mouvement de locomotion dans son ensemble ; ce changement est le résultat final d'une série de modifications partielles survenues dans le mouvement primitif, c'est incontestable; mais je n'ai pas eu besoin d'une série parallèle d'actes volontaires, une seule détermination a suffi ; j'ai voulu marcher plus vite, et j'ai marché plus vite en effet, sans rien savoir, sans même avoir à connaître de ces modifications intermédiaires.

En résumé, les qualités du premier ordre sont variables, elles sont soumises à la volonté, elles se manifestent par des changements dans l'ensemble du mouvement fonctionnel. Je les désignerai sous le nom de quahtés volontaires.

Mais pour qu'un acte moteur fonctionnel soit normal, ce n'est point assez qu'il présente avec leurs caractères les plus parfaits les diverses quahtés volontaires de force, de vitesse, de direction, etc.; cet acte moteur résulte de l'association et de la combinaison de plusieurs mouvements simples, lesquels doivent être harmonisés entre eux et présenter une régularité et un enchaînement parfaits dans leur simultanéité, ou dans leur succession.

Celte activité régulière et harmonisée de tous les mus-

des, qui, soit par une action directe, soit par une action antagoniste, participent à la production du mouvement composé, c'est justement la seconde qualité que doit présenter le mouvement pour être normalement coordonné. Cette qualité se rattache à la bonne exécution du mouvement en lui-même, tandis que les qualités volontaires de tout à l'heure ont trait à l'accomplissement réguHer delà détermination intentionnelle. Or, des caractères directement opposés distinguent les qualités de notre second groupe : elles sont immuables, elles sont indépendantes de la volonté, elles se rapportent, non plus au mouvement fonctionnel dans son ensemble, mais aux divers mouvement? partiels qui concourent à la résultante finale. Un mot pour justifier ces caractères qui sont, eux aussi, d'une entière évidence.

L'enchaînement et l'harmonie réciproques des mouvements partiels associés pour l'exécution d'un acte fonctionnel sont immuables, car quels que soient les changements que la volonté imprime aux qualités du mouvement final, cet enchaînement, cette harmonie n'en sont point modifiés; que la marche soit rapide ou lente, qu'elle ait heu à petits ou à grands pas, qu'elle se fasse dans une direction ou dans une autre, le rôle alternatif des fléchisseurs et des extenseurs reste le même, l'action simultanée et mesurée des muscles directs ou des antagonistes est identique; en un mot, le mécanisme de l'exécution est invariable. S'agit-il de soulever un fardeau avec les membres supérieurs, la force déployée variera avec le poids de la charge, la direction du mouvement différera selon le but voulu, mais ici encore le mécanisme musculaire de la préhension est immuable. Cette immutabilité

est la condilion même ile l'exécution régulière du niouvement, elle persiste aussi longtemps que dure l'état physiologique.

Or, ce caractère exclut forcément la possibilité de l'intervention volontaire ; la volonté est impuissante à dissocier ces mouvements combinés, simultanés ou successifs, elle est impuissante à en modifier les rapports.

Pour les mouvements fonctionnels que j'appellerai naturels, c'est-à-dire pour la locomotion, la préhension, cette impuissance est palpable ; car du moment que la fonction est supposée normale, il n'y a, pour personne, ni deux manières de marcher, ni deux manières de tenir un objet dans sa main. Dans d'autres actes moteurs qui méritent, à mon point de vue, la qualification d'artificiels, tels que la danse, le jeu du piano ou du violon, la volonté parvient à modifier l'enchaînement préétabli et l'association fatale de certains mouvements; mais on sait qu'elle n'y parvient qu'après un pénible labeur, et cela même est une preuve de l'indépendance native des qualités motrices du second ordre. Ces quahtés sont immuables, elles sont à l'état normal soustraites à l'influence de la volonté, ce sont donc des qualités mécaniques, que l'ensemble de leurs caractères oppose aux qualités volontaires dont il était question naguère. Par cela même que les qualités du premier ordre sont volontaires, elles appartiennent à la sphère encéphalique; par cela seul que celles du second ordre sont mécaniques, elles appartiennent à la sphère spinale.

