DÉGÉNÉRESCENCE PARALYTIQUE
teurs sont sectionnés, c’est vrai, mais il observe des individus chez lesquels le segment de moelle, qui donne naissance à un groupe de racines motrices, est tellement altéré, qu’il peut être regardé comme totalement détruit; dans ce cas, les nerfs sont bien et dûment séparés de leur organe central, et le fait pathologique équivaut à la section expérimentale. N’est-il donc point utile d’être éclairé sur les conséquences de cette lésion?
Les développements qui précèdent me semblent d’autant mieux à leur place, qu’ils me permettront de prévenir une erreur trop fréquemment commise; ce n’est pas une lésion quelconque de la moelle qui produit dans les cordons nerveux les désordres fonctionnels et organiques que nous avons étudiés ; il ne suffit pas, pour les voir apparaître , qu’une partie de la moelle soit soustraite à l’influence cérébrale, même pendant un temps fort long ; il faut que le segment d’où naissent les racines nerveuses soit complètement altéré dans son épaisseur; dans ce cas seulement ces racines sont réellement séparées de leurs origines centrales, dans ce cas seulement l’altération morbide de la moelle déterminera les mêmes effets que la section du cordon nerveux lui-même. Nous verrons que cette distinction n’est pas moins nécessaire lorsqu’il s’agit de l’excitabilité musculaire.
La dégénérescence graisseuse type, qui succède à la perte de l’excitabilité, a été regardée à juste titre comme le résultat d’une perturbation profonde dans la nutrition du nerf; et comme cette dégénérescence ne se produit pas dans un nerf soustrait à l’influence du sang, et privé par conséquent de ses matériaux nutritifs, du moment que ce nerf est encore en rapport avec son organe central, on
172 PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
fut amené tout naturellement à conclure que la moelle exerce par elle-même une influence directe et spéciale sur la nutrition des nerfs; en d’autres termes, on admit dans l’axe rachidien des centres de nutrition. Dès lors, il était tout simple que la séparation du nerf et de son centre nutritif déterminât les altérations graves, observées en pareil cas. Partant de cette idée, on se préoccupa de trouver le siège exact de ces centres de nutrition ; c’est alors qu’ont commencé les difficultés et les mécomptes.
Je ne suivrai pas la discussion encore pendante aujourd’hui entre Waller et Schiff touchant la localisation des centres nutritifs. Waller place le centre de nutrition des nerfs moteurs dans l'intérieur même de la moelle, Schiff le fixe tout près de la moelle, mais il le croit dans la racine motrice plutôt que dans l’axe spinal; le centre de nutrition des nerfs sensibles est, d’après le premier observateur, dans les ganglions spinaux ; mais, d’après Schiff, il n’est pas tout à fait dans le ganglion, il est un peu à côté. C’est assez ; laissons ces subtilités auxquelles je ne puis attacher une grande importance, parce que l’existence même de ces centres nutritifs me semble encore problématique, et arrêtons-nous sur une donnée plus intéressante pour le médecin, en raison des applications cliniques qui en découlent.
Pour qu’un nerf garde son excitabilité, il ne suffit pas qu’il conserve ses rapports normaux avec le liquide en circulation, il ne suffit pas non plus qu’il conserve ses liens naturels avec les organes centraux, il faut encore que cette excitabilité soit mise en jeu par ses agents ordinaires; il faut, en d’autres termes, que le nerf soit soumis