FORME DES MOUVEMENTS RÉFLEXES
cerveau, plus de volonté qui puisse associer les muscles, il est bien clair que la condition de cette association toujours la même, aussi bien pour les mouvements volontaires que pour les mouvements involontaires, préexiste dans la moelle, et nous voyons reparaître avec une incontestable évidence le rôle des groupes de cellules motrices anastomosées. De même que l’association des muscles congénères est fatale dans les mouvements volontaires, parce qu’une fibre encéphalique porte nécessairement l’impulsion de la volonté à tout un groupe de cellules, de même l’association est indissoluble dans les mouvements réflexes, parce qu'une fibre excito-motrice transmet l’impression périphérique à un groupe entier de cellules, d’où naissent toutes les racines motrices d’un même groupe musculaire.
Mais les mouvements réflexes ne sont pas seulement remarquables par l’association constante de certains muscles, ils sont en outre mécaniquement combinés et coordonnés. Cela est évident pour les mouvements complexes de l’éternument, de la toux, de la respiration, qui sont sous la dépendance de la moelle allongée, et il n’est pas besoin d’insister; mais cette combinaison, cette coordination ne sont pas moins frappantes dans les mouvements réflexes, qui opèrent le déplacement des membres en totalité. On étend les membres d’une grenouille décapitée, et l’on excite un peu vivement l’un des membres postérieurs; aussitôt les fléchisseurs et les adducteurs combinent leur action dans les deux membres de derrière, et rapprochent du tronc les extrémités qui étaient étendues ; puis les extenseurs entrent en activité, ils s’associent pour produire un mouvement d’extension, et la résul-
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
tante finale de ces mouvements partiels si bien coordonnés dans leur direction et dans leur succession est un mouvement de locomotion; c’est un saut si la grenouille est sur terre, c’est un mouvement de natation si elle est dans l’eau (Volkmann) (1). Sauf la lenteur avec laquelle il est produit, ce mouvement involontaire n’a pas été autrement composé, autrement coordonné que le mouvement volontaire correspondant chez l’animal sain. Je ne sache 'rien de plus remarquable que cette coordination nécessaire et constante, résultant d’une simple disposition anatomique de la moelle, en vertu de laquelle l’animal se meut suivant les conditions préétablies de son espèce, alors même qu’il a perdu, avec l’encéphale, la faculté de la détermination volontaire. Qu’on ne croie pas d’ailleurs que cette coordination innée des mouvements réflexes soit le propre des animaux inférieurs ; nous savons que ceux de ces mouvements qui dépendent de la moelle allongée (clignement, toux, etc.) sont harmonisés chez les mammifères aussi bien que chez les grenouilles ou tel autre animal qu’on voudra, et il en est de même des mouvements des membres.
L’expérience suivante de Volkmann, qui a été maintes fois répétée , le démontre clairement. Sur de jeunes chiens, Volkmann enlève l’encéphale (cerveau et cervelet), puis il pince fortement l’oreille de l’animal : le chien fléchit le membre antérieur de ce côté pour le lever, puis il l’étend en le portant en haut et en avant, comme pour éloigner la main qui tient l’oreille, et tous
(1) Volkmann, art. Nervenphysiologie> inWagner’s Handivôrterbuch der Physiologie . Braunschweig , 18/14.