De là celte double conclusion qui résume tout cet exposé : les variations de force, de vitesse, d'étendue, de direction, par lesquelles les actes moteurs sont adaptés à

la ilétenninalion inleiilionnellc, sont le résultat de varialions parallèles et volontaires dans l'incitation motrice ; l'enchaînement et l'harmonie des mouvements partiels qui concourent à la résultante voulue, sont des actes mécaniques résultant fatalement de l'action de la moelle. La volonté veut le but final et excite à cet effet, avec une intensité convenable, une région déterminée de l'axe" spinal; mais les phases intermédiaires entre cette excitation première et le but accompli, le mécanisme plus ou moins compliqué au moyen duquel l'acte voulu est réalisé, échappent complètement à son contrôle, et la coordination complexe des mouvements fonctionnels composés n'est pas moins automatique que celle des mouvements isolés, dont je me suis occupé précédemment. Là comme ici, la coordination automatique appartient tout entière à la moelle, elle résulte d'une association organique préétablie.

C'est ce qu'enseignait déjà Volkmann il y a quelque vingt ans, et sa conclusion sur ce sujet était aussi catégorique dans le fond qu'expressive dans la forme; il sera bon de la reproduire. « L'accomplissement physiologique des mouvements n'a rien à faire ni avec une âme consciente, ni avec une âme inconsciente, car l'âme n'a pas la moindre notion de la marche de cette opération; et pour les mouvements volontaires eux-mêmes, elle ne sait rien touchant les nerfs ou les muscles, à l'intervention desquels ce processus est subordonné. En fait, l'âme ne fait ici rien de plus que de donner une impulsion, et si cette impulsion a pour effet quelque chose de coordonné, c'est tout simplement parce ([ue l'organe qui la reçoit est arrange de telle sorte.

qu'il produit forcément un mouvement coordonne » (1).

Dans le même temps, Arnold niait également l'intervention encéphalique dans la coordination motrice (2), et quelques années auparavant Mùller exposait les mêmes idées en des termes qui, pour être moins énergiques, n'en sont pas moins significatifs (3). Cette docirine est celle de l'universalité des physiologistes ; c'est la base sohde qu'on ne peut, sous peine de chute, abandonner un seul instant.

J'ai montré que la coordination motrice qui apparaît comme un fait unique et indivisible, procède en réalité de deux opérations distinctes, la coordination volontaire ou encéphalique, la coordination mécanique ou spinale ; j'ai déterminé le rôle respectif de ces deux influences ; si donc j'indique en outre les moyens de leur intervention, le problème physiologique sera complètement résolu.

La coordination volontaire a pour effet d'adapter incessamment le mouvement fonctionnel au but voulu, en en modifiant les qualités finales selon les exigences variables de l'acte conçu ; or pour que le sensorium puisse intervenir, et intervenir avec opportunité et mesure, il faut évidemment qu'il soit instruit à chaque instant des qualités du mouvement produit; à cette condition seulement, il est en état de les modifier, de les régler efficacement. C'est encore là une de ces vérités qui sont banales à force d'être vraies. Qu'il s'agisse de la force, de l'étendue, de la rapidité ou de la direction du mouvement, le sensorium ne peut juger les rapports de ces qualités avec le but

(1) Volkmann, Art. Nervenphysiologie in Wagrier's Handwûrterbucli, Braunsclmeig, i&liù.

(2) Arnold, Die Lehre von den Reflexfunclionen. Heidelberg, 1842.

