‹ Etudes de pathologie nerveuseChapitre 104 sur 201 · LE SYNDROME VE STI BU LA. IRE · texte numérisé non relu

LE SYNDROME VE STI BU LA. IRE

tiges, étourdissements, marche incertaine, tournoiement, chute, et, de plus, ils sont accompagnés de nausées, de vomissements et d’un état syncopal.

3° Les accidents, qui ont la forme intermittente, ne tardent pas à être suivis de surdité de plus en plus grave et souvent l’ouïe est subitement et complètement abolie. Toute porte à croire que la lésion matérielle qui est cause des troubles fonctionnels réside dans les canaux semi-circulaires. »

Cette description est magistrale encore de nos jours; il n’y a rien à y ajouter. La triade symptomatique : bruits d’oreilles, vertiges et vomissements, phénomènes auxquels peuvent encore s’ajouter des troubles de l’équilibre et du nystagmus, constitue le syndrome de Ménière.

Ménière lui-même, guidé par les expériences de Flourens, envisagea le vertige auriculaire comme l’expression d’une irritation labyrinthique. Cette conception a trouvé sa pleine confirmation dans l’expérimentation. On sait,

Figurk 1.

en effet, que la galvanisation de l’oreille interne ou une pression exagérée sur le tympan reproduit le même ensemble de troubles fonctionnels.

Si donc le syndrome de Ménière est fonction d’une excitation de l’appareil vestibulaire, le syndrome vestibulaire, par contre, est dû à la paralysie du même organe. On peut encore mieux préciser en disant que le vertige de Ménière correspond à une phase d’excitation passagère de l’organe vestibulaire, tandis que le syndrome vestibulaire, tel que je vais le décrire, est un phénomène de déficit, de paralysie durable et définitive du même organe.

Mais avant d’entrer dans la description du syndrome, il me paraît nécessaire de faire une courte digression anatomo-physiologique, relative à l’organe qui est le siège de pareille perturbation (lig. 1 et 2).

Les travaux modernes ont montré que la huitième paire, qui est le nerf de l’oreille interne, ne sert pas seulement à la transmission des ondes sonores. Elle est, en effet, composée de deux branches dont l’une se rend au limaçon, c’est la branche cochléaire, le rameau acoustique, cl dont l’autre se rend au vestibule, c’est le rameau vestibulaire, rameau non acoustique. Le vestibule, aussi appelé l'organe du sixième sens, se compose de trois canaux osseux,

disposés chacun dans un des plans de l’espace. On distingue ainsi un canal horizontal situé dans le plan horizontal, un canal vertical situé dans le plan sagittal et un canal vertico-trans versai, situé dans le plan frontal. Par conséquent, les trois canaux occupent les trois dimensions de l’espace. Chaque canal porte, aune extrémité, une dilatation qu on appelle son ampoule. Cette ampoule est tapissée par un épithélium sensoriel dans lequel viennent se terminer les fibres nerveuses du nerf vestibulaire. Les canaux sont, en outre, remplis d’un liquide qui joue un rôle important dans le fonctionnement de cet organe.

L'élude du vestibule nécessite un appareil de centrifugation analogue à celui dont j’ai parlé, appareil qui a servi au physicien Mach pour étudier le sens de l’orientation. Dans sa plus simple expression, il se compose d’un

Figure 2.

plancher horizontal pouvant se mouvoir autour d’un axe vertical; ainsi est fait celui de la clinique de la Salpêtrière, représenté ci-contre (fig. 3).

L’individu à examiner est placé sur une chaise, posée sur le bord du plancher, de manière qu’il regarde le dehors, tandis que son dos touche 1 axe de rotation. L’occlusion des yeux est indispensable. On commence par tourner doucement l’appareil, par exemple, vers le côté gauche, loul individu, a fonctionnement vestibulaire normal dira, de suite, qu’on le tourne et indiquera, en outre, la direction dans laquelle a lieu la rotation. Après un ou deux tours, nous arrêtons l’appareil. Au moment de cet arrêt et durant quelques instants après, le sujet en expérience croit continuer la rotation, mais en sens inverse. Celle illusion est normale, physiologique. Les mêmes phénomènes ont lieu quand nous tournons à droite.

Qu’est-ce qui renseigne le sujet sur la direction du mouvement que nous lui faisons subir? Les yeux sont fermés, ce n’est donc pas la vue qui peut lui fournir ces renseignements. Le mouvement de rotation s’effectue sans aucune

Page 1