DYSENTERIE
ladie semblait, pour ainsi dire, ne plus exister. » Le fait rapporté par Fabrice de Hilden dans ses Centuries est un bel exemple de paraplégie dysentérique chez un jeune homme qui avait été atteint d’une dysenterie grave. La paraplégie remontait jusqu’à l’ombilic, il y avait incontinence de l’urine et des matières fécales (1). Néanmoins, je le répète, cette paraplégie est exceptionnelle; depuis que l’attention des médecins contemporains est fixée de nouveau sur les paralysies consécutives à la dysenterie, plusieurs cas de paralysies localisées dans un bras ou dans une jambe ont été cités; quelques faits d’hémiplégie ont été vus; mais l’observation de Moutard-Martin est, à ma connaissance, le seul exemple de paraplégie véritable. Il s’agit d’un homme de quarante-trois ans, qui arriva à FHôtel-Dieu au mois de janvier 1849, dans un état d’amaigrissement extrême, résultant d’une dysenterie qui durait depuis six semaines environ. La sensibilité était compromise dans les deux membres inférieurs, plus complètement à gauche qu’à droite, la motilité était anéantie, au point que le malade, couché dans son lit, pouvait à peine ployer les genoux sans s’aider avec les mains ; il lui
(1) Fabrice de Hilden, Observationum et curationum chirurgicarum Centuriœ , VI. Lugduni, 1641.
Triller a également observé la paraplégie dysentérique ; il la rapportait, comme Galien, à la suppression brusque du flux intestinal.
Triller, Opuscula medica ac medico-philologica , etc. Francofurti et Lipziæ, 1766-1772.
La bouche devient sèche, dit Ozanam en décrivant la dysenterie épidémique, la soif est ardente; les extrémités inférieures s’affaiblissent, s’engourdissent, se paralysent même durant quelques jours. Ce passage se rapporte évidemment à la paralysie précoce, qui est très-rare dans celte maladie ; l’auteur ne mentionné pas la paralysie consécutive.
Ozanam, Maladies épidémiques . Paris, 1835.
!x\k PATHOGÉNIE DES PARAPLÉGIES.
était impossible de soulever le talon. Ce n’est que trois mois plus tard, vers le milieu d’avril, que cet homme put exécuter quelques mouvements, et lorsqu’il quitta l’hôpital, le 17 mai, il ne pouvait marcher qu’avec des béquilles (1).
Si donc l’existence de la paraplégie dysentérique est bien démontrée, les conditions organiques qui la produisent sont environnées de la plus complète obscurité. Je dirai même que les phénomènes présentés par les malades de Fabrice de Hilden et de Moutard-Martin ne sont guère favorables à l’hypothèse d’un trouble fonctionnel. Des douleurs, des fourmillements et des contractures dans les jambes avaient précédé la perte de la motilité; il y avait
(1) Moutard-Martin, Soc. méd. des hôpit ., 1852. — Union médic ., 1852.
Voyez aussi le Rapport de Hérard sur ce travail.
Consultez sur la paralysie dysentérique en général, indépendamment des œuvres dogmatiques de Sennert, Etmuller, Lieutaud et Selle :
Lamonière, Observatio fluxus dysentcrici Lugduni Gallorum populariter grassantis annoDomini 1625. Lugduni, 1626.
Fabricius, Dissertatio de paralysi brachii unius et pedis alterius lateris dysenlericis familiari. Helmstadt, 1750. — Cette dissertation est imprimée dans H aller’ s Sammlung akademischer Streitschriften ; Crell’s Aussüge , Helmstadt, 1779-1780.
Zimmermann, Von der Ruhr unter dem Volke im Jahre , 1765. Zürich,
J. Frank, Praxeos medicœ prœcepla. Lipsiæ, 1826-1832.
Pauli, Geschichte der Ruhrepidemie zu Mainz im Sommer , 1793. Erfurt, 1793.
Pisani, Histoire de la dysenterie épidémique de Mantoue ( Arch . gén. de méd ., 1824).
Zabriskie, loc. cil.
Landry, Recherches sur les causes et les indications curatives des maladies nerveuses. Paris, 1855.
Macario, Des paraplégies essentielles (Ann. méd. de la Flandre occident. , 1853). — Des paralysies dynamiques ou nerveuses. Paris, 1857.
Gubler, loc. cil .
Thomas, On Paraplegia ( Americ . Monlhly Journal , 1862).