FIÈVRES ÉRUPTIVES
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une paralysie complète ou incomplète des sphincters de l’anus et de la vessie ; enfin, chez le malade de l’Hôtel- Dieu, la sensibilité était profondément atteinte, et le traitement a principalement consisté dans l’application de quatre cautères aux lombes. Voilà tout autant de circonstances qui sont inconciliables avec l’idée d’un simple épuisement fonctionnel; attendons, avant de prononcer et d’édifier une théorie, que la science possède au moins une observation complète.
Fièvres éruptives. — De toutes les fièvres éruptives, c’est la variole qui détermine le plus fréquemment des paraplégies consécutives. Préjuger l’état de la moelle en pareille circonstance, serait plus téméraire encore que pour la fièvre typhoïde, car les faits anatomiques manquent totalement. Chez deux malades qui ont succombé dans le service du professeur Trousseau, les résultats de l’autopsie ont été négatifs, sauf dans un cas un peu d’injection des veines rachidiennes; mais l’examen microscopique de la moelle n’a pas été pratiqué, de sorte que ces observations sont nulles au point de vue qui m’occupe.
Il est bon de noter, d’ailleurs, que la paraplégie postvariolique est beaucoup plus rebelle que les autres paraplégies fébriles ou exanthématiques; et c’est là un nouveau motif de suspicion à l’égard du caractère fonctionnel de cette paralysie. Dans l’observation de Freind, par exemple, la paraplégie persista pendant six mois chez un enfant de onze ans, qui avait eu une variole discrète (1).
Outre l’observation déjà citée de Lucas (2), je ne con-
(1) Freind, Opéra omnia. Parisiis, 1735.
(2) Voyez page 398.
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nais qu’un exemple de paraplégie rubéolique, c’est celui qui a été rapporté par Àbercrombie : il concerne une petite fille de deux ans et trois mois qui venait d’avoir la rougeole, lorsqu’elle perdit subitement le mouvement des extrémités inférieures ; un peu plus tard, elle fut prise de strabisme, de fièvre intense, de vomissements violents et de convulsions légères; la paralysie des extrémités inférieures était toujours complète. Cet état si grave s’amenda cependant peu à peu, la paraplégie diminua graduellement, et dans l’espace d’un mois environ la petite malade était entièrement rétablie. Yeut-on savoir quel traitement a aidé à cet heureux résultat? Les saignées locales, les purgatifs énergiques et les vésicatoires. Il y a loin de là, sans doute, à l'asthénie fonctionnelle ; aussi Abercrombie a-t-il consigné ce fait dans le chapitre qu’il a consacré au traitement des inflammations encéphaliques (1). En1 2 revanche, dans l’observation si intéressante de Liégard (2), qui se rapporte non plus à une paraplégie , mais à une paralysie ascendante aiguë, c’est sous l’influence d’un traitement puissamment tonique que les accidents ont disparu dans l’intervalle de trois semaines. Nouvelle preuve, avecbien d’autres, du danger qu’il y aurait à réunir tous ces faits, sous le prétexte que la paralysie est consé* cutive à une pyrexie. Tirer de cette simple condition
(1) Abercrombie, Des maladies de V encéphale et do la moelle épinière (traduct. de Gendrin). Bruxelles, 1837.
Meyer a rapporté deux cas d’akinésie post-rubéolique, mais dans le premier il y avait atrophie musculaire; dans le second, la paralysie était limitée aux muscles animés par le crural et l’obturateur.
Meyer, Die ElectricittU , etc. Berlin, 1861.
(2) Liégard, Paralysie ascendante suite de rougeole {Gaz. des hôpit ., 1859).
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étiologique un précepte thérapeutique absolu, serait s’exposer, en pratique, à bien des mécomptes; ce serait, en théorie, commettre une véritable erreur médicale; ici, comme toujours, l’indication thérapeutique fondamentale doit être tirée du malade, et la similitude des circonstances antécédentes, dans une série de cas, ne fournit par elle-même aucune donnée valable. Et pourquoi commettre de parti pris, à propos de ces paralysies, une faute que l’on s’efforce d’éviter ailleurs?
Un exemple fera comprendre toute ma pensée : Trois individus également prédisposés, contractent une pneumonie sous l’influence d’une même cause occasionnelle, le froid. Certes, l’identité des conditions étiologiques est parfaite; et pourtant, je le demande, est-il un seul médecin qui voulût arguer de cette similitude pour formuler d’emblée et à priori un traitement identique chez les trois malades? Assurément non. Eh bien, la situation est la même en présence de ces paralysies. Qu’importe qu’elles soient consécutives à une variole , à une fièvre typhoïde, etc.; cette donnée étiologique ne me fournit aucune indication, tout au plus pourrait-elle entrer en ligne de compte, si la thérapeutique était réduite à un calcul de probabilités. Ce qui importe au médecin, c’est l’appréciation rigoureuse de* l’état général de son malade, et de l’ensemble des phénomènes qu’il présente; de cejugement surgit l’indication, laquelle peut être fort variable malgré l’analogie des circonstances étiologiques.
Réunir toutes les paralysies consécutives aux maladies aiguës sous la rubrique de paralysies asthéniques, ce n’est donc pas seulement une erreur de fait, une erreur de pathogénie, c’est surtout une erreur thérapeutique;
JACCOUD.
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l’étude des observations précédentes ne peut laisser de doute sur ce point. Plusieurs fois déjà j’ai appelé l’attention sur les dangers de cette synthèse, mais le sujet est assez important pour que je ne craigne pas d’y insister.
Plus rare que les précédentes, la paraplégie scarlatineuse est encore plus obscure dans les conditions pathogéniques qui lui donnent naissance; je ne m’y serais même pas arrêté, si je n’avais tenu à rappeler que les médecins du siècle passé, les deux Frank entre autres, rapportaient cette forme de paralysie à une hydrorachis secondaire. Je ne sais si Joseph Frank avait observé luimême des faits de ce genre, ou s’il a simplement transmis la doctrine traditionnelle; mais il est très-explicite sur ce sujet, et le passage qu’il consacre aux paralysies fébriles et exanthématiques, est plus instructif dans sa concision que bien des hypothèses. Étudiant les paralysies qui naissent de la colonne vertébrale, il dit : « Nous avons vu un grand nombre d’exemples de fièvres rhumatismales eL typhoïdes, accompagnées d’une affection particulière de la moelle épinière, jugées par une crise imparfaite, et terminées par la paralysie des bras et des pieds. La scarlatine donnant lieu à une hydropisie du canal vertébral, se termine par une mort prompte ou par la paralysie. Les autres exanthèmes, quoique plus rarement, donnent lieu aux mêmes résultats. »
J’ai observé à l’hôpital Necker. en 1860, un fait complètement favorable à celte manière de voir. Un jeune homme d’une vingtaine d’années fut pris dans la convalescence d’une scarlatine bénigne, d’anasarque et d’albuminurie ; l’invasion de ces accidents secondaires n’avait