ORIGINE DE L’ANESTHÉSIE
Le principe qui dirige l’exploration est toujours le même; un exemple sera le plus clair des exposés.
On a constaté chez un paraplégique l’anesthésie de la plante du pied, par exemple; alors on applique les pôles d’un appareil disposé pour l’électrisation de la peau (courant superficiel) sur les rameaux et le tronc du nerf sciatique, en remontant de l’extrémité du membre vers la racine; si, dans ces investigations successives, on arrive sur un point où le passage du courant détermine une sensation perçue, l’épreuve est terminée : il est bien évident que l’origine de l’anesthésie plantaire est périphérique ; la cause siège dans les rameaux ou dans le tronc du nerf, mais le plexus sacré, la queue de cheval et la moelle ont conservé leur conductibilité pour les impressions. Si, au contraire, l’expérience donne des résultats négatifs, si en remontant jusqu’au lieu d’émergence du sciatique, on constate toujours l’absence de sensation, il est certain que la condition de l’anesthésie ne réside point dans le tronc ou les rameaux périphériques du nerf, elle siège ou dans le faisceau sacré ou dans la moelle. Que l’examen du malade démontre alors qu’il n’existe chez lui aucune cause de compression sur les nerfs pelviens, et l’origine centrale de l’anesthésie est nettement établie. Il n’en résulte pas nécessairement, je le répète, que la modification centrale qui produit ce symptôme soit une altération matérielle; mais le fait est plus probable que lorsque la perte de la sensibilité est le résultat d’une modification bornée aux nerfs périphériques. Le diagnostic, en tout cas, ne peut que gagner à être exactement circonscrit.
Le procédé de Stich, d’une application plus facile,
JACCOUD.
h 98 SÉMIOTIQUE "DES PARAPLÉGIES,
donne des résultats qui ne sont pas moins satisfaisants; peut-être même les causes d’erreur sont-elles moins nombreuses, par cela seul qu’on ne fait pas intervenir un agent particulier, qui échappe, en partie du moins, au contrôle du médecin. La région privée de sensibilité est-elle le point de départ de mouvements réflexes ? voilà toute la question. Si la réponse est affirmative, tout est dit: l’origine de l’anesthésie est centrale; car pour qu’un mouvement réflexe ait eu lieu, il a fallu nécessairement que l’impression périphérique pût arriver à la moelle, et puisqu’il y a anesthésie, c’est-à-dire défaut de sensation, il faut qu’une cause quelconque interrompe les voies de la transmission centripète au-dessus du point de la moelle, qui a été le siège de l’acte réflexe. Si, au contraire, cette première épreuve est négative, si l’excitation de la partie insensible ne provoque pas de mouvement réflexe, on ne peut se prononcer d’emblée ; on suit le trajet des nerfs, et l’on recherche par des excitations successives (l’éponge imbibée d’eau chaude est l’agent le plus commode) si un segment plus élevé des téguments, animé par le même nerf sensible, est le point de départ de l’acte réflexe; ces conditions se réalisent-elles, la valeur de l’épreuve est aussi absolue que dans le premier cas, mais la signification en est précisément inverse, l’origine périphérique de l’anesthésie est ainsi mise hors de doute. Lorsque enfin l’expérience est négative jusqu’à la racine du membre, la question reste sans réponse , l’absence totale de mouvements réflexes étant également compatible, soit avec la perte de la conductibilité dans les troncs et les rameaux nerveux périphériques, soit avec une altération de la moelle.