PATHOGÉNIE DE L'ATAXIE DU MOUVEMENT
chute; elle ne sait quand elle touche le sol, et ne peut réchauffer les extrémités inférieures, n
Dans le fait de Caillant (1), je lis : « Enfin, la sensibilité et la raotilité étaient affectées à un haut degré. M. R... avait presque complètement perdu le sens du tact, ses doigts étaient inhabiles à saisir de petits objets sans le secours de la vue, il se plaignait vivement d'une sensation insolite et pénible dans les extrémités inférieures, sa démarche était chancelante, incertaine. »
L'observation IV du mémoire de Maingault renferme un trait caractéristique : « Toutes les fonctions qui, dans l'état normal, sont instinctives, exigèrent un acte formel de la volonté ; il me fallait, pour marcher, vouloir mettre le pied gauche devant le droit, et ainsi de suite. Pour écrire, j'étais forcée de commander à ma main de former telle ou telle lettre, ou sans cela j'écrivais un mot pour un autre.
Dans l'observation Xqui a été communiquée à l'auteur par Duchenne, je vois que cet observateur a constaté à l'aide du dynamomètre, l'intégrité de la puissance musculaire, et à la suite de la relation est consignée cette remarque importante : « Ce fait rentre dans la classe de ceux qui font le sujet du mémoire de M. Duchenne, sur l'ataxie locomotrice progressive. La force musculaire était normale. Cet homme marchait avec peine ; les objets qu'il tenait dans les mains lui échappaient lorsqu'il ne regardait pas. B II est surprenant que ce fait n'ait pas conduit l'un ou l'autre de ces médecins distingués à reconnaître et à constituer l'ataxie diphthérique à côté de la paraplégie diphthérique.
(1) Observ. III de Maingault.
DlPHTHÉttlE. (535
Dans l'observation XIX du même mémoire, on voit que le petit malade tombait fréquemment pour le moindre obstacle; la marche était vacillante, l'enfant ne pouvait monter ni descendre un escalier.
Dans l'observation LXXXI , empruntée par Maingault au docteur Peler Eade, il est dit que la marche est vacillante, l'action réflexe presque nulle ; il y avait anesthésie des bras, des mains, des jambes et de presque tout le tronc.
Dans l'observation Vide la thèse de Pératé(l), je trouve les détails suivants: ce Le faciès perd son expression, la bouche grimace, la parole, l'articulation des sons deviennent pénibles, presque impossibles, il y a des fourmillements qui s'étendent jusqu'aux genoux et aux coudes, à partir des extrémités ; plus tard la marche devient impossible de désordonnée qu'elle était. » Ici la paralysie semble avoir succédé à l'ataxie.
Dans quelques-uns de ces faits, les détails peuvent paraître insuffisants pour une démonstration péremptoire de l'ataxie, c'est possible, mais ils sont amplement suffisants pour établir qu'il ne s'agissait pas d'une paraplégie véritable.
En 1863, Eisenmann que je n'ai pas eu l'honneur de voir pendant mon séjour en Allemagne, et qui n'a rien pu connaître de mon opinion sur ce sujet, arrivait de son côté et par l'étude des observations publiées, à la même conclusion (2); il l'a même généralisée bien davantage, et sur ce terrain, il m'est impossible de le suivre. Le savant cri-
(1) Pératé, Essai sur la diphlhérie. Thèse de Paris, 1858.
(2) Eisenmann, loc. cit.
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lique pense que la paraplégie diphthérique n'existe réellement pas; ce serait toujours de l'ataxie motrice, etdans quelques cas très-exceptionnels cette alaxie serait suivie d'une paralysie véritable; cette exclusion complète de la paraplégie n'est pas acceptable ; il est des observations et en grand nombre qui se rapportent positivement à une akinésie paralytique, et au moment même où j'avais dans le service le malade dont j'ai rapporté l'histoire, il m'en est arrivé un autre qui présentait, avec une paralysie du voile du palais, une paraplégie incomplète parfaitement caractérisée ; je n'ai pu être suffisamment éclairé sur les antécédents pour affirmer la nature de l'angine antérieure, mais cette lacune au point de vue qui m'occupe est sans importance, et l'élude comparative des deux malades n'a pas peu contribué;! m'éclairer sur la véritable nature des accidents que présentait le premier d'entre eux.
En résumé, me fondant à la fois sur le fait que j'ai observé, sur l'étude de quelques-uns des cas qui ont été englobés sous la rubrique, paralysie, je me crois fondé à admettre une nouvelle espèce dans les troubles de motilité que laisse après elle la diphthérie, et à établir à côté de la paraplégie l'ataxie diphthérique, dont la seule condition palhogénique actuellement connue est la dyscrasie morbide.
D'après Eisenmann, l'ataxie pourrait également succéder aux pyrexies du genre typhus; à priori, ce fait n'a rien d'invraisemblable, et il se concilie parfaitement avec nos connaissances sur la paraplégie de même origine, mais les deux observations de Steinthal et d'Eulenburg que
insTÉRiË. 637 elle Eisenmann, pour appuyer sa proposilion, ne me semblent pas assez explicites dans leur concision pour qu'il soit permis de conclure.
iltaxio fonctionnelle.
A cette dernière classe appartient l'ataxie hystérique. Elle la constitue tout entière, et le défaut de recherches cadavériques justifie seul le caractère fonctionnel que j'attribue à cette ataxie.
J'ai insisté à plusieurs reprises sur la multiplicité des conditions qui concourent h la coordination motrice normale, et j'ai montré que l'on pouvait, par l'analyse physiologique, saisir dans cette opération complexe deux processus différents , l'un constituant la coordination volontaire, l'autre la coordination automatique. Eh bien! dans l'hystérie, on observe deux formes d'alaxie répondant aux deux processus physiologiques indiqués, c'està-dire une ataxie par défaut de coordination volontaire, une ataxie par défaut de coordination automatique. La première, il est facile de le pressentir, résulte des troubles survenus dans le sens musculaire et dans le sens tactile (1); la seconde est l'effet d'une suractivité anormale dans l'excitabilité réflexe de la moelle, et conséquemment dans les irradiations spinales. J'ai déjà dit, en m'occupant du diagnostic des pseudo-paraplégies, que cette seconde forme a été très-bien vue et très-exactement analysée par Goupil, qui, malheureusement, lui a conservé le nom de paralysie, qu'elle ne mérite à aucun égard.
(l) Voyez, à ce sujet, un remarquable travail de Lasègue, De l'aneslliésie et de l'alaxie hystériques {Arch. gùn, de mdd., 1864).
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Il est remarquable que ces deux formes de l'ataxie hystérique sont toujours observées isolément; on conçoit fort bien la possibilité de leur réunion chez une même malade, qui présenterait alors un type d'ataxie aussi complet que celui qui caractérise la sclérose spinale, mais jusqu'ici aucune observation, que je sache, ne démontre la réalité du fait.