FIÈVRE TYPHOÏDE ET TYPHUS
phénomènes de paralysie diffuse présentés par des convalescents de dothiénentérie, reconnaissaient pour condition organique une hypérémie considérable des méninges cervicales, et un ramollissement non douteux de la substance grise (1). Quant à la paraplégie proprement dite, je ne connais aucun cas dans lequel l’examen cadavérique ait été pratiqué.
Il est’donc impossible de formuler à ce sujet une assertion justifiée.
La présomption n’est même pas toujours en faveur de l’intégrité de l’axe rachidien : ainsi, dans deux observations d’Ollivier et de Golliny, quoique les malades aient guéri , ) histoire clinique démontre parfaitement l’existence d’une congestion méningo-spinale.
Dans le fait d’Ollivier, il s’agit d’un homme de vingt ans qui, après avoir traversé les diverses phases d’une fièvre typhoïde de soixante jours (d’une gastro-entérile, comme dit l’auteur), paraissait toucher à une guérison complète, lorsqu’un soir, après être descendu de son lit et avoir fait quelques pas, il sent tout à coup un engourdissement très-marqué dans les membres inférieurs, qui fléchissent sous lui, et il tombe. 11 est pris en même temps de vomissements bilieux et d’un léger mouvement fébrile. La paraplégie resta incomplète, mais la peau était le siège d’un fourmillement continuel qui en rendait la sensibilité obtuse. Une douleur assez vive existait le long du rachis jusqu’au milieu de la région dorsale; elle augmentait par les mouvements. Le quatrième jour, les douleurs du dos ont augmenté, elles s’étendent jusqu’au cou,
(1) Beau, Mémoire sur une affection cérébrale qu'on peut appeler para lysie générale aiguë (Arch. gèn. de méd 1852).
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les deux membres supérieurs sont plus faibles et engourdis. A dater du sixième jour, les accidents allèrent diminuant; la fièvre et les douleurs dorsales se calmèrent peu à peu, et quelques jours plus tard, le malade sortit de l’hôpital, ayant repris des forces et de l’embonpoint, et ne ressentant plus qu’un peu de faiblesse dans les membres inférieurs, laquelle a disparu depuis complètement (1). Les symptômes présentés par cet homme, entre autres la fièvre, les douleurs dorsales et les fourmillements, suffiraient à eux seuls pour justifier l’idée d’une hypérémie rachidienne; mais il est un autre phénomène qui ne peut laisser place à aucun doute. Dès le troisième jour de la paraplégie, il était survenu une petite eschare au sacrum, large comme une pièce d’un franc, ce qui n’avait pas eu lieu pendant toute la maladie, quoique le malade eût été constamment couché sur le dos, et que son corps fut très-amaigri.
La malade de Colliny était une fille de quinze ans qui guérit, au bout de trois mois, d’une fièvre typhoïde longue et pénible. Le traitement antiphlogistique avait été mis en usage. La convalescence se prolongea, mais ne présenta aucun accident. La guérison datait déjà de quinze jours, lorsqu’un matin, voulant se lever, la malade s’aperçut qu’elle ne pouvait plus mouvoir les jambes. De la fièvre et des douleurs dorsales survinrent en même temps que la paraplégie. En neuf jours tous ces accidents disparaissent, et sous quelle influence? Une saignée générale, trois applications de sangsues à la vulve, une application de venlouses scarifiées de chaque côté de l’épine, depuis
(1) Ollivier, loc. cil observ. 68.
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l’omoplate jusqu’au sacrum, tels sont les moyens qui ont triomphé de la paraplégie (1).
N’est-ce pas le cas ou jamais de songer à l’axiome Natiircim morborum ostendunt curationes ?
Dans ce fait, la congestion rachidienne est aussi évidente que si elle avait été constatée de visu , et l’on peut comprendre la possibilité de ces erreurs thérapeutiques dont je parlais il y a un instant. Qu’arriverait-il dans un cas semblable, si par la seule raison que la paraplégie est consécutive à une fièvre typhoïde, on la regardait comme un phénomène d’asthénie réclamant un traitement puissamment tonique? Il est clair qu’on aggraverait singulièrement l’état du malade.
Remarquons, d’ailleurs, que le succès du traitement tonique, dans un cas donné, ne démontre rien, quant à l’intégrité matérielle du système rachidien ; il prouve tout au plus que ce n’est pas une fluxion active ou une phlegrnasie qui est en cause, mais il n’apprend rien touchant la congestion passive, l’hydrorachis ou l’œdème de la moelle; car ces lésions s’accommoderont aussi bien d’un traitement reconstituant que l’anémie simple. Il est même des cas, où, malgré l’absence d’autopsie, on peut, en tenant compte de l’ensemble des phénomènes symptomatiques, admettre, avec toute raison, l’existence de l’une de ces altérations.
En 1862, j’ai observé à l’hôpital de la Pitié, alors que je remplaçais mon savant et excellent maître le docteur Béhier, un homme d’une trentaine d’années qui, après avoir triomphé d’une fièvre typhoïde adynamique, fut
(1) Colliny, Quelques observations de maladies de la moelle cpini'cre cl de ses membranes (Arch. gén. de méd ., 1836).
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pris à la fin de la convalescence, alors qu’il se levait depuis plusieurs jours, d’œdème des membres inférieurs ; dans l’espace de trois ou quatre jours, cet œdème se généralisa, et sans acquérir une grande intensité, il occupa successivement le dos, les parois de la poitrine et les membres supérieurs. Il n’y avait pas de douteurs lombaires, l’urine ne fut jamais albumineuse. Renseigné sur ce point, je regardai cette hydropisie comme un phénomène cachectique, et j’instituai un traitement forlement tonique, pour lequel je mis simultanément à contribution le fer, le quinquina et le vin. Trois jours plus tard, le malade était atteint d’une paraplégie incomplète ; dans le lit, il pouvait exécuter avec difficulté les mouvements commandés, mais la station debout était impossible, et alors même qu’on le faisait soutenir des deux côtés, cet homme ne pouvait faire un pas. Je n’ai pas besoin, je pense, de faire remarquer que cette abolition de la motilité n’était point le résultat de la légère infiltration des membres inférieurs ; la sensibilité était obtuse des deux côtés, sans être entièrement anéantie. Je n’hésitai pas, je l’avoue, à attribuer cette paraplégie à un épanchement séreux dans le canal rachidien avec ou sans infiltration dans le tissu de la moelle ; et lorsque deux jours après, je vis ce malade être atteint d’un double hydrothorax , le diagnostic pathogénique que j’avais porté me parut aussi certain que s’il avait eu le contrôle de l’autopsie. Après de nombreuses alternatives en bien et en mal, et grâce à l’usage persévérant des mêmes moyens, auxquels furent ajoutés plusieurs vésicatoires sur le thorax et sur la région dorsale, cet homme a fini par guérir; mais cet heureux résultat n’a été obtenu qu’au bout de six semaines.