(3) Muller, Handbuch der Physiologie. Coblentz, 1833-1848.

voulu, et partant il ne peut les diriger s'il n'a les moyens d'en faire une appréciation rigoureuse et continue. Ces notions indispensables, l'encéphale les obtient directement par la vue, ou bien il les déduit indirectement des renseignements qui lui arrivent touchant la situation des parties qui se meuvent, et l'état des organes contractiles qui les meuvent; ces renseignements sont des impressions fournies par le sens musculaire (1), et par le sens du tact. Cet énoncé montre toute la différence qui sépare ces deux méthodes d'appréciation: la méthode par la vue est directe, elle n'exige aucune éducation préalable, c'est la seule qu'on puisse employer et qui soit employée en effet, lorsqu'il i\g\\.ÔL apprendre un mouvement nouveau; plus facile que la méthode indirecte, elle la précède nécessairement, alors même qu'elle doit un peu plus tard lui céder le pas et disparaître. L'enfant qui apprend à marcher, l'homme, sachant marcher, qui apprend à danser, regardent constamment leurs pieds, ils ne peuvent en détourner les yeux un seul moment, le contrôle

(1) Je sais quelles muscles ne possèdent aucun appareil d'impression comparable aux appareils sensoriels, et qu'à parler rigoureusement il n'y a pas de sens musculaire. Mais pour éviler une erreur qui a été souvent commise, et que j'aurai à relever en étudiant la sémiotique de l'alaxie, il est de nécessité absolue de désigner par une dénomination particulière, fût-elle conventionnelle, les impressions toutes spéciales par lesquelles le sensorium est instruit de l'existence et des qualités de la contraction musculaire. Cette sensibilité spéciale des muscles, est bien différente en effet de la sensibilité dite générale qu'ils possèdent en commun avec tous les organes pourvus de nerfs sensibles. Weber a formulé implicilenaent cctt» distinction, et le premier, je crois, il l'a transportée dans le langage : « Cette sensibililé des muscles au moyen de laquelle nous sentons le degré de l'effort musculaire est tellement exquise qu'elle nous rend les mêmes services qu'un sens, que nous pourrions appeler sens de force. »

E. H. Weber, loc. cil.

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par la vue est l'unique moyen qui soit à leur disposition pour juger des qualités du mouvement produit, et il en est ainsi jusqu'à ce qu'un exercice longtemps répété leur permette de se servir de l'autre méthode; la chose n'est pas moins frappante chez l'homme qui apprend à toucher du piano: ce n'est qu'après des mois d'une étude difficile qu'il arrive à jouer sans regarder ses doigts. Lorsqu'il y est parvenu, c'est que son éducation à l'égard de ces mouvements nouveaux est assez avancée pour qu'il obtienne des sensations musculaires et tactiles les renseignements dont il a besoin.

En revanche, dès qu'un mouvement, quelque complexe qu'il soit, est convenablement appris, dès que l'organisme, si j'ose ainsi dire, se l'est assimilé, l'appréciation des qualités du mouvement cesse d'avoir lieu parla vue, l'autre méthode intervient; c'est la seule, à vrai dire, qui soit mise en usage, à l'état physiologique, pour les mouvements naturels de la locomotion et de la préhension.

J'ai (lit que cette méthode d'appréciation est indirecte, j'ajoute qu'elle nécessite forcément une éducation préalable; la raison, c'est qu'elle est basée non pas sur la perception pure et simple des sensations transmises, mais sur l'interprétation de ces sensations, laquelle n'est rendue possible que par l'exercice et l'habitude. Envisagées en soi, les impressions transmises par le sens du tact et le sens musculaire ne sont, comme toutes les autres, que des excitations qui mettent en jeu l'activité cérébrale; la sensation n'est utile et instructive, ou pour être plus vrai, la sensation n'a lieu, que lorsque le sensorium, intervenant activement, a eiïcclué la représentation extrinsèque de l'impression perçue, opération qui a pour effet de raj)-

COORUINATION IMlYSIOLuGKjUE . 601

porter à son origine et à sa cause véritables l'excitation transmise. Mais dans l'espèce, ce travail ne peut encore suffire pour tirer de ces sensations les notions nécessaires sur l'état des membres et des muscles, c'est-à-dire sur les qualités du mouvement; le sensorium doit, au préalable, avoir appris les rapports qui unissent les diverses conditions des muscles ou des organes tactiles aux diverses sensations perçues; c'est seulement à la suite de cet apprentissage qu'il peut conclure de la sensation perçue aux conditions statiques ou dynamiques des parties d'où elle naît. Celte éducation se fait justement au moyen de l'appréciation directe par la vue, grâce à laquelle l'individu peut comparer à chaque instant le mouvement effectué avec la sensation perçue.

