ATAXIE INCOMPLÈTE
de la motilité résultent simplement de la perte du sens musculaire ; le malade ne peut diriger aucun mouvement, ni en adapter les qualités d'étendue, de force et de direction au but voulu, à moins qu'il ne les contrôle incessamment par la vue. La démarche est donc hésitante, elle n'est point irrégulière ; elle est gênée et maladroite dans son ensemble, elle n'est point altérée dans les mouvements partiels qui la composent; elle est lente et inhabile, elle n'est point saccadée ni désordonnée. Sans le secours de ses yeux, le patient marche comme au hasard, n'ayant plus conscience des mouvements qu'il exécute non plus que de leur modalité; il n'avance qu'avec appréhension une jambe au-devant de l'autre, la moindre saillie à la surface du sol le fait trébucher et tomber, et s'il a perdu, ■ en outre, la sensibilité tactile de la plante du pied, il ne marche plus, il ne se tient pas même debout, parce qu'il ne se sent soutenu par aucun plan résistant; il lui semble qu'il est suspendu dans l'espace, cette absence complète de communication avec le sol qui le porte, lui donne l'impression du vide au-devant de lui, il pourrait marcher, il n'ose, tant il est dominé par la crainte d'une chute immédiate. Ces phénomènes bizarres disparaissent entièrement lorsqu'on rend au malade l'usage de la vue, et c'est là, indépendamment des signes directs tirés de l'examen delà démarche, un caractère distinctifde premier ordre entre cette forme d'ataxie et l'ataxie complète.
Quant aux mouvements commandés, ils sont ponctuellement accomplis s'ils sont dirigés par la vue; dans le cas contraire, le hasard seul en décide, parfois même le malade croit avoir obéi à l'ordre prescrit, alors que
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cependant il est resté parfaitement immobile; ses mains laissent tomber les objets qu'elles tiennent dès qu'elles ne sont plus commandées par le regard ; et la notion de la position des membres est ordinairement perdue. Mais ici doit intervenir une distinction qui me paraît avoir été méconnue.
Lorsque le membre, examiné à ce point de vue, est complètement soulevé, de telle sorte que les téguments ne soient en contact ni avec le plan du lit, ni avec une autre partie du corps, alors la proposition précédente est absolument vraie, -la notion de la position est perdue, quel que soit d'ailleurs l'état de la sensibilité tactile. Mais si le membre repose sur le lit, et d'une manière plus générale, s'il est dans une telle situation que la peau soit soumise à des .impressions de contact, alors la notion de position n'est perdue que si la sensibilité cutanée est elle-même anéantie.
Dans le cas contraire les impressions tactiles transmises à l'encéphale suffisent pour l'éclairer sur la position des membres, bien qu'elles ne puissent suppléer le sens musculaire pour l'exécution et l'appréciation des mouvements.
Telle est la raison des contradictions apparentes que présentent les observations ; lorsqu'on les compare, on voit que parmi les malades atteints soit d'alaxie par défaut de coordination volontaire, soit d'ataxie complète ; les uns avaient gardé la notion de position, tandis que les autres l'avaient perdue. Ces diflërences sont réelles, mais il n'y a là rien qui soit inexplicable, rien non plus qui puisse faire douter du rôle assigné au sens musculaire ; tout dépend de la situation dans laquelle les