SPHÈRE D’ACTION DES RACINES NERVEUSES
trices sur une longueur considérable de Y axe spinal. La communauté d’action est bien autrement intime, bien autrement impérieuse dans les groupes musculaires des membres, qui sont constamment et forcément unis pour l’accomplissement des grands actes fonctionnels de la locomotion et de la préhension ; aussi, puisent-ils tous la source de leurs mouvements dans un segment limité de la moelle, où l’impulsion volontaire les atteint nécessairement tous à la fois. Nous verrons dans un instant combien le groupement des racines motrices est admirablement complété, au point de vue de la fonction, par le groupement des cellules nerveuses.
On peut également recourir à deux méthodes différentes pour découvrir la sphère d’action périphérique des racines sensibles. On coupe toutes les racines postérieures excepté une, et l’on recherche alors quelles sont les parties du tégument externe qui donnent lieu à des sensations; c’est la méthode qu’a employée Eckhard. On peut, au contraire, faire la section d’un faisceau de racines et rechercher quels sont les points de la surface cutanée qui ont perdu leur sensibilité; c’est cette méthode que Türck (1) a mise en usage dans ses recherches, les plus complètes et les plus précises que nous possédions. En agissant successivement sur les racines postérieures du tronc et des membres, Türck a pu découvrir et représenter la configuration des diverses zones de sensibilité, correspondant à tel ou tel faisceau postérieur déterminé. D’après les figures qu’il a données, on voit que
(1) Türck, Ergébnisse der Experimenlaluntersucliungcn zur Ermessung der Hautsensibilitcilsbezirke der einzelnen Bückenmarksnerven (SMgungsberichte der K, K, Akad.su Wien, 1856),
88 PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
les zones de sensibilité du tronc sont disposées sous forme de bandes horizontales, qui entourent la circonférence de la moitié homologue du corps; sur les membres, la configuration des zones varie naturellement selon la position des extrémités, mais si on les place dans l'extension complète, ces zones se présentent comme des prolongements, détachés en forme de sinus, des bandes horizontales du tronc. Le même observateur a constaté que pour des points déterminés de la peau, l’impression est transmise par chaque racine, isolément et pour son compte, sans intervention des racines voisines. Il résulte enfin de ses investigations que dans les segments inférieurs des membres (jambe, pied, avant-bras, main), il n’est pas un point du tégument qui soit innervé par une seule racine sensible. Les recherches de Türck ont été faites sur des mammifères, et en particulier sur des chiens.
Quant à la loi qui règle dans leur distribution ultime les rapports réciproques des fibres motrices et des fibres sensibles, elle a été découverte dès 18A7 par Schroder van der Kolk (1), et elle mérite toute notre attention. L’anatomiste hollandais l’a formulée ainsi : « Lorsqu’un nerf mixte donne des branches motrices à der* muscles, ses rameaux sensibles se distribuent à cette partie de la peau qui est mue par ces mêmes muscles ; ou en d’autres termes : un nerf spinal envoie ses rameaux moteurs aux muscles, organes actifs du mouvement, et ses rameaux sensibles à la partie mise en mouvement. » Les preuves empruntées par Schroder à l’anatomie descriptive, ne laissent pas de doute sur la justesse de ce rapport, e tdans un
(i) Schroder van der l\olk, loc. cil