FORME DES MOUVEMENTS REFLEXES
Ces phénomènes sont d’autant plus intéressants, qu’ils fournissent, comme je l’annonçais dans le chapitre précédent, une démonstration irréfutable du rôle de la moelle dans l’association et la coordination des mouvements; cette étude étant faite sur des animaux privés d’encéphale, il n’y a plus à faire la part de l’influence du cerveau et de celle de la moelle : il est certain que les mouvements produits sont uniquement des mouvements spinaux; il est certain, par cela même, que les attributs et les caractères de ces mouvements sont sous la dépendance exclusive de l’axe rachidien.
Cela étant, voici les résultats de l’observation (1) :
Lorsque l’excitation du tégument externe est limitée ; lorsque, même, elle n’atteint qu’une ou deux fibres nerveuses sensibles, jamais l’excitation motrice qui succède, n’est bornée à une seule fibre motrice ; elle se répand sur un groupe plus ou moins considérable de racines motrices. Cette règle n’a pas d’exception. En usant d’excitations à la fois limitées et modérées, on obtient la démonstration physiologique de la loi anatomique de Schrôdervan der Kolk(2), touchant la distribution réciproquedes
(1) Kürschner, Uebersetsung von Marshall- Hall’ s Abhandlungcn über das Nervensystem. Marburg, 1840.
Henle, Rationelle Pathologie, I. Braunschweig, 1850.
Valentin, J ahresbericht über 1853.
Ludwig, Lehrbuch der Physiologie des Menschcn. Leipzig und Heidelberg, 1858.
(2) Schroder van der Kolk , Bau und Functionen der Medulla spinalis und oblongata. Aus dem hollandischen von F. W. Theile. Braunschweig, 1859. Je rappelle que les premiers travaux de l’auteur remontent à 1847.
Comparez :
Peyer, Ueber die peripherischen Endigungen der motorischen und sensibeln Fasern der in den Plexus brachialis des Kaninçhen einlretenden Nervenwurzeln (Z eilschr. fur ration . Medic., 1853).
JACCOUD.
il/l PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE.
filets sensitifs et des filets moteurs d’un même nerf mixte ; les mouvements réflexes produits dépassent toujours de beaucoup le domaine de la fibre sensible excitée, mais ils restent bornés aux muscles animés par le tronc nerveux dont cette fibre fait partie. Chez l’enfant nouveauné, dont l’innervation volontaire est si peu développée, qu’elle est problématique, l’expérience réussit très-bien. On chatouille légèrement la paume . de la main sur un point très-limité; bientôt, à la suite de cette excitation qui a atteint l’un des filets sensibles du nerf médian, tous les muscles animés par ce nerf se contractent, et la main se ferme; fait-on, au contraire, porter l’excitation sur le dos de la main, préalablement fermée, le mouvement réflexe s’étend à toute la sphère du nerf radial, mais il y reste limité, l’extension de la main et de l’avant-bras a lieu.
Ces premières observations nous apportent donc deux enseignements: l’excitation centripète, quoique limitée à son point de départ, atteint constamment un ou plusieurs groupes de fibres motrices ; les groupes atteints sont associés au point de vue de la fonction. Non-seulement, en effet, toutes les fibres d’un même muscle sont excitées à la fois (aucun mouvement réflexe n’a la forme d’une contraction musculaire partielle), mais, en outre, si l’excitation motrice se répand au delà, les muscles intéressés sont toujours ceux qui concourent normalement à l’accomplissement d’un même mouvement, ou d’un même acte fonctionnel. C’est ainsi qu’on voit se contracter par action réflexe tous les fléchisseurs, tous les extenseurs ou tous les adducteurs d’un membre, suivant le point du tégument qui a été excité. Or, comme ici il n’v a plus de