DOULEURS ET IRRADIATIONS DOULOUREUSES
plégiques que chez les hémiplégiques; par cela même, le signe qu’on en peut tirer n’est pas de grande importance, puisqu’il ne se présente qu’exceptionnellement à l’observation.
Parfois cependant, et cela se voit surtout dans la paraplégie complète, l’un des membres inférieurs, ou les deux à la fois, sont brusquement soulevés et fléchis, soit dans l’articulation de la hanche, soit dans celle du genou, lorsque le malade exécute certains mouvements volontaires trèsétendus avec ses membres supérieurs, ou bien encore lorsqu’il est pris de toux ou d’éternument. 11 est regrettable que ces phénomènes ne soient pas plus fréquents, car il y a là un signe positif de paraplégie organique.
Le mécanisme physiologique de ces mouvements passifs garantit d’ailleurs la constance de la relation sémiotique que je signale. Que signifient ces mouvements? Ils dénotent une excitation involontaire de la région inférieure de la moelle, produite par l’excitation, volontaire ou non, des régions supérieures.
Or, cette excitation involontaire à distance n’est réalisable que si le segment inférieur de l’organe est isolé de l’influence dominatrice du cerveau.
Sjgnes tirés de la sensibilité. — L’étude de la sensibilité chez les paraplégiques comprend deux ordres de phénomènes distincts : les douleurs rachidiennes et les irradiations à la périphérie, — - l’état de la fonction de sensibilité dans les membres paralysés.
Douleurs rachidiennes et irradiations douloureuses. — L’absence de douleurs rachidiennes, soit spontanées, soit provoquées, est une indication sans valeur pour le diagnostic pathogénique; l’existence de douleurs pré-
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sentant le caractère des manifestations excentriques, est un signe presque absolu de paraplégie organique. Dans la sphère de la sensibilité, les manifestations excentriques sont des sensations de douleur, de fourmillement, de piqûre, de chaleur ou de froid, qui sont rapportées par le malade à l’un des points de la périphérie du corps, quoiqu’elles aient leur siège et leur point de départ dans les centres nerveux. Cette définition fait comprendre pourquoi ces manifestations sont le signe certain d’un travail morbide central ; mais elle montre en même temps que ce signe ne peut avoir de valeur pratique, que s’il est possible de distinguer ces phénomènes irradiés des douleurs ou des sensations locales, c’est-à-dire nées sur place ; cette distinction, fort heureusement, est sans difficultés. S’il s’agit d’une douleur siégeant au niveau du rachis, on se basera sur l’intégrité des parties molles et du squelette pour en déterminer la véritable origine; s’agit-il, au contraire, de douleurs ou de sensations anormales dans les membres paralysés, on se rappellera que les douleurs excentriques ne sont exagérées ni par la pression ni par les mouvements des parties qui en sont le siège apparent, tandis que les douleurs nées sur place sont toujours modifiées en plus ou en moins par ces explorations.
Ce caractère différentiel, il importe de ne pas l’oublier, est sans valeur pour la douleur rachidienne proprement dite, que j’ai toujours vue exaspérée par la pression, ou par la percussion sur les apophyses épineuses, alors même qu’il s’agissait bien évidemment d’un phénomène d’irradiation dont le centre était dans la moelle. Chez beaucoup de malades, la douleur rachidienne n’est pas
DOULEURS ET IRRADIATIONS DOULOUREUSES. 491 spontanée, elle n’apparaît que lorsqu’on porte une excitation un peu forte sur les téguments des vertèbres, soit au moyen de la percussion, soit au moyen de l’application de l’eau chaude ou de la glace; dans d’autres cas, cette douleur est instantanément réveillée par l’excitation des membres inférieurs; le caractère excentrique du phénomène est démontré par cela seul avec une entière évidence.
Lorsqu’on recherche la douleur du rachis au moyen des excitations artificielles dont je viens de parler, il est essentiel de tenir compte des variétés infinies que présente la sensibilité chez les divers individus; ces différences qui résultent, soit de la constitution première, soit des conditions de la vie habituelle , pourraient facilement devenir une cause d’erreur si elles étaient méconnues; ici, comme toujours, le médecin doit se préoccuper avant toute autre chose de l’individualité de son malade.
Parmi les phénomènes douloureux excentriques, le plus important en sémiotique est sans contredit celui qui est connu sous le nom de douleur en ceinture ; c’est une sensation pénible de constriction que les malades comparent, avec une remarquable uniformité, au serrement d’un corde enroulée autour du tronc ; cette sensation irradiée, qui est tantôt continue, tantôt intermittente, coïncide d’ordinaire avec une douleur rachidienne plus ou moins vive ; elle correspond toujours par son siège à la limite supérieure de la paralysie. Elle est fréquemment accompagnée d’une sensation de même nature dans les intestins, et l’on observe alors une constipation plus ou moins opiniâtre.
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Bien caractérisés, ces phénomènes révèlent constam* ment l’existence d’une altération matérielle dans l’appareil rachidien; ils sont un signe certain de paraplégie organique. Les travaux de Luschka, en nous apprenant que les plexus veineux rachidiens sont très-riches en filets nerveux, nous permettent de concevoir comment une simple congestion de la moelle ou de ses enveloppes peut déterminer des manifestations semblables (1).
Quant aux sensations excentriques des membres inférieurs, elles se présentent, soit sous la forme d’élancements douloureux et subits qui parcourent toute la longueur des membres, soit sous la forme de fourmillements ou de piqûres ; la première variété est de beaucoup la plus caractéristique; chez un paraplégique elle constitue, elle aussi, un signe certain de paraplégie organique. La signification des fourmillements et des piqûres est moins absolue, car on les observe parfois dans la paraplégie hystérique, et dans les paraplégies dyscrasiques, principalement dans la paraplégie arsenicale. Enfin, les sensations subjectives de chaud ou de froid accusées par les malades sont, à mon sens, de nulle valeur, car on les rencontre dans les paraplégies les plus diverses. .
État de la sensibilité dans les membres paralysés. — Si l’on se rappelle que c’est le système spinal antérieur qui tient sous sa dépendance immédiate le phénomène paraplégie, on pourra conclure à priori que l’intégrité de la fonction de sensibilité dans les membres paralysés n’a en soi aucune signification, vu qu’une paraplégie parfaitement organique peut parcourir toutes ses phases sans
(1) Luschka, Die Nerven des menschlichen Wirbelkanales . Tübingen ,