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QUESTION DE L’IRRITABILITÉ IIALLÉRIENNE

poursuit ces recherches, et ces deux physiologistes arrivent à cette conclusion : lorsque les nerfs moteurs sont paralysés par le curare, l’excitation de ces nerfs ne produit plus aucune secousse musculaire, mais si l’on applique le stimulus directement sur le muscle, on obtient des contractions, comme avant l’empoisonnement. Ces travaux remarquables ont tiré de la tombe l’irritabilité hallérienne ; son existence semblait cette fois définitivement assurée, car Bernard et Kôlliker annonçaient que le curare frappe tout d’abord les fibres nerveuses intra-musculaires, et ils renversaient ainsi le principal argument élevé contre la théorie de Haller. Mais leurs conclusions, si légitimes en apparence, ne peuvent encore être acceptées; depuis l’époque où cette question est à l’étude, les expériences ont été répétées et variées à l’infini ; on a cherché la consécration des résultats annoncés, dans l’action opposée de certaines substances (sulfocvanure de potassium, vératrine) qui paralyseraient la fibre musculaire sans altérer l’excitabilité des nerfs moteurs, mais rien encore ne démontre nettement, sans objection possible, l’existence de l’irritabilité musculaire dans le sens de Haller. Des appareils spéciaux, annexés aux divisions ultimes des nerfs moteurs, ont été découverts (Krause) (1), il a été constaté que la fibre nerveuse pénètre dans l’intérieur de la fibre inuseulaire primitive; enfin, les dernières divisions des nerfs moteurs échappent à la

rara ( Archiv fur path. Anat XI; Comptes rendus de l'Acad. des sc.t 1857).

Pelikan und Kôlliker, Untcrsuchungen Über die Einwirkung einiger Gifte auf die Leilungsfdhigkeit der Muskeln ( Verhandlungcn der Wurzb. physikal. med. Gesellsch., 1858).

(1) Krause, loc. çit.

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dégénérescence paralytique précédemment étudiée ; voilà tout autant de raisons qui plaident contre l’irritabilité, car rien ne prouve que dans la paralysie des rameaux extra-musculaires, les rameaux terminaux soient également atteints, puisqu’ils constituent véritablement par leur disposition tout exceptionnelle, un appareil spécial; bien plus, Funke a montré par des expériences trèsprécises que cette paralysie des troncs moteurs n’est qu’apparente.

J’ai rappelé prédécemment que la contraction musculaire n’est pas le seul moyen de contrôle de l’excitabilité des nerfs moteurs, et que l’examen de la puissance électro-motrice donne à cet égard des résultats plus significatifs encore. Partant de ce principe que l’intégrité du courant nerveux propre, et la persistance des modifications qu’il subit normalement sous l’influence de l’excitation directe du nerf (oscillation négative), sont une preuve incontestable de la conservation de l’excitabilité dans le nerf en expérience, Funke(l), a recherché dans un grand nombre d’épreuves quel est l’état de la force électro-motrice dans les nerfs après l’empoisonnement par le curare, et il a constaté que cette puissance, loin d’être affaiblie, est augmentée dans tous les nerfs périphériques, aussi bien dans les sensibles que dans les moteurs : cet accroissement est encore manifeste vingt-quatre heures après l’empoisonnement. De là, cette conséquence : les rameaux moteurs extra-musculaires ne sont pas paralysés sous

(1) Funke, Beitrag zur Kennlniss der Wirkung d. Urari ( Berichtder K. sachsischen Gesellsch. der Wissensch. matli. phys. CL , 1859). — Beitrag. zur Lehre von der Mushelreizbarkeit ( Eod . loco , 1859). — Lehrbuch der Physiologie. Leipzig, 1860.

QUESTION DË l/lRRlTABILlTÉ IIALLÉR1ENNE. 187 l’influence du curare; ce fait a été constaté également par Haber, qui s’est servi d’une tout autre méthode.

D’un autre côté, une expérience très-ingénieuse d’Eckhard (1), permet d’affirmer que, lorsque les rameaux intra-musculaires sont réellement paralysés, toute contraction cesse dans les muscles, alors même que l’on fait porter l’excitant directement sur le tissu musculaire. Lorsqu’on soumet un tronc nerveux à un courant constant ascendant, le nerf se paralyse, et l’étendue du segment nerveux paralysé, est directement proportionnelle à l’intensité du courant employé ; si donc, l’irritabilité hallérienne existe, on doit voir les contractions musculaires par excitation directe, persister intactes* alors même que le courant ascendant est assez fort pour paralyser tous les rameaux du nerf, jusqu’à leur terminaison^ Or, c’est ce qui n’a pas lieu ; toutes les fois qu’Eckhard a employé un courant assez puissant pour que l’influence paralysante se fit sentir jusqu’aux rameaux intra-musculaires (ils sont dits alors en état ane le ktr otonique) , il a constaté qu’un second courant dirigé à travers le tissu rnüscülaire lui-même, ne produisait plus aucune contraction au moment de l’ouverture et de la fermeture. Appuyé sur ces faits, il nie complètement l’irritabilité musculaire.

Je ne pousserai pas plus loin cette analyse; l’examen des travaux de Heidenhain, Pflüger, Kühne, Rosenthal et Setschenow (2), m’entraînerait beaucoup trop loin, et d’ailleurs, nous ne pourrions pas même formuler une

(1) Eckhard, Beilritge zur Anal, und Physiologie , I. Giessen, 1855.

(2) Heidenhain , Beitrage zur Kenntniss der Zuclcungsgesetze ( Archiv fur physiol. Heilk 1859).

