LOCALISATION DES IMPRESSIONS
comprendre que la moelle puisse transmettre au sensorium, comme impressions isolées et distinctes, les excitations multiples qui lui arrivent par les racines posté-
dans le muscle, et nous concluons que ce nerf conduit l’excitation du centre à la périphérie ; l’effet observé étant inverse, si l’excitation se porte sur un nerf sensitif, nous concluons que ce nerf conduit de la périphérie au centre, c’est bien ; mais rien ne prouve, dans ces expériences tant de fois répétées, que le cordon nerveux possède uniquement cette conductibilité en un sens que nous apprécions par ses effets ; lors même que le nerf moteur conduirait de la périphérie au centre, nous ne pouvons le constater, puisque la partie centrale du nerf n’est munie d’aucun appareil de sensation ; il en est de même pour le nerf sensible; s’il conduit du centre à la périphérie, nous ne sommes pas en état de l’apprécier, puisqu’il n’est pourvu à ses extrémités périphériques d’aucun appareil contractile au moyen duquel cette propriété puisse être mise en évidence. Cela étant, il est clair que l’examen des actes fonctionnels n’aurait jamais pu donner la solution cherchée ; mais la découverte du courant nerveux propre et de Yoscillalion négative a permis à du Bois-Reymond de constater et de démontrer expérimentalement le pouvoir conducteur des nerfs dans les deux sens ; qu’il s’agisse de fibres motrices ou de fibres sensibles, l’excitation se propage à partir du point excité dans les deux directions opposées, c’est-àdire vers la moelle et vers la périphérie ; du Bois-Reymond l’a vérifié nonseulement sur les nerfs mixtes des membres, mais aussi sur les racines antérieures et postérieures isolément ; dans l’un et l’autre cas, à partir du point tétanisé , l’oscillation négative se propage à la fois vers le centre spinal et vers les muscles.
Cette question paraîtra oiseuse ; qu’on y réfléchisse un instant, on en appréciera toute l’importance : il résulte du pouvoir conducteur des nerfs dans les deux sens, qu’il faut distinguer entre la transmission fonctionnelle et la transmission absolue ; il en résulte en outre que la conductibilité centrifuge ou centripète des fibres nerveuses ne dépend point des caractères particuliers de la fibre elle-même, mais uniquement de la nature des appareils avec lesquels elle est en rapport, soit dans les organes centraux, soit à la périphérie.
Du Bois-Reymond, Untersuchungen über thierische Elektrïcitat. Berlin, 1848-1849.
Comparez :
Kühne , Ueber die Endigungsweise der Nerven in den Muskeln und das doppclsinnige Leitungsvermôgen der moforisçhen Nerven (Mopatsbericht dçr Berliner Altademie , 1859)’
92 PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
Heures. Nous avons ainsi la raison anatomique de l’indépendance fonctionnelle bien positive que présentent les cercles de sensibilité de Weber, quelque nombreux qu’ils soient dans certaines régions de la surface cutanée ; et le rôle prépondérant des cordons blancs postérieurs dans la transmission des impressions de contact, nous apporte la démonstration physiologique du fait. Mais si les considérations précédentes nous apprennent comment la moelle, en vertu de ses fonctions conductrices, transmet les excitations sensitives comme impressions isolées et distinctes, elles ne nous éclairent nullement sur une autre difficulté, qui subsiste tout entière.
Si l’on excite sur plusieurs points simultanément la surface d’un même cercle de sensibilité, ces excitations multiples ne sont point transmises à l’encéphale , c’est une impression unique qui lui arrive ; de là l’unité de perception pour le même cercle de sensibilité, quel que soit d’ailleurs le nombre des impressions qui ont agi sur cette surface. Or, comment concilier cette unité de perception avec la transmission par la moelle d’impressions isolées? Weber avait vu la difficulté, et pour la résoudre, il avait eu recours à l’hypothèse ; selon lui, chaque cercle de sensibilité ne reçoit qu’une fibre nerveuse sensitive, de sorte que les excitations portées sur cette surface, quelque nombreuses qu’elles soient, ne peuvent atteindre qu’une seule et même fibre élémentaire, et s’il y a dans ce cas unité de perception, c’est parce qu’il y a eu en réalité unité d’impression. Cette opinion de Weber est restée à l’état d’hypothèse, elle a même perdu de sa vraisemblance ebde son crédit; en fait, c’est dans la texture du sys-