Lorsque cette éducation préliminaire est achevée, le sensorium trouve dans la mémoire des faits acquis les éléments d'une appréciation non moins exacte que rapide.

Il ne s'agit ici que de la coordination motrice dans ses rapports avecl'alaxie du mouvement, il ne s'agit par conséquent que des mouvements fonctionnels naturels et déjà appris ; ']e puis donc laisser de côté la période primitive, et m'arrêter à cette proposition : à l'état normal, l'encéphale effectue la coordination volontaire du mouvement, d'après les notions qui lui sont fournies par le sens musculaire et par le sens du tact.

Est-ce à dire que si ces deux sources de renseignements, la sensibilité tactile et la musculaire, viennent à faire défaut, la coordination volontaire sera complètement impossible? Non ; mais l'individu privé des moyens de contrôle que l'éducation lui a donnés, est contraint de revenir à la méthode primitive et directe, il n'a plus que

le secours delà vue pour diriger ses mouvemcnls, l'intervention de l'attention et de la volonté doit être incessante, et la marche, devenue incertaine et hésitante, prend les caractères d'un labeur pénible tout comme chez l'enfant qui essaye ses premiers pas.

En signalant, pour le diagnostic de la paraplégie, la pseudo-paraplégie par anesthésie plantaire (1), j'ai montré que l'abolition de la seule sensibilité tactile imprime à la locomotion non dirigée par la vue une modalité anormale, et si l'on veut saisir dans tout son jour cette union, cette solidarité intimes quireUentle sens du tact à la contraction musculaire, il importe de se souvenir ici de la loi de Schrôder van der Kolk, touchant la distribution réciproque des fibres nerveuses motrices et des fibres sensibles. « Lorsqu'un nerf mixte donne des branches motrices à des muscles, ses rameaux sensibles se distribuent à cette partie de la peau qui est mue par ces mêmes muscles ; ou, en d'autres termes, un nerf spinal envoie ses rameaux moteurs aux muscles, organes actifs du mouvement, et ses rameaux sensibles à la partie mise en mouvement.» (2). Ce rapport des nerfs musculaires et des nerfs cutanés dans leur distribution ultime, nous montre qu'au point de vue des impressions transmises à l'encéphale ^oar l'intermédiaire du tégument externe, chaque muscle doit être considéré comme pourvu d'une sphère de sensibilité indépendante de celle des muscles voisins ; et il nous permet de concevoir le mécanisme des désordres qui apparaissent dans les phénomènes de motilité, lorsque l'abolition de cette sensibilité extrinsèque a supprimé l'une

(1) Voyez page 471.

(2) Voyez page 88.

dos voies, par lesquelles le sensorium prend connaissance de l'accomplissement et des caractères du mouvement.

Dans lès actes fonctionnels naturels, l'habitude a donné à l'intervention cérébrale une telle rapidité, qu'elle semble vraiment être plus virtuelle que réelle; nous verrons même dans un instant que dans certaines circonstances, ellemanquepositivement. C'est làun des arguments qui ont été invoqués par ceux qui nient la nécessité du sens musculaire dans la coordination motrice; or, cet argument n'en est pas un; de ce que l'exercice a rendu une opération instantanée et quasi machinale, il ne s'ensuit pas, que je sache, que cette opération soit inutile; et d'ailleurs dans la série des actes fonctionnels artificiels, il en est un qui démontre jusqu'à l'évidence la nécessité absolue de cette condition fondamentale, car malgré l'habitude, malgré l'exercice, quelque prolongés qu'on les suppose, l'intervention encéphalique n'arrive jamais à l'automatisme, jamais la coordination volontaire ne peut se passer un instant des renseignements fournis par le sens musculaire; je veux parler du chant, qui repose sur l'adaptation volontaire de la tension des muscles du larynx à la hauteur du son; or, ce n'est que d'après le sentiment de cette tension musculaire, que le chanteur peut disposer successivement son larynx pour la production des divers degrés de l'échelle diatonique.

