MÉCANISME DE L’ACTE RÉFLEXE
ver des mouvements réflexes dans les membres; vient-on à enlever l’encéphale, ou à soustraire la moelle à son influence par une section transversale complète, ces mouvements éclatent dans toute leur indépendance à chaque excitation.
Cette expérience qui démontre si clairement la prépondérance de l’innervation cérébrale sur l’innervation spinale, établit en outre, d’une façon péremptoire, que la propriété de produire des mouvements réflexes appartient complètement et exclusivement à la moelle (moelle épinière et moelle allongée); de là les trois méthodes usitées en physiologie pour l’étude de ces mouvements : l’ablation de l’encéphale ou la décapitation, la section de la moelle et le narcotisme.
Cette prédominance de la volonté atteint son maximum de puissance chez l’homme ; aussi tant que les fonctions cérébrales sont en activité, ne présente-t-il de mouvements réflexes isolés et indépendants, que dans les parties qui sont naturellement ou anormalement soustraites à l’empire de la volonté. Ainsi on observera constamment chez lui les mouvements réflexes de l’éternument ou de la toux, par exemple, parce que ces actes sont naturellement involontaires ; mais quant aux mouvements réflexes des extrémités, on ne les verra se manifester que dans les membres atteints de paralysie complète ou incomplète du mouvement volontaire.
Est-ce à dire cependant qu’il y ait entre l’action du cerveau et celle de la moelle, antagonisme inné; non certes, et je ne voudrais pas même dire avec Schiff qu’il y a conflit d’action ; je ne vois dans cette opposition apparente que la subordination naturelle de l’influence spinale à
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
l’influence cérébrale. Une comparaison empruntée à Schrôder van der Kolk (1) rendra clairement ma pensée, je l’espère.
Pour représenter d’une manière frappante les rapports des cellules motrices avec les fibres conductrices de la moelle, Schrôder compare chaque cellule à une petite pile, qui peut être chargée par deux voies différentes, par la fibre encéphalique qui lui apporte l’impulsion volontaire, et par la fibre réflexe qui lui transmet l’excitation péri* phérique; mais quel que soit le mode d’apport, la voie de dégagement est la même, c’est la racine motrice née de la cellule. Appliquons cette comparaison, toute schématique, à la question qui nous occupe, nous en verrons disparaître l’obscurité. Si l’on supprime l’une des voies d’excitation de la pile ou de la cellule, elle ne pourra plus être chargée que par la voie restée libre, et le mouvement qu’elle produira dans ce cas, sera l’expression distincte et isolée d’une seule espèce d’excitation ; si, par exemple, l’excitation volontaire est abolie, le mouvement déterminé par la moelle n’est plus que le résultat de l’excitation réflexe, laquelle apparaît alors dans tout son jour et dans toute sa puissance, parce qu’elle est dégagée de l’influence avec laquelle elle est ordinairement combinée. Supposons, au contraire, le petit appareil parfaitement complet, et recevant à la fois l’excitation qui lui vient du cerveau et celle qui lui vient de la moelle; qu’arrive-t-il alors? Ou bien le mouvement commandé par la volonté présentera les mêmes caractères, la même direction que
(1) Schrôder van der Kolk, Van het fijinerc Zamenslel en de Werking van hGtverlcngdo Rnggcmerg. Amsterdam, 1858.
Soliiff, loc. cil.
MÉCANISME UE l’aCTK ftÉFLEXE. ï 05
le mouvement involontaire succédant à l’excitation réflexe ; dans ce cas, les deux influences concourront simultanément à la production du même effet, et le mouvement effectué pourra être considéré comme la résultante de deux forces de même sens ; ou bien, au contraire, le mouvement voulu sera incompatible , en raison de sa nature, de sa direction ou de son étendue, avec le mouvement spinal, dont les caractères sont invariablement les mêmes ; alors Y excitation réflexe a lieu aussi bien que dans le cas précédent, mais la manifestation de cette excitation fait défaut ; elle ne peut se produire, parce que à ce moment même la volonté a disposé les muscles pour un mouvement, ou pour un état différent; en d’autres termes, la double excitation a constamment lieu, mais les manifestations qui tendent à se produire à la la suite, peuvent être incompatibles; dans ce cas, nous ne voyons pas qu’il y ait lutte entre les deux influences, comme l’exige la théorie de l’antagonisme ; nous ne voyons pas davantage que le mouvement accompli soit un mouvement mixte, comme cela devrait être dans la théorie du conflit d’action; nous ne voyons apparaître, en réalité, qu’une seule manifestation, laquelle n’est ni gênée ni amoindrie par la tendance motrice différente dont elle a triomphé. Il est donc évident que l’une des deux excitations est naturellement plus puissante que l’autre, et l’expérience enseigne que cette prédominance est dévolue à l’excitation volontaire.
Cette subordination naturelle et innée de l’innervation spinale à l’innervation cérébrale, n’est constante que dans l’état sain ; ce rapport normal peut être renversé sous l’influence d’un grand nombre de conditions mor-
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
bides ; alors l’excitabilité propre de la moelle révèle sa puissance, soudainement accrue, par des mouvements violents, sur lesquels la volonté n’a absolument aucune prise, des convulsions éclatent.
Sans recourir, du reste, à l’observation pathologique, on peut, dans une expérience très-simple, constater à la fois et la subordination des mouvements réflexes aux mouvements volontaires, et la prépondérance anormale que prend parfois l’excitabilité spinale. Lorsqu’il est pratiqué à l’ improviste, le chatouillement de la plante du pied provoque, même chez l’homme en parfaite santé, des mouvements réflexes très-évidents ; cet effet n’est jamais plus marqué que lorsque l’individu sur lequel on agit est livré à une occupation qui distrait et absorbe l’innervation cérébrale. Si le chatouillement est annoncé, le même individu, par une impulsion puissante de sa volonté, peut maintenir le membre dans le repos absolu; la manifestation de l’excitation volontaire qui est ici l’immobilité, est inconciliable avec la manifestation de l’excitation réflexe qui est le mouvement, et en raison de la subordination naturelle qui les relie l’une à l’autre, l’influence de la volonté apparaît seule, l’immobilité est obtenue.
Mais qu’on prolonge l’expérience, on sait ce qu’il en adviendra. Au bout d’un temps variable, l’innervation volontaire est défaillante, l’excitation incessamment répétée du centre spinal en accroît le pouvoir réactionnel, des mouvements réflexes se produisent; partiels d’abord, ils apparaissent ensuite dans les deux membres inférieurs, enfin, des éclats de rire et des secousses générales viennent démontrer l’anéantissement de la puissance