DANS LA
PATHOGÉNIE DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
SOMMAIRE z"'
Les infections qui atteignent le système nerveux sont : 1° les toxo-neuroses spécifiques; 2° les maladies infectieuses spécifiques, tuberculose, syphilis; 3° les infections diverses. La présence des bactéries dans le système nerveux, malgré un certain nombre de faits nettement positifs, n'est pas très fréquente.
Modes de pénétration des bactéries dans le tissu nerveux. Voies sanguine et lymphatique. Recherches récentes sur la pénétration parles gaines péri-nerveuses.— Modes de diffusion des bactéries dans le tissu nerveux; rôle important des lésions antérieures.
Résistance particulière du tissu nerveux à la colonisation des bactéries. L’association des bactéries; leur action sur les différents tissus.
La majeure partie des infections atteint le tissu nerveux par les toxines bactériennes diffusibles et par les auto-toxines de l’organisme. — Effets analogues des infections, des toxi-infections, des intoxications diverses.
Ces différents facteurs provoquent cliniquement, soit des réactions aiguës passagères, soit des manifestations durables. Celles-ci n’apparaissent souvent qu’à une date éloignée des accidents. D
Les processus inflammatoires du tissu nerveux, au point de vue histologique. — Processus cellulaires névrogliques, vasculo-conjonclifs. — Les plasmazellen et les cellules épithélioïdes sont-elles caractéristiques de l’inflammation? Les intoxications, et les toxi-infections provoquent tantôt des altérations dégénératives simples, tantôt des lésions inflammatoires, vasculoconjonctives. Impossibilité de séparer, d’une façon essentielle, si l’on se place au point de vue ae leur origine, les lésions inflammatoires et dégénératives. - Rôle de l’expérimentation et
nerve™ses°deS dinvesti8atio11 cliniclue dans la détermination pathogénique des maladies
et tL7infèrLCOnTiSSa.nCeS 8én6rales Gemment acquises sur le rôle des processus toxiques ect.eux dans la genese des maladies nerveuses. Les myélites aiguës infectieuses et
toxiques. — Les poliomyélites. — L’hématomyélie myélitique. — Les paraplégies par décompression. — Les encéphalites aiguës, infectieuses et toxiques. — La méningo-encéphalorayélite épidémique. — Les encéphalopathies et myélopathies séniles. — La sclérose en plaques. — Les scléroses combinées pseudo systématisées. — Les scléroses cérébrales. — La notion de l’inflammation dans les maladies mentales.
Les manifestations anatomiques et cliniques produites par les différents processus toxiques et toxi-infectieux n’ont rien de spécifique. — L’inflammation doit être considérée, pathogéniquement, dans son sens le plus général de « processus réactionnel de l’organisme contre une intoxication locale due à une substance diffusible ». La réaction du tissu nerveux est le plus souvent, primitivement du moins, une réaction diffuse; mais la prédominance des lésions sur tel ou tel système histologique explique la diversité des formes réactionnelles. Il existe une unité remarquable entre les réactions morbides des différentes parties de l’axe cérébro-spinal vis-à-vis des infections et intoxications diverses.
PATHOGÉNIE DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
La connaissance de plus en plus approfondie que nous avons des processus généraux toxiques et toxi-infectieux permet, dès maintenant, d’envisager dans son ensemble le rôle qu'ils occupent dans la genèse des maladies du système nerveux.
Toutes les infections, toutes les intoxications sont susceptibles de frapper l’appareil nerveux dans l’une ou l’autre de ses parties et, le plus souvent, dans toutes.
Certaines maladies microbiennes atteignent primitivement et électivement le système nerveux, soit que leur agent pathogène lui-même, comme dans la rage, colonise au sein même de Taxe cérébro-spinal, soit que le micro-organisme infectant reste localisé au point d’introduction dans l’organisme, comme dans le tétanos, et qu’il sécrète des toxines qui, suivant les prolongements nerveux, se localisent avec ungxprédilection singulière sur la moelle, la bulbe et le cerveau : ce sont là, suivant l’expression de Romberg, des toxo-neuroses infectieuses et spécifiques.