L'intervention de l'encéphale dans la coordination volontaire a donné lieu à une autre objection que je ne puis omettre de signaler. Lorsque nous commençons uïi mouvement, nous le commençons avec certaines qualités de force et d'étendue, et il est bien clair que cette détermination volontaire des qualités du mouvement a précédé

QO!l ATAXIE DU MOUVEMENT.

le mouvement lui-même; c'est donc un acte purement encéphalique, qui n'a pas eu besoin, pour être accompli, des notions fournies par les muscles en mouvement; tout cela est incontestable. Mais on a argué de cette influence initiale de la volonté contre le rôle du sens musculaire, on y a vu la preuve que l'encéphale possède, en luimême et par lui-même, le pouvoir de régler par avance les mouvements, conformément au but qu'ils doivent remplir, et aussitôt on a imaginé une faculté, une entité nouvelle qui a déjà reçu au moins trois noms, car c'est sur ce terrain que nous rencontrons tour à tour la conscience musculaire, l'instinct locomoteur, l'aptitude motrice indépendante de la vue : trois dénominations pour une chose unique, laquelle n'existe pas, en vérité c'est aller un peu vite.

Ce pouvoir qu'a l'encéphale de commencer le mouvement avec certaines qualités déterminées, n'est point, comme on l'a dit, le fait d'une appréciation instinctive, encore moins y a-t-il là une faculté psychique ; c'est tout simplement le résultat péniblement acquis de l'exercice et de l'éducation. Un mouvement est conçu en vue d'un but déterminé, la course, le saut, ou tel autre qu'on voudra ; ce mouvement est commencé avec les qualités convenables au but, parce que le sensorium est arrivé par l'exercice à établir des rapports constants entre le but à atteindre et le mouvement à employer; dès lors, la simple notion du but donne la mesure de la force et de l'étendue convenables.

Cette opération cérébrale, que l'on donne comme une faculté spontanée ou instinclive, est souvent très-complexe; voyez par exemple à quelle série de rapports et de

jugcmenls est subordonnée la délerminalion préalable de la quanlilc de mouvement nécessaire pour soulever un fardeau. La vue apprécie la matière et la grandeur de l'objet; puis, grâce à la connaissance acquise des rapports qui existent entre l'étendue, la substance et le poids, le sensorium transforme par un jugement cette première sensation en estimation pondérale; alors un second jugement, basé sur la connaissance acquise des rapports de poids et de force, lui permet de déterminer cà l'avance la quantité de contraction musculaire qui sera nécessaire pour soulever le poids.

Il est bien clair que si le premier jugement est faux, le second ne le sera pas moins; c'est ce qui arrive trèsfréquemment lorsque sous un très-petit volume un objet est très-lourd; le rapport ordinaire qui relie le volume au poids étant ici renversé, le sensorium établit un faux jugement entre l'impression d'étendue et l'estimation de poids, il commande un mouvement qui est insuffisant pour soulever le fardeau, et ce n'est que lorsque l'insuccès de la première tentative l'a instruit de son erreur, qu'il augmente dans une proportion convenable la force du mouvement; alors le poids est enlevé. Il suffit d'observer et d'analyser pour se convaincre de ces choses.

