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LE SYNDROME VE STI BU LA I H E

Quand, en effet, nous tournons de droite à gauche, comme la llèche l’indique sur cette figure (fig. G), le liquide, dans les canaux, subit un mouvement en sens inverse, c’est-à-dire de gauche à droite. Cette pression, exercée sur l’organe nerveux, se transmet au sensorium dans la région pariétale droite et nous renseigne sur la direction du mouvement. La meme pression, exercée sur l’ampoule du canal gauche, envoie un avertissement au cervelet et aux noyaux oculo -moteurs, et ainsi sont réglés les mouvements nystagmiques ;

mais comme le labyrinthe gauche est détruit, ces deux fonctions ne peuvent pas se faire.

.1 ajoute que les malades devenaient facilement vertigineux pendant les rotations et aux arrêts ; il leur semblait que le plancher se dérobait sous eux et qu ils étaient projetés de leur chaise. Aussi étaient-ils obligés de faire des mouvements de défense et de se cramponner à l’appareil. Pourtant l’équilibration statique de ces deux malades se faisait assez bien, ils sc tenaient

immobiles sur les deux pieds et presque immobiles sur un seul, les yeux fermés. Mais quand leur tcte changeait d’attitude, quand, par exemple, ils renversaient celle-ci en arrière, alors l’équilibre se troublait et la marche, dans ces conditions, devenait difficile.

Ces deux exemples font comprendre pourquoi les mouvements nystagmi-

ques sonl abolis quand les malades tournent à gauche et pourquoi ils sont conservés quand ils tournent à droite : c’est que leur appareil vestibulaire ne fonctionne plus.

Leur histoire peut être ainsi résumée : il s’est agi, dans les deux cas, de fracture de la base du crâne, ayant détruit chez tous les deux et du même côté l’appareil labyrinthique et l’appareil cochléaire. Dans les deux cas, il existait une surdité totale pour l’oreille gauche. Au début de l’accident, se sont montrés des vertiges de nature nettement labyrinthique. Petit à petit, les phénomènes d’irritation sonl allés en diminuant et les vertiges et les troubles d’équilibration sont devenus de plus plus rares. 11 ne restait de tout le tableau clinique que des symptômes latents et qu’il fallait savoir dépister pour les mettre en évidence. Dans les deux cas, les mouvements de rotation vers le côté gauche n’arrivaient plus à la perception et les mouvements nystagmiques faisaient de même défaut pour la rotation à gauche.

Il importe de remarquer que dans la destruction unilatérale du labyrinthe, les troubles de l’équilibration finissent toujours par être compensés. Cette compensation a lieu par l’intermédiaire du sens musculaire. Ewald de Strasbourg, a montré que si on fait l’ablation de la zone sensitivo-motrice, sur un chien, chez lequel la section unilatérale du nerf vestibulaire est déjà compensée, les phénomènes de déséquilibration réapparaissent de nouveau, dans toute leur intensité. Si donc, chez mes malades, il survenait une lésion corticale, soit par hémorragie ou ramollissement, dans la zone sensitivomotrice, les troubles de déséquilibration se réveilleraient de nouveau.

La compensation de la perte de l’appareil vestibulaire se produit, d’ailleurs, moins facilement quand la lésion intéresse les deux côtés. En voici un exemple.

Il s’agit d’une jeune fille de quatorze ans qui, a la suite d une poussée méningitique, consécutive à une otite, est devenue complètement sourde des deux côtés. L’examen clinique des nerfs auditifs a montré que 1 audition aérienne était complètement abolie pour les deux oreilles.

Quand on tournait la malade sur l’appareil centrifugeur elle n avait aucune perception de la rotation, ni à gauche, ni à droite. Il lui semblait quelle restait sur place. En imprimant à l’appareil des rotations rapides et répétées, on détermine, chez l’individu normal, des vertiges et des nausées bien de pareil ne se produisait chez ma petite malade, qui n’éprouvait aucun inconvénient de la rotation. Les mouvements nystagmiques des yeux faisaient de même complètement défaut, aussi bien pour les rotations à gauche que poui

1. Physiologische IJ ntersuchurujen liber das Endonjan des Nervus oclavus. Wiesbadcn, 1 11.12.

LE SYNDROME VESTIBULAIRE

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les rotations à droite. Par conséquent, tout fonctionnement vestibulaire se trouvait paralysé des deux côtés.

Il y a plus, — et ce fait prouve le grand trouble de désorientation que causait une pareille lésion : lorsqu’on tenait les yeux de la malade fermés à l’aide d’un bandeau, si alors elle voulait marcher en avant, on voyait qu’elle s’en allait tantôt à gauche, tantôt à droite; elle tournait même sur son axe et finissait par marcher dans la direction opposée à celle qu’on lui indiquait. Il y avait une désorientation complète. Pour maintenir l’équilibre, elle écartait les jambes afin d’élargir sa base de sustentation. De plus, elle était incapable de marcher suivant une ligne droite, en posant un pied l’un devant l’autre. Elle perdait l’équilibre de suite.

Cette désorientation esL bien connue chez les sourds-muets. D’après les statistiques, 50 p. 100 de ceux-ci n’ont pas de canaux semi-circulaires. Quand de pareils malades sont au bain et qu’ils ont l’imprudence de plonger la tête sous l’eau, ils perdent toute notion d’orientation et tombent au fond de l’eau. Ceci a été constaté par James. De même le chien auquel on a fait la section

bilatérale de la vin1' paire se noie quand on le jette dans un bassin rempli d’eau.

Lne autre question intéressante se rattache encore au syndrome vestibulaire, c est celle du mal de mer, qui parait dépendre des canaux semi-circulaires. James 1 a observé que seize élèves sourds-muets qui étaient réfractaires

au vertige 1 étaient également contre le mal de mer pendant une traversée très orageuse.

Des diverses considérations que je viens de développer, je crois pouvoir tirer les conclusions suivantes. Il existe un syndrome vestibulaire répondant à un trouble du sixième sens des physiologistes, du sens de l'orientation. La recherche de ce syndrome est de la plus haute importance ; il est, en effet, la traduction clinique d’une lésion du labyrinthe, c’est-à-dire de la branche veslibulaire du nerf auditif. On peut le comparer au vertige de Ménière avec cette différence que ce dernier est dû à une excitation de l’appareil vestibulaire, le

syndrome vestibulaire étant produit au contraire par une paralysie de cet appareil.

Le sujet chez lequel le fonctionnement labyrinthique est touché, n’est plus renseigné sur la direction des divers mouvements de translation de la totalité de son corps, que ces mouvements soient actifs ou passifs; il en résulte

une rupture d’équilibre pouvant aller jusqu’à la. chute, avec ou sans verlio-e visuel. b

Un dispositif, dont l’idée première est duc à Mach et qu’a simplifié iugé-

L American journ. of Ololor/y, IV.

nieusement Egger, permet, très aisément, de constater l’état de l’appareil vestibulaire. La simplicité et la précision de cette méthode d’examen ont été maintes ibis vérifiées depuis plus de cinq ans dans mon service de la Salpêtrière et me permettent de la recommander vivement aux médecins. Cette recherche de l’état du vestibule n’est pas moins importante, ni moins aisée que celle de l’état des réflexes pupillaires, par exemple; elle mérite, au même degré, d’entrer dans la pratique journalière.

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