DU SYSTÈME NERVEUX
soit des modifications au moins nutritives et fonctionnelles des éléments cellulaires. En l’absence de preuve immédiate, on est en effet fondé, par analogie avec ce que l’on observe dans des cas plus graves, à concevoir l’existence de ces altérations au minimum.
D’autre part, les mêmes affections causales peuvent, lorsqu’elles sont plus graves ou plus prolongées, frapper le système nerveux d’une façon plus intense, et déterminer des troubles qui survivent le plus souvent alors à la maladie primitive, car ils sont en rapport avec des altérations plus profondes de tel ou tel système de l’appareil nerveux. Une fois créées, ces lésions anatomiques poursuivent parfois leur évolution, même en l’absence de la condition primordiale, et longtemps après sa disparition. C’est pourquoi nombre de neuropathies ne se font jour que très tardivement par rapport au début du processus, et seulement lorsque celui-ci a acquis une extension suffisante pour se traduire par des manifestations cliniques appréciables. Et c’est bien un des problèmes les plus ardus de la pathologie nerveuse que d’établir, dans la complexité des prédispositions héréditaires et des influences morbides survenues au cours de la vie, le ^jdegre d importance qui îevient à chacun des facteurs dans la genèse des accidents, et que de déterminer celui d’entre eux qui a précipité leur éclosion.
Ces maladies nerveuses, aiguës ou chroniques, complications plus ou moins éloignées des différents processus toxiques et toxi-iniectieux, îepiésenlent déjà le groupe le plus important de la neuropathologie. Oi, comme nous le verrons, il tend encore à s’agrandir, en particulier aux dépens d une série d’affections d’origine mal déterminée, et rangées, sans plus de précision,
sous la dénomination de scléroses.
Enfin, sans vouloir diminuer aucunement le rôle primordial de la piédisposition congénitale dans la genèse des maladies nerveuses, et tout en reconnaissant l'influence essentielle de l’hérédité pathologique, en ce qui concerne en particulier le groupe des affections appelées a juste litre héiéditahes et familiales, il faut reconnaître que l’observation répétée des laits cliniques cl
des constatations anatomiques nous conduit à accorder une influence plus ou moins considérable aux processus toxi-intecticux, dans la provocation ou l’accélération de l’évolution d’un grand nombre de ces maladies.
Adéfaut de rapport étiologique étroit, permettant d établir la filiation des accidents, durant la vie, cc qui permet de déterminer la pathogénie toxique ou toxi-infectieuse de telle affection, c’est la constatation, à l’autopsie, d'altérations des divers systèmes anatomiques, constituant dans leur ensemble la
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pi'cuve cl un pi occssus inflammatoire. Lousidcrcc comme « un processus réactionnel de l’organisme contre une intoxication locale due à une substance soluble », l’inflammation ne peut, en effet, à défaut de la constatation d'une cause déterminante directe et locale, traumatique, trophique ou infectante, qu etre rapportée a une intoxication generale s’étant fixée sur tout ou partie d'un système anatomique, par suite d’une affinité spécifique du toxique ou d une prédisposition héréditaire ou acquise de ce système anatomique.
G est donc à cette détermination des caractères inflammatoires des processus que 1 on s est adressé pour élucider du même coup le problème de leur pathogénie.
Dans le système nerveux, comme dans tout autre appareil de l’organisme, peuvent se dérouler une série de processus morbides, qui s’échelonnent depuis la dégénérescence simple et localisée à quelques éléments, réunis ou non en un système élémentaire, la dégénérescence avec état réactionnel plus ou moins développé de tous les tissus composant la trame interstitielle du névraxe, jusqu’à 1 inflammation la plus caractérisée au sens propre et habituel du mot. Les réactions locales, défensives, des différents tissus du système nerveux contre un agent nocif extérieur constituent, à proprement parler, les phénomènes de l’inflammation. Celle-ci se traduit par une congestion locale, une certaine exsudation du plasma sanguin, une migration leucocytaire hors des vaisseaux, par une prolifération des cellules conjonctives fixes, qui, comme les leucocytes, peuvent posséder une action phagocytaire, et enfin, par une réaction plus ou moins primitive du tissu eclodermique de soutien, la névroglie; les éléments nerveux, on le sait, ne participent pas à celte prolifération. Celle inflammation peut être limitée à une région plus ou moins étendue du névraxe, comme dans les encéphalites et myélites en foyer; elle peut être diffuse, comme dans la méningo-encéphalite diffuse de la paralysie générale.
