ACTION SUR LE CŒUR
alors même qu’on a soin d’entretenir la respiration artificielle, les désordres produits sont si graves, les qualités normales du sang, qui parcourt les cavités du cœur, sont tellement modifiées, que les mouvements de l’organe deviennent par cela même tumultueux et irréguliers, de sorte qu’il est téméraire de tirer une conclusion quelconque d’une observation faite dans ces conditions. Il faut donc revenir ici à la méthode de l’excitation directe, j’ai déjà dit quels résultats elle a donnés entre les mains de Weber; Moleschott (1) en a tout dernièrement vérifié l’exactitude, en y ajoutant une donnée importante sur laquelle l’expérimentation ultérieure devra prononcer ; suivant lui, en effet, l’excitation de la moelle épinière produit bien réellement une accélération des mouvements cardiaques; mais si l’excitation dépasse un certain degré d’intensité que l’on détermine par tâtonnements successifs, un effet inverse se produit, et les battements se ralentissent d’une façon notable. Chez les grenouilles, on peut même les arrêter complètement, et ils reprennent leur rhythme normal lorsque l’excitation est supprimée. Ainsi le fait le plus certain dans tout ceci, c’est que la moelle épinière, et en particulier, la moelle cervico-dorsale, exerce une influence accélératrice sur les mouvements du cœur, influence qui est transmise à l’organe par les nerfs sympathiques; quant au renversement de ce mode d’action sous l’influence d’une excitation trop grande, les expériences de Moleschott paraissent l’établir nettement; cependant de nouvelles recherches sont nécessaires sur ce point.
(1) Moleschott, Dell ’ influenza dellct midolla spinale e oblongata sulla frequenza degli movimenti del cuore ( Giornale délia R. Accademia medico-chirurg . di fyrino, 1863).
160 PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
Pour terminer l’étude de l’action propre de la moelle dans ses rapports avec les mouvements organiques , je devrais maintenant examiner l’influence toute spéciale qu’elle exerce sur les mouvements des vaisseaux par l’intermédiaire des nerfs dits vaso-moteurs; mais je serais conduit de la sorte à scinder un sujet qu’il est certainement préférable d’exposer dans son ensemble, et les mouvements vasculaires trouveront naturellement leur place lorsque j’étudierai, à un point de vue général, l’action de la moelle sur les circulations locales, sur la calorification et sur la nutrition.
Mouvements automatiques . — Mais il est une autre question que je ne puis me dispenser d’aborder. Quelle est la nature des divers mouvements organiques que nous venons de passer en revue? Ce ne sont assurément pas des mouvements volontaires ; sur ce point il n’y a pas de doute possible; mais la classe des mouvements involontaires comprendrait, selon quelques physiologistes, deux ordres de mouvements bien distincts, savoir : les mouvements involontaires réflexes , et les mouvements involontaires automatiques. Les premiers succèdent , comme nous le savons, à une excitation qui atteint les parties motrices de la moelle, les seconds se produisent, sans excitation préalable, par l’action spontanée des centres fonctionnels moteurs.
Les observateurs qui admettent dans la sphère spinale ces deux espèces de mouvements involontaires, voient dans les mouvements organiques précédemment étudiés, le type des mouvements automatiques. On conçoit l’importance de cette question ; si elle est résolue par l’affirmative, il faut admettre dans la moelle, non plus de simples