Pflüger, Untersuchungen uber die Physiologie des Elejitr otonus. Berlin,

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conclusion positive. Il me suffit d'avoir montré que la question n’est pas résolue, et qu’il est impossible de par' 1er aujourd’hui de l’irritabilité musculaire comme d’une propriété démontrée.

Que penser après cela des auteurs qui décrivent les caractères différentiels de l’irritabilité hallérienne et de l’excitabilité névro-musculaire, sans se douter même que la première puisse être contestée? Que penser de ceux qui, plus téméraires encore, voudraient rapporter certaines paralysies à l’abolition de cette irritabilité problématique? Que penser, enfin, de la confusion par laquelle Duchenne (4) a assimilé l’irritabilité hallérienne à la contractilité électro-musculaire? Cette confusion est tellement étrange, que si je n’en établissais la réalité, on pourrait m’accuser d’exagération; or, voici le fait : Duchenne explore la contractilité d’un muscle au moyen de l’électropuncture ; il constate l’absence de secousse, et il en conclut que l’irritabilité musculaire est détruite. Quel est le

1859. — Kühne, Ueber die Wirkung des amcrikanischen Pfeilgiftes (Monatsbericht der Berliner Akadem., 1860).

Rosenthal , Ueber die relative Sttirke der directen und indireclen Mus kelreizung (Moleschott’s Untersuchungen zur Naturlehre , III).

Setsclienow, Einiges Hier die Vergiflung mit Schwefelcyankalium (Archiv fur path. Anatomie , XIV, 1858).

Haber , Quam vim venenum curare exerceat in nervorum cerebro spinalium systema. Breslau, 1857. — Müller’s Archiv , 1859.

Von Bezold, Ueber die Einwirkung des Pfeilgiftes auf die molorischen Nerven ( Monatsbericht der Berliner Akad., 1859).

Martin Magron et Buisson, Note sur les effets comparés du curare et de la strychnine ( Comptes rendus de l’Acad. des sc ., 1859). — Action comparée de l’extrait de noix vomique et du curare sur l’économie animale (Journal de Physiologie , 1859).

(1) Duchenne, Mémoire présenté à l’Acad. des sc ., 1846, — De l’électrisation localisée , Paris, 1861,

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rapport qui relie le fait à la conclusion, je le cherche en vain.

Je ne vois pas comment l’observateur, dans cette exploration, a pu faire la part de la fibre nerveuse et de la fibre musculaire ; je ne vois pas non plus comment il a distingué entre l’excitabilité névro-musculaire et l’irritabilité hallérienne; je ne vois rien, enfin, qui l’autorise à déduire l’absence de cette irritabilité de l’absence de contraction à la suite de l’électro-puncture. Cette confusion est d’autant plus regrettable, qu’elle a conduit l’auteur à une singulière assertion; voici en effet la proposition par laquelle il résume un fait, qu’il proclame comme une importante découverte : « L’irritabilité n’est pas nécessaire à la motilité ». Je le crois bien, et je pense même qu’il est permis de s’étonner un peu de la prétendue découverte, car d’une part l’irritabilité hallérienne n’existe probablement pas, et si elle existe réellement, elle n’est manifeste et appréciable que lorsque la motilité névromusculaire est totalement et complètement abolie, ou en d’autres termes, lorsque les nerfs moteurs intra-musculaires sont paralysés jusque dans leurs ramifications terminales. C’est assez sur ce point. Je devais signaler une erreur qui, par je ne sais quelle bonne fortune, est restée inaperçue pendant dix-huit ans, mais il serait superflu d’insister davantage.

Action de la moelle sur la sécrétion urinaire et les organes génitaux.

C’est encore ici une de ces questions à laquelle il n’est pas possible de donner, dès aujourd’hui, une réponse dé-

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flnitive ; il y a longtemps déjà que les physiologistes et les observateurs sont divisés sur ce point, et les données nouvelles produites dans ces dernières années, ne sont pas faites, il faut en convenir, pour dissiper l’obscurité. La sécrétion de l’urine persiste après les mutilations et les lésions graves delà moelle épinière; voilà un premier fait sur lequel il n’y a pas de doute possible. Reste à savoir si la quantité et les qualités du liquide sécrété sont les mêmes qu’à l’état normal. Pour ce qui est de la quantité, nous manquons de toute appréciation satisfaisante et rigoureuse; quant aux changements de qualité, ils peuvent être de deux ordres, ou bien les éléments normaux du liquide sont les mêmes, mais la proportion et le groupement sont modifiés pour quelques-uns d’entre eux, de sorte que l’urine présente des réactions phvsico-cbimiques différentes de celles qui caractérisent l’état sain; ou bien le liquide est altéré par la présence de substances qui n’entrent pas dans sa composition normale (albumine) ou qui y entrent en quantité à peine appréciable (glvcose). Examinons rapidement ces deux ordres de faits,

Les observations de Brodie, Dupuytren, Home, Hunkel, Stanley (1), paraissent au premier abord suffisantes pour démontrer qu’après les lésions graves de la moelle, l’urine contient de l’ammoniaque libre et prend la réaction alcaline ; cette conclusion semble d’autant plus légitime, que

(t) Dupuytren, Leçons orales. Paris, 1832.

Brodie, Lectures on the Diseases of Urinary organs. London, 1832.

Home, Hunkel, cités par Longet.

Stanley, On Irritation of the Spinal Cord. and ils Serves in connexion with Üisca e in tlie Kilneys (Med. chir. Transirt ., 1833).

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