L’étude de ces foyers inflammatoires, cérébraux ou médullaires, comporte un ensemble de méthodes, dont certaines ont pour but de mettre en évidence les lésions des éléments nerveux, fibres et cellules nerveuses ; les autres, les réactions des éléments de la névroglie; enfin, les dernières permettent 1 étude des modifications vasculo-conjonctives. Toute inflammation s’accompagne d altérations des cellules et des fibres nerveuses, lésions variables dans leur intensité suivant le degré et l’Age de la maladie. On sait qu’elles sont mises en évidence par les méthodes de Weigert et de Marchi, mais surtout par la méthode de Nissl; et il revient à ce dernier observateur d’avoir montré la nature toxique de ces altérations plus ou moins diffuses des cellules ganglionnaires dans les processus cérébraux. Nous n'insisterons pas sur ces lésions bien connues; rappelons seulement que la technique de Nissl, qu’on emploie
PATHOGÉNIE DES MALADIES DU SYSTEME NERVEUX
généralement en France avec les modifications que lui ont apportées Philippe et de Gothard, et qui la rendent plus simple et plus constante dans ses résultats, permet d’observer dans ses détails les plus délicates modifications des cellules nerveuses. Dans des inflammations meme très légères, on peut toujours constater des modifications des granulations chromatophiles des cellules; celles ci sont dissoutes dans le protoplasma qui prend une teinte bleue diffuse; ou bien de larges vacuoles se creusent, qui déplacent le noyau. Dans les inflammations ayant duré un certain temps, du pigment jaune s’amasse dans un des angles de la cellule, dont le noyau tend progressivement à l’excentration; les prolongements protoplasmiques se colorent à l’étal pathologique, à l'inverse de l’état normal, où ils restent incolores : c’est là, pour Aissl et Alzheimer, un indice initial de la souffrance de la cellule nerveuse.
La névroglie qui entoure le foyer inflammatoire ne tarde guère à réagir, même dans les processus de très peu de durée; ses cellules se gonflent, se multiplient par division directe ou par caryc^kinèse, les fibrilles deviennent plus nombreuses et plus épaisses. Ces modifications du réticulum névroglique, si malaisées à suivre, jusqu’à présent, du fait de la difficulté à réussir la coloration de ses éléments, peuvent être facilement observées par la méthode élective imaginée par mon chef de laboratoire, M. Lhermitte : cette méthode, qui a l’avantage de pouvoir s’appliquer à des pièces depuis longtemps conservées dans le formol, est relativement simple à appliquer1.
Enfin, la réaction vasculaire et conjonctive peut être observée à l’aide des méthodes courantes d’histologie générale. Les recherches se sont surtout portées, ces dernières années, sur la nature des cellules des gaines vasculaires et des éléments de prolifération lympho-conjonctive. La méthode de Pappenheim, en particulier, colore électivement un élément de prolifération qui a pris une très grande importance ; la cellule plasmatique. On sait que ces plasmazellen apparaissent avec une abondance remarquable dans certains processus inflammatoires, dans la paralysie générale, par exemple. Mais ainsi que MM. klippel et Lhermitte l’ont montré, on ne saurait aujourd’hui, comme Regnard et Yogt l’ont soutenu, caractériser la nature d’une inflammation sur l’existence de cette cellule : elle s’observe, en effet, dans des processus très différents, comme l’inflammation produite par le micro-organisme in situ, l’irritation directe produite par une tumeur cérébrale ou méningée, ou la lésion d’origine toxémique produite par une toxine diffusible. Sa présence traduit donc seulement la durée relativement longue de l’affection, et le mode
Lhermitte. Nouvelle méthode de coloration élective de la névroglie. (Semaine médicale, 1909, p. 205.)
1> \THOLOGIE NERVEUSE
d'action prolongé de l’agent pathogène. Peut-on meme affirmer qu’elle soit caractéristique de la nature toxi-infectieuse de cet agent? Le fait n’est pas démontré, et il est fort possible qu’elle soit, dans certains cas, le résultat d'une lésion traumatique et irritative. Il n’est guère, en effet, de spécificité cellulaire : la cellule épithélioïde, elle aussi, sur laquelle les histologistes ont donné tant d’opinions différentes, et sur laquelle Storck avait fondé des espérances comme élément caractéristique d’un processus inflammatoire, ne paraît plus, aujourd’hui, avoir une signification aussi nette; cellule de transformation des cellules plasmatiques, pour les uns, des polyblastes et des lymphocytes, pour les autres (Homen), la cellule épithélioïde de Fricdmann peut se rencontrer dans des processus nécrosants ou simplement dégénératifs, sans réaction conjonctivo-vasculaire.
Ce n’est donc pas sur la spécificité cellulaire que l’on pourrait fonder la distinction qu’il reste encore à établir nettement, entre les processus inflammatoires et les processus purement dégénératif?, ou les nécroses par oblitération vasculaire. Dans un récent article, MM. Lhermitte et Schaeffer montrent, en effet, que le ramollissement cérébral aseptique provoque presque toutes les réactions de diapédèse et de prolifération que l’on rencontre dans les inflammations vraies isauf, cependant, la cellule plasmatique).
