DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
subjective ou objective, et nous aurons un ensemble de caractères positifs qui appartiennent en propre aux lésions du cervelet. D’autre part, les divers mouvements nécessaires pour raccomplissement de l’acte de locomotion restent intacts, la dissociation de l’harmonie préétablie entre les groupes musculaires fait défaut, les contractions involontaires dans les parties qui se meuvent, manquent aussi, voilà un ensemble de caractères négatifs, par lequel la titubation cérébelleuse se distingue nettement de l’ataxie motrice, et surtout de celle qui est symptomatique de la sclérose spinale postérieure.
Je rappelle que la titubation et la perte de l’équilibre ne sont pas les seuls troubles de motilité qui résultent des lésions cérébelleuses. J’ai montré plus haut(l) que l’altération du cervelet peut intéresser secondairement, soit les éléments terminaux du système spinal postérieur, soit les conducteurs de l’influence volontaire au centre rachidien, et que dans les deux cas elle détermine, avec la titubation caractéristique, des phénomènes positifs d’ataxie. C’est donc laisser de côté la moitié de la question que se borner à opposer la titubation cérébelleuse à l’ataxie motrice, ainsi que l’a fait Duchenne dans le travail précédemment cité. Deux ordres de manifestations sont possibles, on doit les prendre tous deux en considération. La titubation et le défaut d’équilibre peuvent exister seuls ; il faut alors distinguer ces désordres tout spéciaux de ceux qui constituent l’ataxie du mouvement; ce diagnostic vient d’être formulé. Mais lorsqu’aux phénomènes précédents s’ajoute une ataxie véritable, il faut être en mesure de
(1) Voyez page 627.
distinguer cette ataxie cérébelleuse de l’ataxie spinale, qui est ordinairement observée. C’est là, pour le diagnostic, une obligation qui n’est pas moins impérieuse que l’autre ; mais elle incombe au diagnostic pathogénique, je la retrouverai dans un instant.
Spasmes coordonnés. — Romberg a décrit sous ce nom des mouvements involontaires de gesticulation et de locomotion, qui reviennent par accès plus ou moins rapprochés, et sont accompagnés d’ordinaire d’autres symptômes cérébraux. Wichmann, Thilenius, Wicke, Roth, et d’autres observateurs avaient signalé ces désordres bizarres de la motilité, mais nul peut-être ne les a décrits avec autant de bonheur que le célèbre professeur de Berlin (1). Des caractères de premier ordre séparent ces spasmes de l’ataxie motrice. Ces mouvements sont le résultat d’une impulsion fatale et irrésistible, contre laquelle la volonté du malade reste impuissante; ils sont toujours parfaitement coordonnés ; qu’il s’agisse de sauts, de gestes, de rotation rapide ou de toute autre combinaison, le mode d’exécution de ces mouvements est physiologique ; l’équilibre n’est pas troublé; enfin ces désordres surviennent subitement pendant le repos, et ils ne sont point exclusivement liés à l’accomplissement des actes moteurs volontaires. C’est donc une alaxie du repos et non une ataxie du mouvement, distinction qui, comme je l’ai dit, établit une ligne de démarcation tranchée entre l’ataxie
(1) Wichmann, Ideen zur Diagnostik. Hannover, 1801.
Thilenius. Medicinische und chirurgische Beobachlungen. Leipzig, 1814.
Wicke , Versuch einer Monographie des grossen Veilstanzes und der unwillkührlichen Bewegungen. Leipzig, 1844.
Rôti», La musculation irrésistible. Paris, 1850.
Romberg, loc. cil.