M Y Y S T H E N I E B U L 130 S P I N ALE
11 faut, en général, craindre un dénouement fâcheux lorsqu’on voit le diaphragme et les muscles respiratoires, ou encore le cœur, atteints par le processus myasthénique ; mais la mort ne peut, en général, êlre prévue avec certitude même à courte échéance, des rémissions pouvant survenir rapidement dans un état en apparence très grave. L’éventualité inverse s’observe d’ailleurs bien plus fréquemment, le malade semblait presque guéri lorsqu’une soudaine rechute l’emporte en quelques jours.
La mort peut être amenée par des complications : les plus fréquentes sont certainement les complications respiratoires ; celles-ci sont dues parfois aux parésies du pharynx ou du voile du palais (corps étranger des voies aériennes, pneumonie de déglutition, etc.), plus fréquemment le malade atteint accidentellement d’une complication pulmonaire légère (infection grippale, congestion pulmonaire, etc.) ne peut la supporter à cause de l’asthénie de ses muscles respiratoires. Une malade de Marinesco, atteinte simplement d’une grippe légère avec localisation bronchique, présenta rapidement un état général grave, une respiration très embarrassée à cause des mucosités amassées dans les bronches, un pouls battant à 120 ou 130 et faillit succomber; chez mon malade B..., une congestion pulmonaire légère hâta certainement la mort.
D’autres complications plus rares peuvent survenir; une malade de Rotstadt mourut de diarrhée incoercible.
Pronostic. — Le pronostic de la myasthénie est donc sévère, et l’afrection se termine souvent par la mort.
Toutefois, je crois que la proportion de 20 décès sur 58 cas, établie par Oppenheim en 1901 doit être considérée aujourd’hui comme trop forte.
Dans ces dernières années, peut-être parce qu’on sait mieux aujourd’hui établir un diagnostic de myasthénie, on a cité de nombreux cas suivis de guérison (Raymond et Sicard, Oulmont et Baudoin, Vincent et Delille, Dufour et Roques, etc.).
Je rappelle que quatre de mes malades peuvent être considérés comme guéris à l’heure actuelle.
Quelle est la valeur de ces guérisons? 11 est bien certain qu’il faut compter avec les rémissions et que dans bien des cas la guérison n’est qu’apparente. Comme le fait remarquer avec juste raison Lévi, les anciens myasthéniques sont dans un état d’équilibre instable, beaucoup considérés comme guéris sont exposés, à la suite d’une cause occasionnelle légère (fatigue, infection bénigne) à une rechute entraînant une mort rapide par asthénie, des muscles respiratoires ou cardiaque. Le pronostic doit donc rester très réservé.
Je ne puis me prononcer sur le cas de mes malades S... et. G..., guéris depuis trop peu de temps, mais quand je vois que chez A.... et L... la guérison
PATHOLOGIE ne h v e u se
sc maintient depuis plus de neul ans pour le premier, près de trois ans pour le second, que tous deux mènent maintenant une vie absolument normale, que L..., en particulier, sous-officier dans un régiment de ligne, a repris son service comme auparavant, fait de longues marches, de la bicyclette, du pus de gymnastique, sans ressentir aucune fatigue, je me crois autorisé à conclure qu'il s'agit là de deux guérisons véritables. Si ces deux hommes devaient présenter à nouveau des phénomènes myasthéniques, je les considérerais non pas comme une rechute, mais comme une récidive, ou plutôt une reprise assez analogue àcellesquc l'on observe chez certains adultes atteints dans leur enfance de poliomyélite antérieure aiguë.