S'il est donc un certain nombre de caractères généraux (la réaction con-
jonctivo-vasculaire, principalement) qui permettent de spécifier la nature inflammatoire, au sens histologique du mot, de tel ou tel processus, il n en reste pas moins difficile, dans des cas nombreux, d affirmer ou de niei 1 existence de l’inflammation.
Dans beaucoup de maladies infectieuses aiguës, il se forme dans le tissu nerveux des foyers de dégénération simple, ou accompagnée d’une certaine prolifération névroglique, sans lésions vasculaires ou conjonctives, et sans ischémie mécanique par une thrombose ou une embolie quelconques. Ce sont quelquefois des lésions en foyer, petites, comme les cas de diphtérie de Fraenckel; ce sont, le plus souvent, des lésions diffuses, atteignant surtout la cortical! lé cérébrale. Ce ne sont pas des lésions inflammatoires au sens histologique du mot, et pourtant 1 agent qui les détermine eue, dans des absolument identiques, et souvent même, chez le meme sujet, m^is d'autres points, des lésions inflammatoires typiques. Or, la seule difieience entre ces altérations, dites, les unes dégénératives, les aulies inflammatoiies,
est dans l’existence de manifestations vasculo-conjonclives ^ a t il'1 aime
lieu de séparer ainsi des altérations de même ordre, de meme origine , et q ne sont différenciées que par l’atteinte plus ou moins considu ablc de* seaux? Pour ma part, je ne le crois pas, d autant plus que < es alhialio vasculaires, avec ou sans thromboses, peuvent cire quelquefois d( date p
PATHOGÉNIE DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
récente, dans leur formation, que les altérations du tissu nerveux lui-même (recherches de Thermann.) D’ailleurs, ne faut-il pas toujours tenir compte de l'état antérieur du tissu nerveux, sur lequel intervient un processus loxi-infectieux? Alors qu’ici l’infection générale ne déterminera que des altérations dégénératives plus ou moins diffuses, là, sur un système circulatoire prédisposé, elle provoquera, en outre, des altérations vasculaires, des thromboses qui, à leur tour, détermineront des foyers de nécrose, dans un tissu lui-même altéré primitivement par la toxi infection.
Pour les encéphalites, comme pour les myélites, on ne saurait donc, à mon avis, établir une séparation tranchée entre les processus purement dégénératifs, et les processus avec réaction vasculo-conjonctive, diapédétique et proliférante II y a entre eux tous les intermédiaires : il existe des inflammations diapédétiques sans réaction proliférante appréciable des éléments fixes ; il y a des formes nécrosantes, atteignant les vaisseaux eux-mêmes d’une dégénération aiguë, sans qu’ils aient eu le temps de proliférer dans leurs éléments fixes. Enfin, si le terme d’inflammation s’applique non seulement à la diapédèse des éléments sanguins de phagocytose, mais encore, à toute réaction proliférante d’un tissu quelconque, la prolifération névroglique à elle seule, que l’on rencontre presque toujours associée à la dégénération cellulaire pour peu que le processus ait quelque durée, ne peut-elle etre, elle aussi, considérée comme le fait d’une inflammation:1
D’ailleurs, pourrait-on établir, sur un caractère histologique nouveau, sur une réaction particulière, un terme absolu de séparation enti’e ces processus dégénératifs et inflammatoires, que cette distinction histologique n’atteindrait point encore le but primordial qu’elle se propose : c’est-à-dire la détermination de la nature même du processus. On ne saurait aucunement, en eflet, en appeler à la formule histologique de la lésion pour savoir si l’agent en cause est un agent infectieux, toxi-infectieux, ou simplement toxique. 11 est des cas d’infection microbienne, des cas de charbon par exemple (Fraenckel), qui déterminent dans l’encéphale des foyers hémorragiques qui, au dire de hauteur, ne sauraient être considérés comme des foyers d’encéphalite. Il est certaines toxi-infections qui ne provoquent jamais que des lésions chromatolytiques, dégénératives, comme le botulisme et le tétanos, qui onl une spécificité très marquée pour certains groupes de cellules, et qui agissent en cela comme agissent d’ordinaire les intoxications non microbiennes. La majeure partie des toxi-infections générales agit, tantôt en provoquant les réactions inflammatoires classiques, diapédétiques et proliférantes, tantôt en ne déterminant que des lésions cellulaires dégénératives, avec ou sans réaction névroglique. Les auto-intoxications, comme les intoxications exogènes, se coinportentdela même façon; on sait que l’alcoolisme, le saturnisme, et peut-être