EXCITABILITÉ DES NERFS
tion. Ces désordres matériels commencent-ils en même temps que le désordre de la fonction, ces deux ordres de faits sont-ils exactement contemporains? C’est là une question indécise encore ; les observations faites jusqu’ici porteraient à la résoudre par la négative; tandis, en effet, que l’excitabilité est compromise dès le deuxième jour, ce n’est guère qu’au cinquième jour qu’apparaissent pour la première fois les changements caractéristiques; d’après Schiff (1), ce retard serait même un peu plus considérable ; « peu de jours après la perte de son excitabilité, dit-il, le nerf commence à présenter, dans son tronçon périphérique, des modifications dans son aspect microscopique. )> Il est vrai que l’auteur ajoute en même temps que ces modifications commencent peut-être plus tôt, dès le quatrième jour, et que sans être appréciables pour nous, elles sont la cause de l’abolition de l’excitabilité; mais comme on le voit, c’est là une simple hypothèse ; encore cette hypothèse ne rendrait-elle pas compte de la diminution de l’excitabilité dès le deuxième jour.
Ce n’est point ici le lieu de décrire cette transformation des nerfs moteurs séparés de la moelle; je dirai seulement que cette altération consiste dans une dégénérescence graisseuse, produite par la métamorphose des substances albuminoïdes qui forment le contenu du nerf,
veux. Berne, 1852. — Mémoires sur le système nerveux ( Compt . rend, de l’Acad. des sc., 1852-1853).
Budge, Vorlaufige Mütheilung einer neuen Enldeckung in der Ner venphysiologie (Froriep’s Tagesbericht, 1862).
(1) Schiff, Ueber den anatomischen Charakter gelâhmter Nervenfasern und die Ursprungsquelle des sympathischen Nerves ( Archiv fur physioL ■ Heilkunde , XI, 1852). - — Ueber Degenercition und Régénération der Nerven ( Zeitsclir . fur wissenscli. Zoologie, VII). — Lehrbuch der Physiologie. Lahr, 1858,
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
en matières grasses. La substance médullaire se coagule, puis elle se sépare en fragments régulièrement cuboïdes; ces fragments, contigus d’abord, se resserrent et par conséquent s’éloignent, de sorte que dans l’intervalle qui les sépare la continuée du nerf n’est maintenue que par la gaine externe; bientôt les angles de ces petits cubes s’émoussent et s’arrondissent, et l’on voit apparaître de grosses gouttes de graisse brillantes, qui se divisent et composent bientôt à elles seules tout le contenu du nerf; alors, pour employer la comparaison de Funke, le cordon nerveux dans son ensemble ressemble à une série moniliforme de gouttes de graisse qui sont maintenues par la tunique externe. Schilf croit pouvoir conclure de ces observations que le cylindre de l’axe échappe à cette transformation et reste intact ; toutefois les résultats obtenus par Lent, Küttner et Funke (1) ne permettent pas encore d’accepter définitivement cette opinion. Quant à la persistance de la tunique externe des fibres nerveuses élémentaires, elle est au contraire parfaitement démontrée ; il n*y a sur ce point aucun doute possible ; cette circonstance a même donné lieu à une erreur qu’il est nécessaire de signaler.
En retrouvant au milieu des fibres nerveuses dégénérées depuis plusieurs mois ces gaines corticales, sous forme de canalicules pâles et ratatinés, pourvus de noyaux longitudinaux, en voyant en outre que ces noyaux réfractent la lumière exactement comme la substance médullaire du nerf normal, Waller avait été conduit à regarder
(1) Lent, Beitrag sur Lehre von der Régénération der Nerven ( Zeitschr . für wissensch. Zoologie , VII).
Küttner, De origine nervi sympathici ranarum. Dorpati, 1854.