‹ Études de pathogénie et de sémiotiqueChapitre 99 sur 123 · ANESTHÉSIE DOULOUREUSE · texte numérisé non relu

ANESTHÉSIE DOULOUREUSE

membres paralysés. L’impression détermine bien une sensation, par conséquent elle arrive bien jusqu’à l’encéphale, mais un intervalle appréciable sépare ces deux actes ordinairement simultanés; les voies de communication entre les nerfs cutanés et le cerveau sont plus lentement parcourues, et ce retard, qui peut aller jusqu’à trente secondes (Romberg), révèle clairement l’existence d’un obstacle dans les voies de transmission; c’est donc un signe positif de lésion matérielle, soit dans les conducteurs périphériques, soit dans les organes centraux. Si donc ce signe est constaté chez un paraplégique, il dénote une paraplégie organique; l’examen des autres phénomènes montrera si l’altération siège dans les nerfs ou dans la moelle elle-même. Tout en indiquant l’existence d’une lésion dans le système rachidien, ce signe, de même que le précédent, apprend en même temps que les cordons de transmission ne sont pas désorganisés, car dans ce cas il n’y aurait pas retard dans la perception , il y aurait absence totale de sensation.

Convenablement explorée et physiologiquement interprétée, l’anesthésie cutanée, qui est muette par ellemême, devient une source de renseignements importants. Le phénomène connu sous le nom d 'anesthésie douloureuse est un signe positif de lésion spinale ; voici en quoi il consiste : dans les points des membres inférieurs où une exploration méthodique a fait constater une anesthésie complète, le malade accuse des douleurs spontanées, plus ou moins vives, plus ou moins fréquentes. Vu l’abolition de la sensibilité cutanée, ces douleurs ne peuvent être autre chose que les manifestations excentriques d’un travail morbide central, et la réunion de ces deus

406 SÉMIOTIQUE DES PARAPLÉGIES.

symptômes établit immédiatement l’origine véritable de la paraplégie. L’anesthésie douloureuse coïncide constamment avec l’exagération des mouvements réflexes ; le moindre attouchement sur les parties qui sont le siège de cette anesthésie, le simple chatouillement avec la barbe d’une plume, provoque des secousses réflexes énergiques, souvent très-étendues ; la raison physiologique de cette coïncidence se conçoit aisément : les deux phénomènes sont les effets d’une même cause, à savoir, l’accroissement de l’excitabilité de la moelle, au niveau ou au-dessous de la lésion, qui a interrompu les voies de la transmission encéphalique.

L’anesthésie cutanée prend une signification bien plus précise, lorsqu’on a déterminé si elle provient d’un défaut de conductibilité dans les nerfs périphériques, ou d’un arrêt de transmission dans la moelle. L’origine centrale de l’anesthésie n’est point à elle seule l’indice d’une altération matérielle de l’axe spinal, c’est vrai, mais dans ce dernier cas cette altération est au moins probable, tandis que dans le premier on peut hardiment se prononcer pour la négative ; il est donc utile d’être éclairé sur ce point, et de ne pas s’en tenir à cette notion vague : il y a anesthésie cutanée. Deux procédés d’exploration peuvent être employés pour résoudre la question : l’un, basé sur l’étude des mouvements réflexes, a été proposé par Stich, il y a déjà plusieurs années (1); l’autre, basé sur l’emploi de l’électricité, a été récemment indiqué parBenedikt(*2).

(1) Stich, Empfehlung der Erregung von Reflexbewegungen als diagnostisches Hilfsmülel ( Annalen des Charité Krankenhauses zu Berlin , 1856).

(2) Benedikt Moritz, Die Méthode der elektrischen Untersuchung des Nervensystems zu diagnostischen Zwecken (AUg. Wien. med. Zeitung , 1863).

Page 1