Le soi-disant instinct locomoteur, c'est tout simplement la délerminalion préalable des qualités que doit présenter le mouvement pour atteindre le but; cette délerminalion résulte de la connaissance acquise des nq^porls qui unissent le mouvement à son effet, et cette connaissance ne peut être possédée qu'après un long apprentissage. Que ceux qui croient à l'instinct locomoteur ou à l'aplilude

motrice indépendante de la vue, prennent la peine de les chercher chez l'enfant qui apprend à marcher, ou chez l'homme qui apprend un mouvement nouveau. Du reste, MùUer à qui l'on ferait assez volontiers porter la responsabilité de cet instinct ou de cette aptitude, en est bien innocent, car il dit en termes exprès : « Nous n'apprenons à marcher que par un exercice pénible, durant lequel les lois de l'équilibre, de la pesanteur, entrent en jeu à chaque instant; il faut que nous ayons appris peu à peu par l'expérience et à force de nous tromper, quelle est la quantité de contraction musculaire qu'exige chaque sorte de mouvement. »

Ayant réduit ainsi à ses véritables termes la question de l'appréciation préalable, je ferai remarquer que celte appréciation, quelque délicate qu'on veuille l'imaginer, ne saurait, dans aucun cas, suppléer le sens musculaire; par la première, le sensorium sait quelle force il doit employer, j'en demeure d'accord; mais il faut, en outre, qu'il sache quelle force il a employée, sinon comment interviendrait-il pour assurer la coordination volontaire, une fois le mouvement commencé? Cette seconde notion ne peut être fournie que par le sens musculaire (sens de force de Weber).

Ces explications données, ma proposition de tantôt conserve une valeur absolue : en l'état physiologique, la coordination volontaire est effectuée à l'aide du sens musculaire, auquel s'adjoint comme élément secondaire le sens du tact.

Voyons quels sont les moyens de la coordination mécanique opérée par la moelle. Quelques mots suffiront, car ces moyens nous sont connus. Ils sont au nombre de

deux : les irradialialions spinales — et les mouvemenls réflexes.

Le phénomène des irradiations spinales nous a déjà plusieurs fois occupé. Il consiste, je le rappelle, dans la propagation de l'incitation motrice cérébrale à des éléments nerveux qui ne l'ont pas directement reçue ; la propagation, involontaire et fatale, a pour agents les cellules de la substance grise et les prolongements par lesquels elles sont reliées entre elles et avec les racines motrices. En assurant et en limitant les irradiations, cetle disposition anatomique des cellules et de leurs prolongements en départements circonscrits devient une condition capitale de la coordination motrice. Supposons, en effet, que pour une raison quelconque, peu importe en ce moment, ces irradiations diminuent en étendue et en intensité, ou que, au lieu d'exciter avec une égale force et une égale rapidité les divers éléments qu'elles doivent atteindre, elles perdent leur simultanéité et leur harmonie, et déterminent une réaction motrice plus énergique sur certains points ; il est clair que dans toutes ces circonstances l'enchaînement et l'harmonie des mouvements partiels seront troublés, il y aura ataxie, alors même que la coordination volontaire serait parfaitement intacte.

L'intégrité des irradiations spinales ou mouvemenls irradiés, tel est le premier élément de la coordination mécanique. L'intégrité des actions réflexes, voilà l'autre; et pour la fonction de locomotion en particuHer, il est plus important encore que le précédent; c'est un point qui a été trop méconnu. A chaque fois que la plante du pied touche le sol, l'encéphale reçoit l'impression tactile; mais en même temps, les éléments centripètes du système

excito-moleur,que j'ai appelé intermédiaire, appoi tenl une

impression nonperçueauxélémenls gris, qui correspondent aux racines sensibles des nerfs excités à la périphérie; cette excitation impressive se transforme en excitation motrice, de là des contractions musculaires ou un état statique, qui toujours parfaitement symétriques, contribuent puissamment à l'équilibre et à la coordination régulière du mouvement fonctionnel. C'est dans la locomotion naturelle que l'influence des actes réflexes éclate avec la plus entière évidence; en fait, leur intervention est puissante à ce point, qu'elle dispense du contrôle incessant de la volonté, et qu'elle transforme en un acte machinal une des opérations les plus complexes de la physiologie animale. Voyez en effet ce qui se passe.

