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DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL

même alors il y a des différences saisissables dans le mode de progression.

La projection circulaire n’a point la brusquerie non plus que la violence qui sont observées chez l’ataxique; elle se fait avec une lenteur mesurée, je dirais volontiers cadencée, et lorsque le pied arrive au contact du sol, c’est souvent l’avant-pied qui l’atteint d’abord, après quoi le talon y retombe doucement. En aucun cas, on n’observe cette percussion bruyante du talon signalée depuis Horn comme l’un des traits caractéristiques du tabes dorsualis. Ferme-t-on les yeux d’un paraplégique, il éprouve naturellement l’anxiété morale et l’incertitude physique que ressent tout homme qui doit subitement marcher dans l’obscurité; peut-être même, ces impressions sontelles chez lui plus profondes en raison de la maladie dont il a conscience, mais si la marche en devient plus lente, plus hésitante, plus difficile, elle garde le même rhytbme qu’auparavant , l’équilibre persiste, la station debout reste possible, la terreur de la chute fait défaut.

Enfin, quelque iacomplète que soit la paraplégie, une exploration attentive permettra de reconnaître que les mouvements partiels ou de totalité des membres inférieurs ont perdu de leur force ; l’appréciation comparative de la force musculaire dans les membres supérieurs sera dans ce cas un auxiliaire très-utile.

C’est là le diagnostic qu’on pourrait appeler pratique ; quant au diagnostic théorique entre la paraplégie et l’ataxie motrice, il est tout entier dans cette formule sur laquelle j’appelle de nouveau l'attention : dans la paraplégie, ce qui manque aux membres inférieurs, c’est

656 SÉMIOTIQUE DE i/ ATAXIE DU MOUVEMENT, l’influence cérébrale; dans l’ataxie, ce qui leur fait défaut, c’est l’influence spinale.

Anesthésie plantaire. — L’anesthésie plantaire n’offre qu’un phénomène commun avec l’ataxie du mouvement, et ce n’est vraiment que pour mémoire que je signale ce diagnostic.

Dans les deux conditions, le malade est obligé de regarder ses pieds pendant qu’il marche, mais si l’allure dans son ensemble est hésitante et même oscillante (1), lorsque les indications fournies au sensorium, et les excitations transmises à la moelle par la sensibilité tactile de la plante du pied sont annihilées, les mouvements partiels qui concourent à l’acte de la progression sont parfaitement normaux et très-régulièrement coordonnés dans leur harmonie et leur succession ; pas de projection exagérée des membres, pas de contractions musculaires involontaires, conservation de la notion de position ; bref, pas un phénomène d’ataxie.

Au total donc, s’il est vrai qu’il y a là une cause d’erreur, il suffit d’en connaître la possibilité pour l’éviter constamment.

Titubation cérébelleuse. — En se fondant sur la texture anatomique de l’organe et sur ses rapports avec le mésocéphale, Stilling et surtout Schroder van der Kolk ont assimilé le cervelet à une vaste commissure, dont les fibres unissent d’un côté à l’autre les éléments symétriques qui, delà moelle, montent au cerveau; dans cette

(1) Voyez, page 471, la description plus complète des désordres produits par l’anesthésie plantaire, et les expériences de Heyd sur ce sujet.

Heyd, Der Tastsinn der Fussohle als Aequilibrirungsmitlel des Kûr pers beim Sleleii. Tübingen, 1862,

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL.

opinion que, pour ma part, j’accepte entièrement, le système transversal, émané des hémisphères cérébelleux, constitue, avec les commissures de la moelle, l’un des agents de l’équilibration stable dans la station et dans la progression (1). Cette interprétation enlève toute obscurité au fait clinique qui est celui-ci: à la suite de certaines lésions du cervelet, on observe, dans l’équilibre et dans la motilité, des désordres, qui offrent une analogie plus ou moins rapprochée avec l’ataxie motrice, et qui doivent cependant en être distingués. Il importe donc d’être parfaitement éclairé sur les caractères particuliers de ces phénomènes. Ils ont été décrits par Romberg, avec sa netteté et sa concision ordinaires ; voici ce passage : « La perte de l’équilibre et le défaut d’harmonie et de rapport des contractions musculaires nécessaires aux mouvements, sont alors des symptômes caractéristiques. Chez l’homme, l'expression de ces phénomènes est bien plus nette dans les

(1) Je n’ai pas besoin de faire remarquer, je pense, que le rôle assigné au cervelet dans l’équilibration générale du corps, est complètement différent de la fonction régulatrice qui lui a été momentanément attribuée, alors qu’on le regardait comme l’instrument d’une entité psychique artificielle, la coordination du mouvement. Aucun anatomiste, aucun physiologiste, que je sache, n’admet aujourd’hui la coordination cérébelleuse. Il y a heureusement des expériences qui tranchent définitivement les questions les plus débattues : « Dans aucune circonstance, dit Schrôder van der Kolk, on ne peut être fondé à voir dans le cervelet l’organe de la coordination des mouvements ; car les animaux auxquels on a enlevé le cerveau et le cervelet sont encore en état d’exécuter, par action réflexe, tous les mouvements coordonnés, le saut par exemple. »

Dalton, On the Cerebellum as the Centre of Coordination of the volun lary Movements (American J burn. of med. sc ., 1861).

Vulpian, Observ. de tubercule du cervelet (Gaz. mêd. de Paris , 1861).

Leven et Ollivier, Recherches sur la physiologie et la pathologie du cervelet (Ar ch. gèn. de méd ., 1862-1863).

JACCOUD.

658 SÉMIOTIQUE DE L’ATAXIE DU MOUVEMENT, membres inférieurs que dans les supérieurs. La station droite, la progression dans la direction droite sont impossibles; la station est chancelante, la démarche oscillante (1), même alors que le corps est soutenu par d’autres personnes. Les deux temps de la marche normale, l’appui et le mouvement, pour lesquels les deux pieds alternent avec une régularité harmonique, sont ici compromis; c’est du désordre dans l’oscillation ou dans le déploiement de la plante du pied, que dépendent le trébuchement et la titubation si féquemment observés alors. Cet état reste rarement isolé; il ne l’est guère que dans les intoxications qui agissent directement sur l’encéphale, dans le typhus par exemple, dans l’empoisonnement par l’opium, l’alcool, ou dans la période ascensionnelle de la méningite. Ordinairement ce désordre se lie ou fait place à la paralysie, comme on peut l’observer dans les lésions du cervelet et de la base du crâne (2). »

En somme, les désordres de motilité d’origine cérébelleuse sont caractérisés par la titubation de Y ensemble du corps, par des oscillations générales qui rappellent la station et la démarche des individus atteints d’ivresse, en un mot, par la substitution d’un équilibre éminemment instable à l’équilibre stable de l’état physiologique ; ajoutons à cela la sensation vertigineuse, l’illusion rotatoire

(4) Le mot taumeln dont se sert Romberg, est celui qui est employé dans le langage ordinaire pour désigner la démarche chancelante des individus qui sont pris de boisson.

(2) Romberg, Lehrbuûh der JServenkrankheilen des Menschen. Berlin,

Comparez :

Duchenne . Diagnostic différentiel des affections cérébelleuses et dé ï ataxie locomotrice progressive [Gaz. hebdom ., 1864).

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