D’autres infections, sans affecter une spécificité aussi nette pour le système nerveux, peuvent cependant se localiser primitivement, et d’une façon tout à fait élective. Ainsi l'infection méningococcique, malgré les quelques cas signalés de septicémie à méningocoques sans méningite, se présente surtout comme une maladie des centres nerveux. De même, les grandes épidémies d’encéphalo-myélite, avec réaction des méninges et même des nerfs périphériques, ont montré que l’infection aiguë de l’appareil nerveux peut apparaître
comme une maladie infectieuse, primitive, tantôt sporadique, tantôt contagieuse et épidémique, dont l’agent pathogène paraît être dans un grand
nombre de cas le microbe delà méningite cérébro-spinale.
Il est un deuxième groupe d’alïcctions microbiennes qui peuvent déterminer, dans le système nerveux central, des colonisations de leur agent morbide, non plus primitives, mais secondaires, et provoquer de la sorte la formation de processus anatomiques spécifiques, analogues en tous points à ceux que ces memes infections provoquent dans les autres organes. Ce sont surtout la tuberculose cl la syphilis. Mais il faut aussi remarquer que ces mêmes infections peuvent également déterminer des lésions non spécifiques, méningoencéphaliles en tout semblables au point de vue de leur histologie pathologique, à celles des infections banales. C’est un fait bien démontré aujourd’hui, et en particulier par Klippel, que la formule histologique des encéphalites syphilitiques, auxquelles on voulait, il y a quelques années, attribuer comme
caractère spécifique l’existence des cellules plasmatiques, ne diffère pas essentiellement des autres réactions inflammatoires. De même la tuberculose peut elle créer des encéphalites de toutes espèces, dégénératives, hémorragiques et nécrosantes (Gougerot), ou au contraire d’ordre subaigu et hyperplasique (Klippel).
Enfin, depuis que l’on connaît mieux les procédés de recherche des bactéries et que l'on sait avec quelle fréquence elles pénètrent dans le torrent circulatoire, il ne fait plus de doute qu’un grand nombre de maladies infectieuses peuvent provoquer, à un moment donné, l’invasion bactérienne des centres nerveux. L’envahissement des centres nerveux par les bactéries semble donc être plus fréquent qu’on ne l’avait pensé jusqu’alors ; les expériences de- Homen *, de Fraenckel1 2, ont récemment mis en lumière le rôle importantque peuvent jouer les bactéries par leur pénétration dans le tissu nerveux, au cours des infections générales. Fraenckel a étudié de la sorte les cerveaux de quatre-vingt-cinq sujets morts de maladies infectieuses, sans avoir cependant présenté de manifestations cliniques du domaine du système nerveux. Or, bien qu’aucun de ces cerveaux ne présentât de lésions microscopiques, dans ia moitié des cas, Fraenckel a constaté la présence, par la culture, de bactéries dans les centres nerveux, quelquefois même, et ce point est à souligner, en l’absence de bactéries dans le sang. L’examen microscopique, qui doit toujours s’ajouter à la culture pour a fur merl’ existence du passage des bactéries du milieu sanguin dans les tissus, a décelé les micro-organismes bien plus souvent dans les gaines vasculaires et les vaisseaux que dans le tissu nerveux; et il a montré, dans un grand nombre de cas, l’existence d altérations inflammatoires légères, et même dans plusieurs, celle de petits foyers d encéphalite ou de lésions méningitiques, tout à fait insoupçonnables pendant la vie. Ces faits sont, on le conçoit, de la plus haute importance, et sont de nature à faire penser que l’encéphale est plus souvent atteint qu on ne le croit, et par les micro-organismes eux-mêmes, au cours des différentes infections giaxes.
Toutefois, si l’on est en droit d’admettre que les bactéries exercent, dans un certain nombre de cas, leur action pathogène sur le tissu nerveux, il laut bien dire que leur mode de pénétration, le mécanisme intime de leur action, sont encore fort mal connus : la raison s'en trouve évidemment dans la diffi culté de F expérimentation.
ha question des voies et du mode de pénétration est particulièicmcnt mal élucidée; l’étude expérimentale ne suffit pas, d ailleurs, à 1 éclairer, cl 1 on j doit, pour chaque cas en particulier, s'adresser, tanta 1 examendes conditions
1. Home.n. Le rôle des bactéries dans lu système nerveux médecine interne de liudapcsl, 19(10.)