La volonté donne l'impulsion première au mécanisme moteur, la marche commence ; l'encéphale n'aura plus besoin d'intervenir que pour la suspendre; jusque-là, la succession rhythmique des mouvements de flexion et d'extension qui constitue la marche, sera opérée par la moelle, et par la moelle seule, grâce aux excitations également rhythmiques que les nerfs sensibles transmettent aux éléments moteurs.

Délivré du soin de contrôler et de surveiller. les mouvements de progression, le sensorium peut s'abandonner complètement aux opérations de l'intelligence, la moelle s'acquitte pendant ce temps de son travail mécani(]ue, tout comme une machine une fois mise en activité, produit un mouvement adéquatcà son organisation inlérieurc. En somme, dans l'immense majorité des ca.s lorsque le terrain est uni et connu, lorsque la direction et la rapidité de la progression n'ont pas besoin d'être modifiées ,

la marche est une opération purement mécanique , accomplie parla moelle ; le rôle de la volonté se borne à commander et à arrêter le mouvement. C'est là tout à la fois, disais-je plus haut (1), une garantie puissante pour l'accomplissement régulier et continu des actes fonctionnels, et un privilège précieux pour les facultés de la volition et de l'attention; car elles trouvent dans cette disposition une indépendance et une liberté d'action, dont elles ne pourraient jouir si elles devaient choisir et combiner elles-mêmes les divers éléments de ces actes mécaniques complexes, et si elles devaient en outre en surveiller et en diriger incessamment l'exécution.

Tel étant le rôle capital des actes réflexes dans la coordination motrice on conçoit aisément les désordres fonctionnels qui résulteront d'une perturbation quelconque dans ce processus physiologique.

Arrivé au terme de cette analyse, je puis facilement résumer ces faits en quelques propositions.

La coordination motrice est subordonnée, en tant qu'opération volontaire , à l'intégrité du sens musculaire et accessoirement à l'intégrité du sens tactile ; en tant qu'opération involontaire et mécanique, elle résulte des irradiations spinales et de la motricité réflexe.

Transportons ces conclusions dans le domaine pathologique, et nous serons pleinement édifiés sur les conditions pathogéniques de l'ataxie du mouvement, elles sont toutes comprises dans l'équation physiologique que voici : ataxie du mouvement signifie abolition du sens musculaire, perturbation dans les irradiations spinales et

(1) Voyez page 119.

JACCOUD,

610 PA.THOGÉNIE DE l'ATÂXIE DU MOUVEMENT.

dans les actes réflexes. Si l'alaxie est complète toutes ces conditions seront présentes ; si l'ataxie est incomplète, quelqu'une d'entre elles pourra manquer; c'est à la sémiotique qu'appartient la solution de cette question secondaire.

Renseignés de la sorte sur la signification physiologique du phénomène ataxie, nous pouvons en déterminer sans incertitude la signification anatomique. Les fibres centripètes qui, directement ou indirectement, transmettent au sensoriura les impressions fournies par le sens musculaire et le sens du tact sont contenues dans le système spinal postérieur ; les couches grises antérieures, qui tiennent plus spécialement sous leur dépendance immédiate les irradiations spinales, sont intimement reliées aux couches grises et par là aux racines postérieures; enfin les racines et les fibres qui composent le système spinal intermédiaire ou excito-moteur, traversent dans toute son épaisseur le système postérieur pour gagner les cellules motrices ; conséquemment toutes les conditions physiologiques, au moyen desquelles la coordination motrice est réahsée, sont subordonnées à rintégrité parfaite du système spinal postérieur, et concluant par une proposition semblable à celle que j'ai précédemment formulée pour la paraplégie (1), je dirai : Le système spinal postérïeur est l'organe de l'ataxie du mouvement.

Je suis amené par là à établir dans l'histoire pathogénique de l'ataxie motrice les mêmes divisions que dans la paraplégie, car le système spinal postérieur, comme l'antérieur, peut être privé de ses aptitudes physiologiques

(]) Voyez page 284.

ATAXIES ORGANIQUES, 611

par une lésion matérielle, par une altération du sang, ou par une perturbation fonctionnelle. De là trois classes d'ataxies, savoir :

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