CHAPITRE IV
LE SYNDROME VESTIBULAIRE
SOMMAIRE
Les physiologistes décrivent un sixième sens, celui de l’orientation. Depuis quelques années, les cliniciens ont voulu rechercher l’état de ce sixième sens, c’est ce que Mach a essayé chez l’individu normal et Egger chez le malade : j’ai fait avec Egger des recherches nombreuses sur la valeur de ce sixième sens en matière séméiologique, ce sont elles que j’expose ici.
Parmi les troubles du sixième sens, de l’orientation, il faut distinguer le syndrome ou vertige de Ménière, fonction d’une excitation de l’appareil vestibulaire et le syndrome vestibulaire, dû à la destruction ou à la paralysie du même organe. C’est ce dernier syndrome que je veux décrire ici.
Description anatomique rapide de l’appareil vestibulaire : l’utricule et les trois canaux semi-circulaires avec leur ampoule. Méthode nouvelle pour étudier l’état du vestibule : appareil centrifugeur inventé par Mach et perfectionné par Egger. Technique de l’emploi de cet appareil.
Rôle du vestibule. — C’est l’organe de l’orientation de notre corps dans l’espace ; il nous avertit des déplacements totaux de notre corps; il régit les mouvements nystagmiques des yeux qui empêchent le vertige visuel.
Aussi la destruction ou la paralysie du vestibule entraînera des troubles de l’équilibration et fera naître le vertige visuel en supprimant les mouvements de déplacement des yeux.
Premier exemple clinique. — Homme de vingt-six ans ; chute sur la tête en janvier 190G : vertiges et vomissements. Surdité bilatérale au bout de huit jours. En janvier 1907, on constate une somnolence continuelle, de gros troubles de la mémoire; une surdité presque absolue à gauche.
Deuxième exemple clinique. — Homme de quarante-cinq ans, grand éthylique. En janvier 1901, traumatisme sur la. région pariétale gauche : hémorragie nasale et hiauriculaire. A la suite, lièvre, délire pendant deux mois; strabisme conjugué du côté gauche, surdité bilatérale. La surdité gauche seule persiste. En avril 1909, raideur de la nuque, gagnant l’épaule et le bras gauches, vertiges et céphalée. Nouvelle crise en janvier 1900, parésie avec atrophie de tout le membre supérieur gauche, hémianesthésie gauche du crâne, de la face, des muqueuses buccales et pharyngées, hypoesthésie des sept premières paires cervicales, et des deuxième et troisième dorsales du côté gauche. Dilatation pupillaire et perte du goût à gauche. Vertiges; surdité absolue et perforation du tympan à gauche,
Chez ces deux malades, l’examen au moyen de l’appareil centrifugeur montre que le vestibule du côté gauche ne fonctionne plus, qu’il y ait destruction du labyrinthe par fracture du rocher, ou lésion de l’auditif par un processus méningé.
A la longue, les troubles de l’équilibration dus à la destruction du labyrinthe finissent par être compensés, du moins, si cette destruction est unilatérale; cette compensation peut se produire, mais moins facilement, si la lésion intéresse les deux côtés.
En conclusion, il existe un syndrome vestibulaire, correspondant à un trouble du sixième sens, du sens de l’orientation, par destruction ou paralysie de l’appareil vestibulaire; il importe hautement de dépister chez les malades les troubles de cet appareil vestibulaire. Cette recherche, devenue facile grâce à l’appareil que j’ai décrit, ne doit pas être négligée.
[1 y a assez longtemps déjà que les physiologistes ont décrit un sixième sens, celui de V orientation] or, les cliniciens, jusqu’ici, n’ont pas cherché à vérifier sur l’homme la justesse de cette donnée expérimentale. J’en excepte mon collaborateur Egger, qui, dès 4 898 1 , a publié, sur ce sujet, des travaux intéressants. Il y est revenu, ces deux dernières années, avec des observations de mon service que nous avons publiées en commun à la Société de neurologie.
Les études auxquelles je fais allusion ont été entreprises à l’aide d’un dispositif expérimental qui a servi tout d’abord au physicien Mach (de Vienne) pour l’étude du fonctionnement du sixième sens chez l’homme normal. Je rappelle que cet auteur a été suivi, dans cette voie, par Breuer, puis par les médecins s’occupant plus spécialement des sourds et muets et des maladies de l’oreille : Kreidl, von Stein et James. Ce sont les résultats de nos études sur
ce sujet que je désire faire connaître; ils nous ont permis, à Egger et à moi, d’établir la valeur du sixième sens chez l’homme, en matière séméiologique.
Il me faut signaler, dès maintenant, une confusion qui pourrait se présenter à l’esprit quand on parle d’un organe aux troubles duquel on a attribué, — et cela avec raison, — le syndrome de Ménière, plus connu sous le nom de vertige de Ménière.
Ménière a donné du syndrome qui porte son nom la définition suivante, dans une séance mémorable de l’Académie de médecine, en 1801 ; il dit textuellement ;
« 1" Un appareil auditif, jusque-là parfaitement sain, peut devenir, tout a coup, le siège de troubles fonctionnels, consistant en bruits de nature variable, continus ou intermittents, et ces bruits s’accompagnent bientôt d’une
diminution plus ou moins grande de l’audition.
« 2" Les troubles fonctionnels, ayant leur siège dans l’appareil ambli interne, peuvent donner lieu à des accidents réputés cérébiaux, tels que \e
1. Société de biologie, 1 Archives de ohysiologie, octobre I8J8.